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Syrie : les pommes du Golan donnent un nouvel élan à l'économie locale et de l'espoir aux producteurs

19-04-2011 Éclairage

Des fermiers syriens du Golan occupé expédient actuellement vers la Syrie proprement dite 12 000 tonnes de pommes destinées aux marchés locaux, régionaux et internationaux. Cette opération leur permet de maintenir des liens avec leurs proches et leurs amis établis dans d’autres régions de la Syrie, ainsi que d'accroître leurs revenus. Agissant en qualité d'intermédiaire neutre, le CICR assure le transport des fruits vers la Syrie par le point de passage de Kuneitra.

     
©ICRC / A. Romenzi / il-e-02320      
   
    Voir aussi la galerie de photos : Syrian farmers send precious apple crop to market      
           

Le printemps est de retour dans le Golan, où les pluies hivernales ont teinté les pâturages d'un vert éclatant, offrant à la contemplation un paysage somptueux qui respire la quiétude.

Bassam Abu Awad est fermier à Bokaatha, l'un des cinq villages syriens du Golan occupé. Il cultive près de six hectares de pommiers, qui lui ont donné les 150 tonnes de fruits que le CICR va s’occuper de transporter. « Ma famille produisait déjà des pommes sur ces terres quand j'étais gosse. C'est mon père qui m'a appris tout ce que je sais à propos de leur culture. Vendre notre production dans le reste de la Syrie nous permet de maintenir des liens étroits avec nos proches et de préserver un sentiment d'identité », explique-t-il.

Bon nombre des habitants des villages syriens du Golan occupé sont agriculteurs, et la plupart d'entre eux cultivent des pommes. Avant que le CICR ne commence à assurer le transport de leur production il y a cinq ans, le prix de ces fruits sur le marché local était bas, et les producteurs se retrouvaient avec d'importants surplus dont ils ne savaient que faire. « C'est difficile d'être compétitif sur le marché israélien, ajoute Bassam. On a beaucoup gagné à vendre nos pommes en Syrie proprement dite ces cinq dernières années. Je suis très reconnaissant au CICR. »

Dès que les camions du CICR arrivent de l'autre côté de la zone démilitarisée large de 500 mètres, d'autres prennent le relais pour transporter les fruits vers des entrepôts réfrigérés. « Les pommes sont stockées dans des chambres froides pour préserver leur fraîcheur », indique Nadir Abdallah, gérant du réseau d'entrepôts. « On envoie des échantillons préle vés au hasard à un laboratoire pour les analyser, et des tests ont montré que les pommes du Golan sont parmi les meilleures du monde ».

Pour les autorités syriennes, cette action est bien plus qu'une simple opération commerciale. « Nous faisons ça pour soutenir les fermiers syriens du Golan occupé, souligne M. Abdallah. C'est un devoir patriotique et humanitaire. »

Les producteurs du Golan fixent le prix des pommes, que le gouvernement syrien écoule dans plus de 600 points de vente en gros et au détail situés aux quatre coins du pays. « Les considérations commerciales sont secondaires. L'important, c'est que nos compatriotes rentrent dans leurs frais et réalisent un bénéfice convenable. Nous leur payons le prix qu'ils demandent ».

À Amman, capitale de Jordanie, c'est auprès de négociants syriens qu'un grand marchand de fruits et légumes s'approvisionne en pommes du Golan, qui sont ensuite revendues partout dans le pays. « Je suis très content de savoir que la vente de ces pommes en Jordanie profite aux fermiers du Golan, relève le commerçant. On est loin du Golan, mais j'ai quand même l'impression qu'on aide indirectement les producteurs et leur famille qui vivent là-bas. »

De retour dans le Golan, Bassam sent la caresse du printemps sur ses mains et son visage. Il se trouve dans l'entrepôt réfrigéré Al-Shaab à Bokaatha, où ses pommes sont déjà en train d'être chargées sur des camions du CICR.

« Mon rêve, c'est que bientôt il n'y ait plus de ligne de démarcation entre le Golan et le reste de la Syrie, et que je puisse emmener moi-même mes pommes sur les marchés de Damas. »