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Rwanda : les déchets, source d'énergie en prison

18-11-2010 Éclairage

Dans les prisons rwandaises, les fosses septiques risquaient de devenir une menace sanitaire. Grâce à un projet du CICR, les déchets humains sont désormais convertis en biogaz, qui à son tour sert à alimenter les fours des cuisines.

     

    ©CICR/H. Kamugisha      
   
    Prison de Nsinda, Rwanda.      
         

La population carcérale du Rwanda est estimée à près de 68 000 personnes. Au fil des années, les conditions de vie des détenus se sont nettement améliorées. Toutefois, l'évacuation des déchets humains au moyen de fosses septiques continuait de poser un risque hygiénique menaçant la santé des détenus et du personnel des prisons.

« Au Rwanda, le CICR s'est substitué durant des années aux autorités détentrices pour subvenir aux besoins élémentaires de la population carcérale, tels la nutrition, l'eau et la soins de santé », relève Christoph Hartmann, chef de la délégation du CICR au Rwanda. Il était dès lors logique que l'organisation intervienne dans ce domaine également. Une solution se dessinait rapidement : ces déchets sont en réalité un trésor d'énergie… à condition toutefois de les transformer en biogaz.

C'est ainsi qu'est lancé en 2005 un programme de construction et de réhabilitation des systèmes d'assainissement biogaz dans différentes prisons rwandaises. Le maître d'œuvre en est le CICR, en collaboration avec le ministère de l'Intérieur, tutelle du Service national des prisons en charge des 14 prisons centrales du pays.

Depuis les débuts du programme et jusqu'en 2010, le CICR a participé à la construction de systèmes biogaz dans les prisons centrales de Gikongoro, Gitarama, Remera et Nsinda. Un projet similaire est en cours d'achèvement à la prison de Miyove.

  Économie de bois  

Le système biogaz de la prison de Nsinda a été inauguré en juillet dernier. Son avantage est double : à l'assainissement des environs immédiats de la prison s'ajoute un apport partiel aux besoins en énergie de cuisson pour les 12 000 détenus. Selon Wellars Ndutiye, responsable du programme eau et habitat du CICR à Kigali, « ces systèmes permettront d'économiser au moins 30 % du bois utilisé habituellement pour la cuisson des aliments dans les prisons concernées ». À Nsinda, le système alimente 12 fours à biogaz.

Les systèmes biogaz sont une solution énergétique alternative et durable qui pourrait permettre d'alléger progressivement la pres sion sur les ressources forestières du Rwanda. Et ce n'est pas tout : l'expérience dans les prisons de Cyangugu et de Butare montre aussi qu'outre la fabrication du biogaz, il y a moyen de récupérer un effluent et du compost afin de fertiliser les sols. 

Un détenu de Nsinda résume l'opinion de ses pairs : « Ce nouveau système améliore nos conditions de vie, en permettant plus de propreté dans la prison et dans les environs. Les odeurs ont diminué et il y a beaucoup moins d'insectes. Aussi, la cuisine est plus hygiénique puisqu'il y a moins de fumée et on est assuré de manger tous les jours. »

Les travaux de construction, pour moitié financés par le CICR, ont été exécutés par les ingénieurs du Kigali Institute of Science and Technology, et leur suivi effectué en collaboration avec le Service national des prisons.

Dans ce domaine comme dans d'autres, conclut Christoph Hartmann, « le CICR à Kigali s'oriente vers un transfert de compétences et d'expertise aux autorités détentrices, dans le but de développer un soutien structurel durable. »

 


   
     
   
Les visites aux détenus au Rwanda

    De janvier à septembre 2010, le CICR a effectué 150 visites dans 61 lieux de détention au Rwanda (prisons, stations et postes de police, prisons militaires, camps militaires et camps de démobilisation). Ces visites ont profité à une population carcérale globale de près de 68 000 détenus.

Les délégués du CICR soutiennent les autorités pénitentiaires dans leurs efforts pour répondre aux besoins des détenus en matière d'hygiène et de conditions sanitaires, de cuisines collectives et d'accès aux soins de santé primaire. Une attention particulière est accordée aux groupes particulièrement vulnérables tels les mineurs, les femmes, les jeunes enfants, les personnes âgées, les détenus en attente de procès et ceux affirmant avoir une nationalité étrangère.

Le CICR fait part de ses observations à l'administration pénitentiaire dans le cadre d'un dialogue confidentiel.