Bases de données du CICR sur le droit international humanitaire
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Commentaire - Chapitre III : Des navires-hôpitaux
    [p.156] CHAPITRE III

    DES NAVIRES-HOPITAUX


    INTRODUCTION (1)

    Plusieurs siècles avant notre ère, la flotte d'Athènes comprenait un vaisseau appelé ' Therapia ', tandis que la flotte romaine comptait dans ses rangs un ' Aesculapius '. Certains ont cru pouvoir déduire de leurs noms qu'il s'agissait de navires-hôpitaux.
    Ce que l'on sait avec certitude, c'est que, dès le début du XVIIe siècle, les escadres furent accompagnées de bateaux chargés de recevoir les blessés après les combats.
    Mais cette institution ne prit son essor que dans la seconde moitié du XIXe siècle. C'est ainsi qu'au cours de la guerre de Crimée, plus de 100.000 malades ou blessés furent ramenés en Angleterre au moyen de transports-hôpitaux. Dès lors, on n'entreprit plus d'expédition militaire sans s'assurer le concours des unités nécessaires à l'évacuation des soldats hors de combat et aussi à leur traitement médical.
    Au cours de la première guerre mondiale, l'emploi de navires-hôpitaux prit un développement considérable, malgré les graves contestations et les dramatiques incidents qui s'élevèrent à ce sujet entre les belligérants, et auxquels nous avons déjà fait allusion. Mais, le plus souvent, on s'était contenté de transformer à des fins sanitaires le nombre voulu de paquebots.
    Pendant la seconde guerre mondiale, on se mit à construire de toutes pièces des navires-hôpitaux conçus pour cette destination [p.157] particulière, ce qui permit d'améliorer dans une large mesure les conditions d'hospitalisation à bord. C'est ainsi que sur le théâtre d'opérations du Pacifique, vu l'éloignement des bases et le manque d'hôpitaux terrestres, l'armée américaine mit en service de véritables hôpitaux flottants pouvant dispenser un traitement médical et chirurgical complet.
    Voici, à titre d'exemple, les caractéristiques d'un tel navire, de la classe ' Haven ' : déplacement 15.000 tonnes, vitesse 17,5 noeuds, rayon d'action 12.000 milles. Le personnel sanitaire comporte 21 médecins, 32 infirmières, 238 infirmiers. L'équipage est de 61 officiers et 230 hommes. Le bâtiment peut hospitaliser 802 malades, avec possibilités d'extension à 1.000. Il est pourvu de trois salles d'opération, avec les installations de radiologie et de stérilisation, ainsi que les laboratoires nécessaires. Chaque unité peut rapidement établir à terre un hôpital de campagne de 100 lits. Enfin, un dispositif perfectionné de levage permet de simplifier le transbordement des blessés graves, opération toujours très difficile à effectuer en pleine mer.
    De ce qui précède on voit que le navire-hôpital est utilisé à plusieurs fins : dans les guerres maritimes, il suit à distance les escadres et recueille les blessés après le combat ; dans les guerres continentales, il est le moyen d'évacuation et de transport des blessés et malades ; dans les guerres « amphibies », il sert d'hôpital flottant, se substituant aux hôpitaux terrestres et assurant l'entier traitement des soldats reçus à son bord. Dans la mesure du possible, les installations des navires-hôpitaux s'adapteront au type de mission qu'ils auront à remplir.

    Notes: (1) [(1) p.156] Les indications données ici sont
    principalement tirées de l'étude du Dr Robert M.
    Garraud : ' Les hôpitaux flottants ' (Vie et
    Bonté - Paris 1952) et de celle du Vice-amiral
    Grandclément : ' Les navires-hôpitaux ' (Revue
    internationale de la Croix-Rouge - mai 1938, p. 395).