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International Conference on the Missing: opening statement

19-02-2003 Statement

by Sergio Vieira de Mello, High Commissioner for Human Rights.

C’est pour moi un plaisir que d’être parmi vous aujourd’hui à l’occasion de cette conférence dont je n’ignore pas qu’elle est l’aboutissement de plusieurs mois de préparatifs. Je souhaite remercier tout particulièrement le Comité international de la Croix-Rouge de l’énergie qu’il consacre à diriger le mouvement. Cela fait des dizaines d’années que le CICR n’épargne aucun effort pour empêcher les disparitions, restaurer les liens familiaux qui ont été rompus et faire la lumière sur le sort de ceux dont les familles n’ont aucunes nouvelles. Son action, qui a des bases fermes en droit humanitaire, a été d’un grand réconfort pour des millions de personnes dans le monde entier. Notre réunion d’experts nous oblige fort opportunément à réfléchir en profondeur aux moyens de faire échec à ce phénomène, grâce à la prévention et à la protection, et grâce aux secours et à la justice en faveur de ceux qui attendent encore de connaître le sort de leurs proches.

    Le thème principal de notre réunion est la question des personnes portées disparues à l’issue d’un conflit armé ou de luttes internes. Pour moi, ce terme de «disparu» évoque tous ces gens qui ont quitté un jour leur maison et ne sont jamais revenus. Il évoque des victimes des enlèvements par les agents d’un État ou de parties non étatiques, les victimes des déplacements lors de conflits armés ou de violences internes, quand la peur fait fuir les civils qui perdent leur famille de vue dans le chaos qui s’installe, il évoque ceux qui ont participé aux combats et dont on ignore ce qu’ils sont devenus. Nous savons tous ce que ces disparus ont en commun, ils ont un père, une mère, un mari, une femme, des enfants qui souffrent parce qu’ils ne savent pas ce qu’il est advenu de s êtres qui leur étaient chers. Leur deuil est impossible, ils ne peuvent ni comprendre ni pardonner et ils demeurent torturés de demi-certitudes, souvent pour le restant de leurs jours. Eux aussi sont des victimes.

Mesdames et Messieurs,

    Au Haut-Commissariat aux droits de l’homme nous nous inquiétons plus particulièrement des victimes des disparitions forcées. Ce sont les victimes de l’une des formes les plus odieuses de violation des droits de l’homme, et même de crimes contre l’humanité. Cela fait des années que la communauté internationale se donne du mal pour mettre en place un cadre théorique, juridique et pratique pour prévenir les souffrances de ces victimes ou, si l’on n’y parvient pas, les atténuer. Il existe déjà un dispositif normatif destiné à prévenir les détentions arbitraires, à obliger à garder le compte de tous les détenus, à interdire la torture et les autres traitements cruels, inhumains ou dégradants, à proscrire les exécutions arbitraires. Ces normes doivent être toujours appliquées. Ceux qui les enfreignent doivent avoir à en répondre. Sinon, les États trahissent ceux qui leur ont confié le soin de les protéger.

Since 1980, the UN Working Group on Enforced or Involuntary Disappearances has tried to assist families in clarifying the whereabouts of thousands of persons by urging Governments to conduct appropriate investigations. Many of the cases remain outstanding and it is essential that Governments and non-governmental organizations cooperate with the Working Group to resolve them. My experience has taught me that the disappeared are often the most contentious issue in peace-making, the question that makes confidence-building all the more difficult. Rightly so.

    The norms and the mechanisms at our disposal are not sufficient however. We need new approaches to addres s this pernicious problem. Last year, the Commission embarked on a useful exercise to elaborate a new, legally binding instrument that would guarantee - in a substantive and novel way - better protection for current and potential victims of enforced disappearance and provide a comprehensive and integral approach to address the problem.  My hope is that the instrument under discussion would be more than a series of negative obligations on States parties to defer from certain actions, but would also impose positive obligations to create the strong mechanisms needed to prevent deviation. Some of the issues currently being considered are straightforward, action-based measures that address this complex problem. I am encouraged by discussions on the need for stronger measures against impunity, cooperation between States, mechanisms against arbitrary detention, training of law enforcement personnel and the guarantee of the right to reparation. There is indeed a lacuna in international law that needs to be urgently filled. Not that legal instruments provide us with instant solutions. But in the absence of norms, solutions are all the more evasive, haphazard and inhuman.

    Ladies and gentlemen,

In discussing the problem of disappearances during the time of conflict, we must rely on the complementary approaches of human rights and international humanitarian law. Here the role of the ICRC is again crucial, not only in being the guardian of IHL, but also in charting the way forward for protecting individuals during the most difficult circumstances. As the process of preparation for this expert meeting has once again shown, cooperation between ICRC and OHCHR is essential.

Le phénomène des disparitions forcées, déjà complexe, le devient davantage en période de conflit, alors que plusieurs parties différentes sont souvent soupçonnées de commettre ces atrocités. Des questions comme le sort des personnes disparues devraient systématiquemen t être au centre des négociations de paix par lesquelles se termine un conflit.

Les incertitudes cruellement réelles qui pèsent sur le sort d’êtres chers sont plus que la tragédie de personnes privées et de leurs proches. Ne pas savoir et ne pas comprendre retardent le processus plus général de la cicatrisation. Les sociétés ne peuvent se réconcilier et tirer les leçons de leurs erreurs si elles ne conservent pas le souvenir collectif de ce qui s’est passé et de ce qui l’explique. Les commissions de la vérité peuvent faire que les événements restent vivants dans la mémoire collective et permettent à une société de s’instruire aux horreurs de son passé et se garder à l’avenir des mêmes fautes.

Connaître n’est pas assez, il faut aussi reconnaître. La vérité ne doit pas être dissociée de la justice. Les faits confirment toujours et encore que l’impunité est souvent le grand obstacle à une paix réelle. Comment pardonner quand on ne sait même pas à qui accorder un pardon que d’ailleurs nul ne demande? Comment une société en transition peut-elle espérer inspirer confiance dans l’état de droit quand les auteurs des crimes les plus odieux non seulement n’en ont aucun regret mais échappent de surcroît à la justice et occupent peut-être encore des postes d’autorité?

Nous avons vu dans le monde entier des familles de disparus et des défenseurs de la cause des droits de l’homme persévérer dans la recherche de réponses, souvent bien des années après la vague des émeutes ou des conflits armés, souvent malgré les persécutions. Ils sont les témoins vivants qui nous rappellent que l’impunité est tout simplement intolérable et que la réconciliation est impossible sans la justice.

    Ladies and gentlemen,

Let us recall also that our ultimate aim is prevention. Reaction and prevention are not mutually exclusive concepts. Strong democratic, legal, and accessible institutions will be be tter equipped to discharge the State’s obligations and uphold the rule of law. I am thinking of a human-rights oriented executive, parliament and judiciary, and an independent national human rights institution. They have all proven to be indispensable to tackling the plight of the missing.

In conclusion, I wish you success in the deliberations of this expert meeting and look forward to the follow up of theses issues in the international conference of the Red Cross and Red Crescent. The challenge ahead of you is to find enhanced and practical approaches to address this distressing problem. You will surely be guided in your work by your commitment to ensure that families will be able to close the cycle of mourning and that such tragedies can be avoided in the future.

As one human rights defender tried to explain the motivation behind the work he did: “I do not want to be the next in line waiting at home, sitting at the table next to an empty chair, or lying in bed next to an empty pillow, or waiting for that particular person to knock at the door – that never comes.”

That is why we are all here today.

    Thank you.