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Cambodge : vers l'élimination des mines antipersonnel

03-01-2012 Éclairage

Après la 11e réunion des États parties à la Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel, qui s'est tenue à Phnom Penh, Cambodge, il subsiste des moments de tristesse, de joie et d'espoir. Lorsque les survivants de l'explosion d'une mine et les décideurs se sont retrouvés sur la même scène, les protocoles officiels et diplomatiques ont suscité toutes sortes d'émotions.

« Je suis si fier de ce que nous avons fait pour que le monde s'achemine vers une élimination de toutes les mines », s'exclame Song Kosal, qui a accueilli les participants un à un à l'entrée du Palais de la Paix, où avait lieu la réunion d'une semaine qui devait permettre d'évaluer les mesures prises pour mettre fin aux souffrances et aux pertes causées par les mines antipersonnel. Bien qu'ayant perdu une jambe dans l'explosion d'une mine, Kosal débordait d'énergie, comme en témoigne son engagement précoce dans la défense de cette cause. « J'avais 11 ans quand je suis allée à Vienne [en 1995] pour parler des mines terrestres », indique-t-elle. Sensibiliser l'opinion publique à cette question lui est venu tout naturellement. Les années suivantes, Kosal défendrait cette cause à travers le monde..

La Convention d'Ottawa, une véritable catharsis

Pour Kosal, jeune bénéficiaire du centre d'appareillage orthopédique du CICR à Battambang, et d'autres survivants de l'explosion de mines antipersonnel ou d'armes à sous-munitions, la signature de la Convention d'Ottawa en 1997 a été vécue comme une véritable catharsis. « Je ne parlais pas très bien l'anglais à l'époque, et il y avait beaucoup de gens, mais je me rappelle que tout le monde était très content », se souvient Kosal, qui est également la jeune ambassadrice de la Campagne internationale pour l'interdiction des mines terrestres. Elle est l'une des nombreuses personnes à être en première ligne du mouvement international auquel adhèrent maintenant 158 États engagés à mettre fin à l'emploi des mines antipersonnel, à enlever celles qui contaminent déjà le sol, à détruire tous les stocks et à aider les survivants.

« Pour beaucoup de gens, c'est le moment de régler les comptes. Il y a 20 ans, les gens se seraient mis à rire si vous aviez dit qu'un jour les mines terrestres seraient obsolètes », dit Boris Cerina, responsable régional pour l'Asie du programme concernant la contamination par les armes. « La boucle est bouclée au Cambodge. Cette convention a permis de condamner les mines antipersonnel et de restreindre leur commercialisation à quelques pays seulement. »

Réadaptation physique et projets générateurs de revenus

Depuis 32 ans que le CICR travaille au Cambodge, l'une de ses priorités a toujours été d'aider les survivants de l'explosion de mines antipersonnel ou d'armes à sous-munitions à faire face aux conséquences de l'accident. Il s'est donc employé à fournir des services de réadaptation physique et à soutenir les projets générateurs de revenus pour les survivants de pareils accidents, par l'intermédiaire de la Croix-Rouge cambodgienne. Il contribue également à empêcher que d'autres incidents ne surviennent en soutenant les activités de prévention des risques et de micro-financement menées par la Société nationale.

Le CICR a confié la gestion de ses deux centres de réadaptation physique au ministère cambodgien des Affaires sociales, des anciens combattants et de la réadaptation des jeunes, avec lequel il travaille en collégialité. Il continue à soutenir ces deux centres, désormais entièrement indépendants, qui fournissent, dans les provinces de Battambang et de Kampong Speu, une aide orthopédique aux survivants de l'explosion de mines ou d'armes à sous-munitions, ainsi qu'aux personnes touchées par une maladie handicapante telle que la poliomyélite. Keo Phalla, qui collabore à la gestion du centre de Kampong Speu, était présent sur le stand du CICR à la 11e réunion des États parties à la Convention.

L'événement sert aussi aux personnes handicapées, dont la visibilité a été accrue par les médias. « Les handicapés, en règle générale, sont perçus comme un fardeau pour la société », dit Eang Chan Dara, responsable de programme auprès de Cambodian Disabled People's Organisation (organisation cambodgienne pour les personnes handicapées). Bien que le gouvernement ait accompli des progrès considérables sur le plan politique, notamment dans la conception du Palais de la Paix, accessible aux handicapés, l'attitude des gens doit également changer pour que les choses évoluent réellement. « Nous progressons lentement, mais sûrement. »

La nouvelle génération, l'élément moteur de l'action

Le moment le plus stimulant de cette 11e réunion a été de voir que la nouvelle génération reprenait la défense de la cause. Parallèlement aux réunions officielles, le Youth Leaders Forum 2011 (forum 2011 des jeunes dirigeants) a formé une nouvelle vague de dirigeants aux outils tels que la gestion axée sur les résultats, qui pourrait être utile pour la planification des activités et la collecte de fonds. La formation était rigoureuse. Ces jeunes dirigeants ont travaillé sur des études de cas et des exercices stimulants, comme l'organisation collective d'un dîner officiel comprenant des spectacles culturels (développement de l'esprit d'équipe et exercice interculturel), a expliqué Matthew Campbell, un des formateurs.

« Nous sommes la jeune génération. Et nous devons reprendre le flambeau », a dit un jeune participant pakistanais. Toute la salle a applaudi. Il reste du chemin à parcourir avant de parvenir à l'élimination totale des mines antipersonnel, mais la motivation est là.

 

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Photos

Le vice-président du CICR, Olivier Vodoz, et le premier ministre cambodgien se serrent la main à l'ouverture de la 11e réunion des États parties à la Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel. 

Le vice-président du CICR, Olivier Vodoz, et le premier ministre cambodgien se serrent la main à l'ouverture de la 11e réunion des États parties à la Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel.
© CICR

11e réunion annuelle des États parties à la Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel. 

Les délégués présents à la 11e réunion annuelle des États parties à la Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel, qui s'est tenue au Palais de la Paix, à Phnom Penh, Cambodge.
© CICR / K. Suchaovanich

Les jeunes dirigeants discutent des moyens de débarrasser le monde des mines terrestres. 

Les jeunes dirigeants discutent des moyens de débarrasser le monde des mines terrestres.
© CICR / K. Suchaovanich

Les délégués se sont réunis en séance plénière pour évaluer les progrès réalisés dans la mise en œuvre de la Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel.  

Les délégués se sont réunis en séance plénière pour évaluer les progrès réalisés dans la mise en œuvre de la Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel.
© CICR