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Brésil : une minute pour sauver une vie

05-07-2011 Éclairage

Secourir une victime lors d’une situation d’urgence n’est jamais une sinécure. Eliézer Lima, responsable du programme de premiers secours communautaires du CICR à Rio de Janeiro, en a fait la dure expérience lorsqu’il a dû intervenir pour sauver un bébé d’à peine un mois qui était sur le point d’étouffer.

Confronté à cette situation, le secouriste entreprend tout d’abord de réanimer le fragile nouveau-né en lui administrant de petites tapes pour qu’il recrache l’objet qu’il a peut-être avalé et qui entrave sa respiration. Peine perdue : le bébé est toujours aussi violet, et il fait des efforts désespérés pour respirer et rester en vie. Eliézer se rend alors compte qu’il est en train de faire un arrêt cardiorespiratoire. Sans réfléchir davantage, il décide de l'emmener à l'hôpital le plus proche. Il embarque tout le monde à bord du véhicule du CICR, y compris la mère, la grand-mère et un voisin. Pendant le trajet, le secouriste fait encore plusieurs tentatives de réanimation cardiopulmonaire. À leur arrivée, le petit est immédiatement pris en charge et soigné pour un arrêt cardiaque. Il reste ensuite quelques jours à l'hôpital pour y être dûment suivi. Aujourd'hui, il est hors de danger.

Les faits se sont produits lors d’une visite de routine de la Croix-Rouge dans la favela Complexo da Maré, un des quartiers défavorisés de Rio de Janeiro où le CICR mène des activités humanitaires depuis 2008.  

Les cours de secouristes communautaires, donnés en coopération avec la Croix-Rouge brésilienne, sont parmi les premières activités réalisées par le CICR dans un certain nombre de communautés de Rio de Janeiro. Leur but est de pallier les effets de la violence armée par une réponse humanitaire. Les participants y reçoivent des notions de secourisme de base qui doivent leur permettre de faire face aux situations d’urgence susceptibles de se présenter dans leurs communautés.

« En écoutant les expériences pratiques relatées par la plupart des secouristes formés dans le cadre de ces cours, nous nous rendons compte du bien-fondé de cette initiative, explique Eliézer. Chaque communauté compte désormais des personnes de référence auxquelles il est possible de faire appel pour donner les premiers secours. »

Les problèmes les plus fréquemment rencontrés dans ces quartiers défavorisés sont les blessures par armes à feu, les brûlures, ainsi que les accidents domestiques et de la circulation. On pourrait aussi relater l'histoire de Fernanda* , cette secouriste qui raconte comment elle a prodigué les premiers soins à plus d’une vingtaine de personnes, après un échange de coups de feu entre policiers et membres d’un groupe armé. La plupart des victimes présentaient des blessures causées par des armes à feu.

Ce jour-là, les professionnels de la santé officiellement rattachés à la communauté avaient, quant à eux, craint de s’exposer ; la situation était en effet très risquée. Les habitants du quartier s’étaient alors adressés à Fernanda pour qu'elle s'occupe des blessés. C’est ainsi qu’elle avait entre autres sauvé la vie d'un jeune homme dont une jambe avait été écrasée par une traverse de chemin de fer. Aujourd’hui encore, il est reconnaissant à Fernanda pour l’aide qu'elle lui a apportée à cette occasion. Cette histoire montre bien, elle aussi, qu'il suffit d’ « une minute pour sauver une vie ».

Ce sont des volontaires de la Croix-Rouge brésilienne qui, soutenus par des collaborateurs du CICR, donnent le cours de premiers secours de base aux habitants de la communauté. « Ici, lorsqu’il y a une urgence, les choses sont très compliquées », relève Aline de Souza, 20 ans. Avec une vingtaine d’autres personnes, elle participe au cours organisé dans les locaux de la Central Única das Favelas de la communauté de Pedro do Sapo (Complexo da Maré). Cette communauté est constituée d’une douzaine de « quartiers d’urgence » construits sur les flancs de la Serra da Misericórdia, dans la zone nord de Rio de Janeiro. Elle compte 85 000 habitants. « Les ambulances ne s’y hasardent jamais », car, comme elle l’explique, les rues sont très étroites et trop en pente.

Elle se souvient d’une fois où elle a dû aider à descendre une personne gravement blessée par les escaliers. Les services médicaux d'urgence officiels ont beaucoup de peine à accéder à des endroits de ce genre. Aussi les habitants se servent-ils souvent de draps pour transporter les personnes qui nécessitent des soins.

Le CICR travaille dans la favela de Complexo do Alemaõ depuis plus de deux ans. Là, les gens ont une espérance de vie de 65 ans, contre 72 ans en moyenne en ville de Rio, selon des données publiées par le Centre de recherches économiques appliquées, un organisme public national.

 

 

Le cours a permis à plus de 300 habitants de sept communautés de se former

En coopération avec la section de l’État de Rio de Janeiro de la Croix-Rouge brésilienne, le CICR propose une formation aux premiers secours aux habitants de sept communautés dans lesquelles les services de santé – prévention ou soins d'urgence – sont inexistants ou difficiles d'accès, la plupart du temps, en raison de la violence armée. Surtout que les services médicaux d'urgence officiels ne se déplacent que très rarement dans ces communautés.

La formation consiste en 20 heures de cours répartis sur quatre samedis. Les participants y apprennent ce qu'il faut faire en cas de blessures par armes à feu, d’accidents domestiques ou de la circulation, de brûlures et d'étouffement, entre autres. Les techniques de bases qu'ils acquièrent permettent aux habitants de ces quartiers de donner des soins plus adéquats et même, parfois, de sauver des vies.

Ces deux dernières années, plus de 300 personnes ont ainsi reçu des notions de secourisme de base grâce aux efforts de 80 instructeurs formés dans les locaux de la Croix-Rouge brésilienne depuis 2009 – dont 43 sont eux-mêmes résidents des communautés cibles.

Ces deux dernières années :

  • 300 habitants de quartiers défavorisés ont acquis des notions de secourisme de base
  • 80 instructeurs ont été formés par la Croix-Rouge brésilienne

* Nom d’emprunt


Photos

Affiche annonçant le cours de premiers secours. 

Affiche annonçant le cours de premiers secours.
© ICRC

Complexo da Maré, Rio de Janeiro. Durant le cours, exercice pratique de traitement et de transfert d'une victime vers un centre d'urgence médicale. 

Complexo da Maré, Rio de Janeiro. Durant le cours, exercice pratique de traitement et de transfert d'une victime vers un centre d'urgence médicale.
© ICRC / N. Cohen / br-e-00111

Complexo da Maré, Rio de Janeiro. Les enseignants du CICR et la Croix-Rouge brésilienne montrent aux étudiants comment placer un blessé en position de sécurité avant de l'examiner et de le faire évacuer. 

Complexo da Maré, Rio de Janeiro. Les enseignants du CICR et la Croix-Rouge brésilienne montrent aux étudiants comment placer un blessé en position de sécurité avant de l'examiner et de le faire évacuer.
© ICRC / N. Cohen / br-e-00104

Complexo do Alemão, Rio de Janeiro. Le cours de premiers secours est donné dans les sept quartiers de Rio dans lesquels le CICR est présent. 

Complexo do Alemão, Rio de Janeiro. Le cours de premiers secours est donné dans les sept quartiers de Rio dans lesquels le CICR est présent.
© ICRC / S. Lefcovich / br-e-00198