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Les abus nourrissent la haine

25-07-2006 de Alain Aeschlimann, chef de la Division de l'Agence centrale de recherches et des activités de protection

La torture est pratiquée dans le monde entier, de manière insidieuse, sans limites géographiques, sociales ou économiques. Ces dernières années, diverses considérations, concernant notamment des menaces sur la sûreté de l'État et la nature prétendument dangereuse de certaines personnes, ont été invoquées pour tenter de justifier les méthodes coercitives d'interrogatoire.

     

     
               
1 La torture est non seulement un outrage à l'humanité, c'est aussi un crime interdit par de nombreux instruments internationaux .

La torture est pratiquée dans le monde entier, de manière insidieuse, sans limites géographiques, sociales ou économiques. Dans beaucoup de pays, elle est utilisée pour obtenir des aveux et éviter une enquête criminelle approfondie, et donc pour faire échec à une procédure équitable.

Ces dernières années, diverses considérations, concernant notamment des menaces sur la sûreté de l'État et la nature prétendument dangereuse de certaines personnes, ont été invoquées pour tenter de justifier les méthodes coercitives d'interrogatoire.

Des tentatives ont été faites pour limiter ou renégocier la portée de l'interdiction de la torture. Ainsi, selon certains, si l'interdiction de la torture est absolue, le recours à d'autres formes de mauvais traitements, généralement qualifiées de « cruelles, inhumaines ou dégradantes », peut cependant être autorisé, puisque ces autres formes se situent en deçà de la « véritable » torture.

La torture et les autres formes de mauvais traitements ont nécessairement des effets sur les individus ayant recours à ces pratiques et, par extension, sur la société dans laquelle ils vivent. Historiquement, chaque fois que la torture a été tolérée, il en est résulté une plus grande permissivité, qui s'est traduite par un recours accru à la torture et par l'érosion de son interdiction.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ne peut accepter aucune tentative d'affaiblir la protection fondamentale à laquelle tout être humain a droit. Le droit international prend en compte les normes légitimes de sûreté des États et leur droit de détenir et d'interroger des personnes pour des raisons de sécurité. Il impose cependant que les États détiennent et interrogent dans un cadre juridique approprié et en tenant dûment compte du bien-être physique et mental des personnes concernées.

Essentiellement, la torture est souffrance, déshumanisation et mépris. Ses conséquen ces physiques et psychologiques directes pour la personne qui la subit durent souvent toute une vie. Les victimes invisibles de la torture sont les familles, dont la structure et l'intégrité sont généralement perturbées, voire détruites.

Le CICR continue résolument à œuvrer dans le monde entier pour faire en sorte que les détenus soient traités avec humanité. Mais les gouvernements ont eux aussi leur rôle à jouer. Il ne suffit pas de déclarer que l'on adhère aux lois qui défendent les valeurs humanitaires fondamentales. Pour que les lois produisent l'effet escompté, il faut les promouvoir et les faire exécuter, et les transgresseurs doivent être poursuivis et punis.

 
 

1. Les Conventions de Genève interdisent la torture et toutes formes d'« atteintes à la dignité des personnes, notamment les traitements humiliants et dégradants ». La Convention de 1984 contre la torture établit qu'aucune circonstance exceptionnelle, quelle qu'elle soit, ne peut être invoquée pour justifier la torture.