Accueil
  English
  Arabic
  Russian
  Chinese
Aidez les victimes de la guerre : faites un don au CICR aujourd'hui
swirmo-official-statement-290609
30-06-2009    
Atelier sur les règles régissant les opérations militaires : discours d'ouverture
SWIRMO 2009 - Atelier pour officiers supérieurs sur les règles internationales régissant les opérations militaires, Paris, 28 juin - 09 juillet 2009. Allocution de Mme Christine Beerli, vice-présidente du CICR.

C'est avec un plaisir tout particulier que je me trouve aujourd'hui à Paris pour ouvrir ce troisième atelier sur les règles internationales régissant les opérations militaires. Je suis en effet doublement heureuse, Messieurs les officiers, d'être parmi vous et de constater, d'une part, que vous avez répondu encore une fois en grand nombre à notre invitation et, d'autre part, de pouvoir vous accueillir ici à l'École militaire, grâce à l'engagement de notre hôte, l'Armée française, qui a accepté de coorganiser ce qu'il faut bien appeler un événement.

"... un des axes centraux du soutien du CICR aux forces armées dans le monde est de les aider à transposer les obligations légales en mesures pratiques, intelligibles, réalisables par tous les combattants. "
Un événement, parce que depuis sa création en 2007 pour célébrer à la fois les 100 ans des Conventions de La Haye sur la conduite des hostilités et les 30 ans des deux premiers Protocoles additionnels aux Conventions de Genève – Conventions dont nous fêtons les 60 ans cet été ! -, ce cours a suscité un intérêt grandissant auprès des forces armées de multiples pays. Ce succès a été lié dès la première édition à un besoin partagé par tous les participants : celui de confronter leurs expériences et d'en tirer les leçons diverses avec des officiers supérieurs venant de tous les continents.

En effet, la spécificité de cet atelier tient à la nature de son enseignement, soucieux de s'adapter au plus près aux situations réelles. Ainsi, que ce soit à travers les exercices de groupes, les débats sur des thèmes délicats - où les questions épineuses et les dilemmes ne sont pas évités - la priorité va à des cas concrets. Il est donc réjouissant d'observer que ce sont les officiers eux-mêmes qui ont contribué à la consolidation de cet événement. Il y a une raison supplémentaire de se féliciter : le séminaire se tient pour la première fois hors de la Suisse.

Car pour que l'avenir de cet atelier soit assuré et le développement du droit international humanitaire (DIH) conforté, les forces armées qui entendent respecter leurs obligations légales doivent se l'approprier, c'est-à-dire en faire leur lieu de réflexion et de débat. C'est pourquoi le CICR souhaite que ce cours se déroule chaque année alternativement en Suisse et dans un autre pays. Il n'est pas anodin que la France, puissance européenne, soit le premier pays à répondre favorablement à notre requête. J'espère que ce signe saura être interprété par d'autres États comme la nécessité de lancer, poursuivre et approfondir le processus d'intégration du DIH au sein de leurs forces armées.

Cette intégration qui doit s'effectuer à tous les échelons et dans tous les domaines qui composent la vie d'une armée est cruciale. Le droit applicable, qu’on le nomme droit des conflits armés ou droit international humanitaire, est l'objet d'un enjeu qui dépasse les questions purement juridiques. Il ne s'agit de rien de moins que d'éprouver notre capacité à respecter la dignité humaine dans des situations où trop souvent la fin justifie les moyens.


Il faut le dire et le redire sans jamais se lasser, et le CICR s'y emploie : la connaissance du droit, son intégration dans la doctrine, l'enseignement ou l'entraînement, n'ont aucune portée si elles ne sont pas ensuite appliquées sur le théâtre des opérations. Vous le savez mieux que quiconque : les civils payent un très lourd tribut aux conflits qui n'ont cessé de déchirer la planète tout au long de ce dernier demi-siècle. Les civils, mais aussi les combattants, blessés ou malades, qui ne participent plus aux hostilités. Trop de personnes protégées par le DIH sont aujourd'hui prises pour cibles dans les innombrables conflits et autres situations de violence qui surgissent ou perdurent autour de nous.

