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La violence contre le personnel médical : une urgence de portée mondiale

19-08-2013 Édito

A l'occasion de la Journée mondiale de l'aide humanitaire, (19 août), cette tribune du CICR et d'ECHO met en relief les effets drastiques et à long terme que les attaques sur les personnels de santé et les installations sanitaires ont sur un nombre incalculable de personnes privées des soins dont elles ont besoin. Cet article a été rédigé par Peter Maurer, président du CICR, et Kristalina Georgieva, commissaire européen à la coopération internationale, à l'aide humanitaire et à la réaction aux crises.

Instituée pour honorer la mémoire des personnes ayant perdu la vie dans l’exercice de leur mission humanitaire, et pour saluer les efforts de celles qui continuent à servir cette noble cause, la Journée mondiale de l'aide humanitaire sera célébrée le 19 août prochain. C’est l’occasion de rappeler que les membres du personnel médical sont souvent parmi les premières victimes des guerres ou d’autres situations de violence, ce qui prive un nombre incalculable de personnes des soins dont elles ont besoin. Il s’agit de l’un des défis humanitaires majeurs auxquels le monde fait face aujourd’hui : une solution s’impose de toute urgence.

En Europe, nous n’avons généralement connaissance des incidents violents contre les personnes qui fournissent des soins de santé, ou celles qui les reçoivent, que les rares fois où ceux-ci font la une des médias internationaux. L’attentat meurtrier perpétré en juin de cette année contre un hôpital de la ville de Quetta (Pakistan), dans lequel étaient soignés les survivants d’une précédente attaque contre un bus, n’en est qu’un exemple récent.

La grande majorité des incidents qui, d’une manière ou d’une autre, privent les blessés et les malades de leur droit à des soins de santé passe inaperçue. S’il arrive que des ambulances ou des hôpitaux soient directement pris pour cible, ce sont bien plus souvent les médecins ou les infirmiers eux-mêmes qui sont harcelés ou menacés par des combattants cherchant à les empêcher de soigner leurs ennemis, ou à leur extorquer des médicaments ou du matériel médical. Il n’est pas rare non plus que des ambulances soient délibérément empêchées de porter secours aux blessés, ou retenues pendant des heures à des postes de contrôle. La neutralité des structures médicales, des transports sanitaires et des personnels de santé est régulièrement foulée aux pieds ; c’est la douloureuse réalité. L’étendue du problème est préoccupante en soi, mais ce sont également les types de violence utilisés qui mettent en évidence une tendance inquiétante.

Une étude récente menée par le Comité international de la Croix-Rouge révèle que dans l’énorme majorité des cas de violences contre les personnels de santé et les structures médicales, les victimes sont des travailleurs locaux (en 2012, cela a été le cas dans plus de 90 pour cent des quelque 900 incidents recensés dans 22 pays). Un quart des personnes concernées par ces incidents ont été tuées ou blessées. Dans certains cas, des explosions subséquentes ont même visé les personnes qui cherchaient à venir en aide aux victimes d’une première explosion : un procédé particulièrement abject qui augmente le nombre de morts et de blessés et qui empêche les secours d’atteindre ceux qui en ont besoin de toute urgence.

Une seule attaque contre des personnels de santé ou des structures médicales peut avoir des conséquences aussi incommensurables que durables pour des communautés entières. Lorsqu’en 2009, une bombe explose lors d’une cérémonie de remise de diplômes, tuant plusieurs étudiants en médecine dans la capitale somalienne de Mogadiscio ; ou plus récemment, lorsque des attaques sont dirigées contre des agents de santé participant à une campagne de vaccination contre la polio au Nigéria, les préjudices subis, au-delà des pertes en vies humaines, sont énormes. Chaque année, à cause d’attaques ou d’actes de violence similaires, des milliers de personnes ne pourront pas consulter de médecin ni recevoir des vaccins qui auraient pu leur sauver la vie, dans des pays où l’accès aux soins de santé est déjà fortement compromis.

Outre les conséquences d’incidents spécifiques, l’insécurité générale résultant de conflits armés et d’autres formes de violence, si elle est difficile à mesurer, a indéniablement une incidence majeure sur les soins de santé. Les innombrables professionnels de la santé qui doivent fuir en raison d’attaques, de menaces ou de problèmes de sécurité en sont une illustration éloquente. De l’Afghanistan aux zones de conflit reculées de Colombie, de la République centrafricaine au nord du Mali, le principal problème touchant aux soins de santé réside cependant aujourd’hui moins dans les attaques directes contre les personnes qui les fournissent que dans l’incapacité des blessés et des malades à y accéder – ce qui peut finalement s’avérer tout aussi meurtrier.

Quelles que soient les formes qu’elle prend, la violence contre les structures médicales et les personnels de santé n’est pas seulement moralement répréhensible ; elle est aussi illégale au regard du droit international. Dès lors, c’est aux États et aux combattants qu’incombe au premier chef la responsabilité de veiller à ce que le droit soit respecté. Les législateurs et les tribunaux nationaux doivent en outre faire en sorte que la législation interne consacre la responsabilité pénale de quiconque viole le droit international humanitaire, et appliquer cette législation. Ceux qui l’enfreignent doivent répondre de leurs actes.

Les organisations humanitaires et les acteurs de la santé ont, de leur côté également, un rôle essentiel à jouer. Ils doivent afficher leur impartialité de manière claire, afin que leurs activités soient acceptées par toutes les communautés et tous les groupes militaires et politiques : c’est une condition indispensable pour pouvoir travailler dans des contextes sensibles et instables. Ils doivent par ailleurs fournir des soins sur la base de besoins strictement médicaux, et jamais selon d’autres critères.

Une action concertée à l’échelon international, qui repose notamment sur des moyens diplomatiques et juridiques, est indispensable pour attirer l’attention sur le coût humain de la violence contre le personnel médical, tout en encourageant une culture de responsabilisation auprès de tous les acteurs concernés.

À cette fin, une campagne menée par le Comité international de la Croix-Rouge, mobilisant l’ensemble du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge avec d’autres organisations humanitaires, et soutenue par la Commission européenne, sera présentée dès le mois d’octobre 2013 dans sept capitales européennes. Son but est de sensibiliser un public plus large à l’urgence du problème et aux ravages qu’il cause. C’est seulement ainsi que l’on évitera des souffrances supplémentaires et que des vies pourront être sauvées.


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