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Colombie : privés de leurs terres à cause du conflit

05-01-2011 Éclairage

La contamination par les armes est un grave problème, qui s’est exacerbé ces dernières années en Colombie. L’utilisation et l’abandon de mines antipersonnel, d’engins explosifs improvisés et de restes explosifs de guerre causent de nombreux morts et blessés graves ; ils ont en outre un impact psychologique important et des répercussions socio-économiques désastreuses pour des milliers de personnes.

     
    ©CICR      
   
Pour la communauté Embera Katio, installée au sud de Córdoba (dans le nord de la Colombie), le conflit armé a de graves conséquences humanitaires, car son territoire est contaminé par des engins explosifs qui l’empêchent de cultiver la terre.      
               
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Dans un souci de prévention, le CICR a organisé des réunions avec les Embera Katio pour promouvoir les comportements sûrs et leur faire connaître les droits des victimes de la contamination par les armes.      
               
    ©CICR      
   
Par ses activités de prévention des accidents dus à des engins explosifs, le CICR veut donner aux victimes des conditions de vie dignes afin qu’elles puissent se nourrir au quotidien sans renoncer à leurs traditions.      
               
    ©CICR      
   
À cause de la contamination par les armes, les indigènes Embera Katio ne peuvent plus sortir chasser ni cultiver la terre en utilisant les moyens artisanaux traditionnels.      
           

C’est un problème qui dure, car les communautés ont été touchées par le passé et continuent de l’être en raison de la dynamique variable des zones de conflit.

Karlina(*), de la communauté indigène Embera Katio, espère que les siens pourront un jour revenir sur leurs terres ancestrales, dont ils ont été privés à cause du conflit armé. La dure réalité à laquelle elle doit faire face se lit sur le visage de cette femme, empreint de tristesse. « Le conflit nous a pris nos terres, et m’a enlevé le père de mes enfants », explique-t-elle d’une voix lente.

Karlina et toute sa communauté, installée au sud de Córdoba (dans le nord de la Colombie), souffrent de la contamination de leur territoire par des engins explosifs, qui les empêche d’en exploiter la terre. Les indigènes ne peuvent plus sortir chasser ni cultiver la terre avec les méthodes artisanales de toujours.

Un des membres de la communauté se souvient : « Autrefois, les indigènes n'avaient qu'à répandre les semences dans la campagne et à revenir pour la récolte. La nature se chargeait du reste. »

Aujourd'hui, les habitants des zones contaminées par les armes courent de graves dangers s'ils continuent à vivre ainsi. En rentrant chez eux avec quelque chose à manger, ils ne sont pas à l'abri d’un accident en chemin qui va leur coûter la vie ou les blesser grièvement. Karlina est chef de famille et doit travailler de longues journées pour nourrir ses enfants, alors qu'elle pleure en silence la mort de son mari, tué par un engin explosif improvisé.

Des histoires comme celle de Karlina sont fréquentes dans les campagnes colombiennes , où le problème de la contamination par les armes touche autant les paysans que les communautés indigènes et afro-colombiennes. C’est pour cette raison que le CICR met en œuvre toute une série d'activités qui visent à prévenir les accidents dus à des engins explosifs et à procurer aux victimes des conditions de vie dignes, afin qu’elles puissent s'alimenter au quotidien sans renoncer à leurs traditions.

  Possibilités  

Récemment, une équipe du CICR a rendu visite à Karlina dans sa communauté indigène. Avec les Embera Katio, elle a tenté de trouver une solution qui contribue à réduire les risques et permette à la communauté de reprendre ses activités agricoles et de chasse traditionnelles.

Lors des réunions avec les indigènes, il a été décidé de leur procurer des filets de pêche pour qu’ils puissent exploiter les eaux abondantes de la rivière toute proche, car la pêche est l’une des rares activités auxquelles ils peuvent encore se consacrer en toute sécurité. Des jardins potagers ont aussi été créés, et l’élevage de porcs et de poulets par exemple a été introduit.

De plus, les Embera Katio ont bénéficié d’une formation sur les comportements sûrs à adopter pour atténuer les risques liés à la contamination par les armes.

Quelques mois plus tard, un des chefs de la communauté a déclaré qu’ils étaient rassurés, car ils pouvaient disposer d’une autre source de nourriture sans risquer leur vie. Mais Karlina pense que, malgré tout ce qui a été fait pour assurer la sécurité alimentaire, des efforts supplémentaires sont nécessaires pour permettre à la communauté d'exploiter à nouveau ses terres et éviter la contamination par des restes explosifs de guerre et autres engins explosifs. En effet, elle est toujours dans l'attente du jour où elle pourra à nouveau profiter pleinement de la campagne avec s es quatre enfants et leur apprendre les secrets de la terre nourricière qui, pendant des siècles, s’est transmis de génération en génération.

C'est dans ce but que le CICR s’emploie à faire prendre conscience aux groupes armés des conséquences humanitaires de la contamination par les armes.

 
(*) Le nom de cette personne a été changé pour protéger son identité..
     

Le problème    

 Dans les zones reculées, la contamination par les armes empêche souvent les habitants d’accéder aux terres cultivables, aux sources d’eau, aux écoles, aux établissements de santé, aux lieux de culte, etc. Elle est également responsable du confinement de communautés qui, par peur, n’osent plus quitter leurs villages, et du déplacement de personnes.      

L’un des effets immédiats de ce fléau que constitue la contamination par les armes est qu’il empêche la population civile de rentrer chez elle. Il fait également obstacle à l’aide humanitaire et, à plus long terme, il pourrait entraver aussi la réhabilitation ou la reconstruction des infrastructures comme les écoles, les hôpitaux, les routes, les puits, les marchés et les installations agricoles.       

Le CICR en action   

Face au problème de la contamination par les armes, le CICR conduit des activités dans différents domaines : persuasion et mobilisation des autorités locales et des organisations humanitaires afin qu’elles répondent aux besoins des victimes et des communautés touchées ; diffusion des comportements sûrs et des droits des victimes ; fourniture d’une assistance médicale et de services de réadaptation physique ; soutien économique aux victimes ; promotion du droit international ; prévention des blessures et réduction des conséquences socio-économiques de la vie dans les zones contaminées.