Nous ne pouvons pas ignorer cette réalité ou en relativiser ses effets, car cela signifierait que nous acceptons, bon gré mal gré, de réduire le droit à n'être qu'un alibi destiné à tempérer notre indignation face aux actes inacceptables provoqués par certains conflits. Or le droit n'est ni une feuille de vigne ni un carcan, c'est un cadre qui permet à la force d'être déployée mais d'en bannir les excès. Si l'on peut en discuter certaines interprétations, on ne peut pas balayer d'un revers de main les dispositions qui limitent l'utilisation de certaines armes ou les méthodes de combats illicites.
Souligner qu'on ne peut pas transiger avec le respect du droit n'empêche pas le CICR de reconnaître les difficultés qu'il y a parfois à l'appliquer. Nous comprenons la nécessité maintes fois exprimée par les militaires de traduire les nombreux articles des différents instruments légaux qui régissent le droit des conflits armés en mécanismes concrets, en actions claires, en règles précises. C'est en effet ainsi que l'on pourra guider le comportement des soldats sur le terrain de façon à ce qu'ils évitent au maximum les situations de confusion ou d'indécision.

C'est même un des axes centraux de notre soutien aux forces armées dans le monde : les aider à transposer les obligations légales en mesures pratiques, intelligibles, réalisables par tous les combattants. C'est notre message aux plus de 160 armées avec lesquelles nous menons un dialogue souvent fécond et, parfois aussi, il faut le dire, difficile. Fort de ce constat, le CICR a renforcé ces dernières années son dialogue avec les forces armées, qu'elles soient américaines, membres de l’OTAN, africaines, latino-américaines ou asiatiques, pour leur rappeler que le droit des conflits armés a d'abord été créé pour les soldats et qu'il leur revient donc de le faire vivre.

Plus les forces armées accorderont d’attention aux règles qui régissent les opérations militaires, plus elles se soucieront du droit international humanitaire, mieux elles l'intégreront pratiquement et seront à même de l’appliquer. Il ne s’agit de rien d’autre que de mettre en œuvre les obligations qui leur incombent. Mais ceux qui se feront un point d’honneur de les suivre scrupuleusement y gagneront un surcroît de légitimité et de respect.

" ... ceux, militaires ou civils, qui ont souffert ou souffrent directement de la violence liée aux conflits peuvent douter de ces limitations censées les protéger. C’est pourtant notre tâche indéfectible de rendre ces limites effectives et tangibles, tâche toujours à renouveler avec détermination."
Le CICR est présent dans tous les conflits et situations de violence qui secouent le monde aujourd'hui, de l'Afghanistan à l'Irak, de la Somalie à la Colombie, de Sri Lanka à Israël et les territoires autonomes et occupés, du Tchad au Pakistan, du Soudan aux Philippines. La liste est très longue. Dans chacun de ces pays, les équipes du CICR travaillent en constante relation avec les autorités gouvernementales, les sociétés nationales de la Croix-Rouge, du Croissant-Rouge, ainsi que d'autres institutions humanitaires.

Mais il va de soi que les interlocuteurs privilégiés du CICR sur le terrain demeurent les porteurs d'armes : forces armées, police ou gendarmerie, groupes armés, ou encore les compagnies militaires ou de sécurité privées. Toute partie au conflit est d'intérêt pour le CICR. Il ne saurait y avoir d'accès aux personnes à secourir ni de sécurité pour les humanitaires sans dialogue avec ceux qui contrôlent l'ensemble ou une portion d'un territoire.

Chaque fois que la sécurité le permet, nous établissons des contacts avec les groupes armés non étatiques. Cela n’est pas sans risque, mais le CICR entend maintenir et développer des relations avec tous ceux qui prennent part à un conflit. Nous les engageons aussi à intégrer dans la mesure de leurs moyens toutes les dispositions du droit et de les respecter.

Cette manière de faire n'est pas toujours comprise mais tant qu’une partie est ouverte au dialogue, il ne saurait être question de le refuser. C’est la voie qui donne accès aux victimes des conflits, la voie qui permet de sauver des vies. Le CICR ne travaille ni pour ni contre une partie; il veut par contre établir des liens avec tous les acteurs d'un conflit pour la seule raison mille fois vérifiée qu'elle est garante de sa neutralité et de son impartialité. Les uniques bénéficiaires directs du CICR sont les victimes d’un conflit, civils ou participants aux hostilités hors de combat.

