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Colombie : l’espoir de la paix face aux réalités de la guerre

24-04-2013 Éclairage

Dans ce pays de contrastes qu’est la Colombie, l’heure est à un mélange d’optimisme et de pessimisme, entre l’idée que la paix est possible et celle qui veut que la violence perdurera malgré la paix. La réalité sanglante de la guerre et de la violence illustre parfaitement ce paradoxe à un moment où renaît l’espoir, que beaucoup de citoyens n’osent même pas caresser, d’une nouvelle occasion de mettre un terme à un conflit armé qui dure depuis près d’un demi-siècle.

Tandis que des pourparlers ont lieu à La Havane, ce dont se félicite le CICR qui y voit une occasion unique de trouver une solution pour mettre fin aux souffrances prolongées des victimes, la Colombie fait face à une recrudescence des affrontements armés et d’autres formes de violence.

On ne voit pas Cuba depuis la Colombie profonde. Les espoirs timides suscités par les négociations qui se tiennent sur l’île des Caraïbes semblent lointains pour l’« autre Colombie », dont nous parlions dans notre rapport 2011. Pour les victimes qui vivent dans ces régions reculées et isolées, où se produisent la majorité des affrontements armés, la possibilité que les pourparlers de paix puissent apporter des résultats concrets n’est pour l’heure qu’une chimère. Au contraire, tenues à l’écart des discussions sur l’avenir du pays, de nombreuses personnes ont vu leur situation empirer tandis que résonne au loin la promesse d’une vie meilleure.

Ce paradoxe résulte du fait que les négociations de paix se tiennent alors que la guerre continue. Il est ainsi important de réaffirmer l’obligation qui incombe aux parties au conflit de respecter pleinement le droit humanitaire, en tout temps et en toutes circonstances. Il est de plus essentiel que des mécanismes soient établis afin de solder l’énorme dette contractée envers les victimes. Ces mécanismes devront permettre de compenser les souffrances individuelles des Colombiens, qui appellent des solutions concrètes, une reconnaissance et un dédommagement.

Reste que la Colombie fait face à la cruelle certitude suivante : la conclusion d’un accord de paix mettant fin au conflit armé qui a débuté dans les années 1960 – qui serait un événement historique – ne mettra pas immédiatement un terme à la violence dans le pays. Aujourd’hui, les dits groupes criminels sont à l’origine d’autant, si ce n’est plus, d’homicides, de menaces, de déplacements et de disparitions que la guerre à laquelle le processus de La Havane cherche à mettre fin.

Du fait de cette situation complexe, il est nécessaire d’agir avec détermination en tenant compte de la nature duale du problème pour, d’une part, mettre fin définitivement au conflit armé et, d’autre part, endiguer le phénomène de la violence organisée et mettre un terme à la discrimination que subissent de nombreuses victimes du déplacement forcé, exclues du système étatique d’aide d’urgence et de dédommagement pour des raisons plus que discutables d’un point de vue humanitaire.

Le CICR, qui fête ses 150 ans en 2013, a accumulé une vaste expérience des conflits et des processus de paix dans le monde entier. L’institution réaffirme sa volonté de continuer à soutenir les négociations de Cuba en sa qualité d’intermédiaire neutre et de spécialiste du droit humanitaire, en ce qui concerne par exemple la mise en œuvre de tout accord humanitaire signé entre les parties. Le CICR a en effet joué un rôle actif dans l’application d’accords de paix conclus dans le cadre d’autres conflits, notamment en matière de recherche de personnes, de dépollution des zones contaminées par des engins explosifs, de rétablissement des liens familiaux et de santé et d’assainissement dans les camps de démobilisation.

Le CICR continuera de venir en aide à la population de cette « autre Colombie », en lui apportant assistance et protection là où elle en a besoin, pour aussi longtemps que le conflit armé et la violence continueront de faire des victimes.

Après plus de 40 ans de travail permanent dans le pays, notre engagement envers la population colombienne ne s’arrêtera pas avec la signature d’un accord de paix. Au contraire, il n’en sera que renforcé.

Jordi Raich
Chef de la délégation du CICR en Colombie


Photos

Ricaurte, Nariño, janvier 2012. Des membres de la communauté autochtone Awa assistent à un atelier communautaire sur la gestion des situations d’urgence, organisé par le CICR.  

Ricaurte, Nariño, janvier 2012. Des membres de la communauté autochtone Awa assistent à un atelier communautaire sur la gestion des situations d’urgence, organisé par le CICR.
© CICR / O. I. Ordóñez

Le CICR fait connaître ses principes et ses méthodes de travail aux communautés afin que leurs membres sachent quels types d’aide l’institution peut leur apporter.  

Le CICR fait connaître ses principes et ses méthodes de travail aux communautés afin que leurs membres sachent quels types d’aide l’institution peut leur apporter.
© CICR / B. Heger