Thaïlande : la petite Soraiya incarne l’espoir d’une nouvelle vie, alors que la population se remet des inondations
20-12-2010 Éclairage
Les inondations qui ont frappé le sud de la Thaïlande en novembre dernier sont les pires que la région ait connues en 70 ans. Pour échapper à la montée des eaux, des familles entières se sont réfugiées sur les toits des maisons, et beaucoup sont restées isolées des jours durant après la fin du déluge. Travaillant en étroite coopération, le CICR et la Croix-Rouge thaïlandaise ont distribué des secours d’urgence et des réchauds aux familles prises au piège des eaux.
Ce n’est pas tous les jours qu’un nouveau-né de deux jours voit sa maison engloutie sous deux mètres d’eau et en réchappe. À ce titre, la petite Soraiya Manuad est une véritable survivante des pires inondations que la Thaïlande ait connue depuis des décennies.
Le village de Nam Khang est situé dans la province de Pattani, un territoire pris en sandwich entre deux cours d’eau. Pour la famille Manuad, les inondations sont donc un phénomène courant qui se répète à chaque saison des pluies. Cette année toutefois, les flots ont atteint des niveaux inimaginables. Esah Manuad, la grand-tante de Soraiya, est la matriarche de la famille. « Nous nous faisons inonder chaque année, mais l’eau ne monte jamais plus haut que le genou. Cette fois, cela a été un vrai déluge. Après trois jours de plus incessantes, nous avons tous dû nous réfugier sur les toits. »
Les Manuad avaient pourtant eu les bons réflexes : ils avaient fabriqué un radeau avec des troncs de bananiers et des fûts en plastique pour que leurs biens puissent flotter au fur et à mesure que le niveau des eaux s’élèverait. Malgré toutes ces précautions, la hutte de chaume d’Esah n’a pas résisté à la poussée des flots, et la famille a dû s’enfuir, de même que tous leurs voisins, pour se réfugier dans l’école de Ban Tamnearb.
Esah avait eu le temps d’emporter des vivres qu’elle a partagés avec ses compagnons d’infortune hébergés à l’école, mais ses réserves se sont rapidement épuisées. Quant aux secours de base distribués par le bateau du bureau de district, ils n'ont pas duré longtemps, non plus.
Lorsque les flots ont commencé à se retirer, le CI CR, en collaboration avec Anchana Heemina, la directrice d’une ONG locale, a entrepris de distribuer des colis d’urgence à Esah et à ses voisins. Les contacts qu’Anchana entretenait avec les communautés locales se sont avérés essentiels dans la mesure où ils lui ont permis d’acheminer l'aide jusque dans les hameaux isolés, en particulier le long de la frontière entre les provinces de Songkhla et de Pattani.
L’opération de secours a été un défi pour tout le monde face à ces inondations, les pires dont Pattani et d'autres provinces du sud étaient le théâtre depuis 70 ans, certaines zones s’étant retrouvées sous trois mètres d’eau. D’autres régions ont également été inondées, après que les pluies incessantes qui s’étaient abattues sur le nord de la Thaïlande se sont déversées sur la plaine centrale et certaines régions du nord-est du pays.
Bart Vermeiren, qui dirige l’équipe du CICR à Pattani, parle avec enthousiasme du travail d’équipe réalisé avec d’autres organisations : « Le CICR n’aurait jamais pu faire ce que nous avons fait sans la coopération de la Croix-Rouge thaïlandaise et des autorités locales. »
Et Mariah Narapitakkul, responsable de la section provinciale de la Croix-Rouge de Pattani, d'ajouter : « Nous remercions le CICR pour le soutien qu’il nous a apporté. Au lendemain des inondations, il n'y avait plus rien à manger, plus d'eau potable et plus de gaz pour cuisiner, et nous ne pouvions pas accéder aux régions sinistrées, car les routes étaient coupées. »
Quelque 4 000 familles ont reçu des secours d’urgence, notamment des rations d’aliments secs, des boîtes de conserves et des œufs. Un millier de réchauds ont en outre été distribués à des familles bloquées sur le toit de leur maison, de façon à ce qu’elles puissent se préparer à manger.
Pour Esah, ses amis et les autres familles, les œufs que le CICR et la Croix-Rouge thaïlandais e leur ont distribués ont constitué un important apport nutritif : « Ils nous ont donné de l’énergie et nous ont permis de tenir le coup », explique-t-elle.
« Ce dont les gens avaient absolument besoin, c’était d’eau et de vivres, précise M. Vermeiren. Ça allait leur permettre de survivre avant de recommencer une nouvelle vie. »
Esah sourit à sa petite-nièce. Mais Soraiya dort profondément dans les bras de sa mère, inconsciente que, quelque part, elle est un bel exemple de résilience et qu’elle incarne l'espoir d'une nouvelle vie.
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