Ce dialogue opérationnel, qui est la base et le noyau de nos activités quotidiennes, constitue ensemble avec le soutien aux efforts d'intégration du droit par les forces armées, le modus operandi du CICR auprès de tous les porteurs d'armes. Ce sont les deux clés d'accès à tous ceux qui souffrent et qui n'ont aucun recours contre les multiples violences dont ils sont l'objet.


Il y a 150 ans, presque jour pour jour, le 24 juin 1859, se déroulait à Solférino dans le nord de l'Italie, une bataille entre les troupes franco-sardes conduites par Napoléon III et Victor-Emmanuel II et les troupes autrichiennes de l’empereur François-Joseph. Cet affrontement provoqua en une journée la mort de milliers d'homme et des milliers de blessés. Un citoyen suisse, un homme d'affaires, qui se trouvait dans la région, ému par le sort des victimes, vint à leur secours, aidé par les villageois d'un bourg proche. C'était un simple geste d'humanité et de fraternité : ce fut le geste fondateur du Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Je n'évoque pas ce fait pour étoffer la légende d'Henry Dunant, qui n'en a nul besoin. Non, mon propos est tout autre, c'est au fond une simple question, une question qui a parcouru un siècle et demi et que je tiens à partager avec vous tous : sommes-nous sûrs qu'il n'y aura plus, qu'il n'y a plus de Solférinos possibles de nos jours ? Sommes-nous sûrs que nous ne verrons plus, que nous ne voyons plus des milliers de soldats blessés agoniser par manque de soins, et si ce ne sont pas des soldats blessés, sommes-nous sûrs qu'ils n'ont pas été remplacés par des civils sans protection ? Et si les Solférinos d'aujourd'hui avaient mis les populations civiles en lieu et place des combattants ? Il n'y a qu'à regarder autour de nous pour réaliser qu'il vaut mieux réfléchir avant de répondre.

Cet atelier se propose justement de stimuler la réflexion, de mieux comprendre le cadre juridique entourant les opérations militaires et de les éclairer sur la meilleure manière d’intégrer ce droit dans la formation au combat et dans les procédures militaires. La méthode de travail privilégie les courts exposés sur un sujet donné, suivis d'un exercice et d'une discussion sur la base d'un scénario. Comme vos prédécesseurs l’an passé, vous partagerez vos expériences respectives et comme eux, je l’espère, vous reconnaîtrez la pertinence du droit des conflits armés et des normes des droits de l'homme applicables.

Reconnaître la valeur de ces normes est un premier pas que la plupart des armées modernes, professionnelles ont franchi. Mais une fois ces dispositions théoriques acceptées, il s’agit de les rendre compatible avec les exigences des opérations militaires. Ce travail de transposition, de traduction est capital. Il introduit un élément central dans l’expérience des conflits modernes : celui des limites imposées par la raison et le droit.

Certes ce n’est pas nouveau et ceux, militaires ou civils, qui ont souffert ou souffrent directement de la violence liée aux conflits peuvent douter de ces limitations censées les protéger. C’est pourtant notre tâche indéfectible de rendre ces limites effectives et tangibles, tâche toujours à renouveler avec détermination.

Cette détermination nous est commune, et s'il doit s’en trouver parmi vous qui, dans un proche avenir, rencontreront le CICR sur le terrain, vous verrez alors que nos délégués, dans le cadre de leur mandat, prennent très à cœur la mission dont ils sont chargés, tout comme les forces armées, qui obéissent à leur propre mandat. Cette notion de service, qui est le socle des institutions humanitaire et militaire, favorise les convergences, mais en trace aussi clairement les limites. Sans être étanches les uns aux autres, ces champs d’activité particuliers ont des finalités différentes. Mais c'est dans le respect mutuel de nos tâches respectives que notre dialogue prendra tout son sens, celui que nous défendons ici : faire que la dignité humaine ait une chance de survivre aux conflits les plus inhumains.

Je vous remercie pour votre attention et votre engagement à la mise en œuvre concrète du droit international humanitaire.

Autres documents dans cette section :
Activités > Promotion du DIH > Forces armées et police 


Vers le haut
Accueil | Plan du site | Recherche | Quoi de neuf | Contacts | Copyright | Politique de confidentialité | RSS
© 2009  Comité international de la Croix-Rouge
30-06-2009