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Inde : améliorer les moyens de subsistance et les soins de santé dans les régions exposées à la violence

22-09-2011 Éclairage

Depuis fin 2009, le CICR et la Croix-Rouge de l’Inde mènent à bien des projets destinés à améliorer les moyens de subsistance et les soins de santé dans les régions densément boisées de la partie orientale de l'État du Maharashtra, où des flambées de violence sporadiques ont de graves répercussions sur la vie de la population.

Les habitants du district de Gadchiroli, comme ceux de beaucoup d’autres zones rurales reculées de cette région de l’Inde, font face à des difficultés dues au manque d’accès aux biens et services de première nécessité. Le district de Gadchiroli est en outre situé dans une contrée où les forces de sécurité du gouvernement et les rebelles maoïstes – appelés naxalites par les Indiens –, sont très présents. Les flambées de violence dont elle est sporadiquement le théâtre n’ont fait qu’accroître les besoins humanitaires de la population locale.

Dans ces conditions, la population tribale du district doit faire face à une extrême pauvreté, ainsi qu’à une malnutrition et à une pénurie de soins de santé de base aiguës. Les projets de soutien aux moyens de subsistance et aux soins de santé menés par la Croix-Rouge de l’Inde avec le concours du CICR visent à améliorer les conditions de vie des communautés locales touchées par la violence.

Les semences de l’espoir

La nuit est tombée sur Asavandi. Mahadeo, un paysan du village, émerge des ténèbres. Il est épuisé, mais il bouillonne d’excitation. Il a travaillé 16 heures par 45°C, ce qui ne l'a pas dissuadé de participer à une réunion d’habitants du village. Il sait que ça en vaut la peine. Avant, Mahadeo parcourait à pied de longues distances pour se procurer des légumes et des semences au marché de la ville la plus proche. « Quand tu dois faire 25 kilomètres à pied, tu achètes ce que tu trouves, que ce soit bon ou pas. De toute façon, ça ne va pas tomber du ciel », explique-t-il.

Lorsque la violence a éclaté dans le district de Gadchiroli, l’empêchant de s'éloigner beaucoup du village, il a été obligé de trouver d'autres solutions pour assurer la subsistance des siens. Il s'est alors mis à vendre des feuilles de tendu (utilisées pour enrober les bidies) et à couper du bambou pour compléter ses maigres revenus. Avec une production agricole très limitée et quatre bouches à nourrir, la vie de Mahadeo et des siens, comme celle des autres villageois, est extrêmement rude. Surtout que dans la région, les systèmes d’irrigation sont quasi inexistants et qu’il est très difficile de se procurer des semences de bonne qualité au milieu de la forêt.

Soutien aux moyens de subsistance

L’aide est arrivée en septembre 2010, lorsque le CICR et la section du Maharashtra de la Croix-Rouge de l'Inde ont lancé un projet de soutien aux moyens de subsistance axé sur la fourniture de semences de bonne qualité. Et Mahadeo de jubiler au milieu des autres villageois réunis ce soir-là et de débiter, exalté, une longue suite de chiffres : « En deux mois, j'ai récolté 65 kilos de légumes ; j'en ai vendu 41, et j’ai gardé le reste pour notre consommation personnelle. Comme ça, je peux offrir une nourriture plus saine à mon fils, à qui j'ai aussi acheté un nouveau cartable et des vêtements pour aller à l'école. D’ailleurs, ma femme m'a dit de vous demander deux fois plus de semences ! »

Suresh Wadde, un autre petit paysan d’Asavandi, a perdu l’année dernière la moitié de sa récolte à cause du manque de moyens d’irrigation et de la mauvaise qualité des semences. « La Croix-Rouge nous a donné des semences d’aubergine, d’okra, de tomate et de piment. Maintenant, nous avons aussi besoin de semences de riz et de maïs, martèle-t-il. Si la Croix-Rouge ne nous en donne pas, nous n’aurons pas de bonnes graines à semer la saison prochaine. Je ne veux pas perdre encore une fois mes récoltes. »

Ils sont nombreux ceux qui, comme Mahadeo et Suresh, bénéficient des activités que mène la Croix-Rouge afin d’assurer la sécurité économique et l’accès à des soins de santé adéquats. Parallèlement au projet de soutien aux moyens de subsistance, le programme d’unités mobiles de santé lancé par le CICR et la Croix-Rouge indienne en juin 2008 offre aux communautés la possibilité de recevoir des soins de santé préventive et curative. Ce projet vient compléter et renforcer les activités du centre de soins de santé primaires inauguré préalablement avec le soutien du CICR et de la Croix-Rouge de l’Inde.

Du nouveau dans le domaine des soins de santé

À environ une heure de route de la ville de Gadchiroli se trouve le taluk (région administrative) de Kasansur. Nous nous dirigeons vers le camp de base de la Croix-Rouge installé dans le village de Kotmi. Le long de la route, nous dépassons des hommes et des femmes portant des paniers pleins de feuilles de tendu, avant d’aborder une zone désertique. Quarante-cinq minutes plus tard, une main se lève pour nous accueillir. C’est Raju, le fils du premier bénéficiaire du programme d’unités mobiles ; il habite Kotmi.

Lorsque nous arrivons au village, Mangesh Subhash Patar, 18 ans, est en train de recevoir des soins au poste de santé mobile – ou dawakhana (pharmacie), comme les locaux l'appellent –, pour un accès de fièvre. Pour ce jeune potier et à la fois agriculteur, le poste de santé, c’est la possibilité de bénéficier de soins de santé curative, mais aussi préventive. « Je suis tous les conseils que m'a donnés le docteur pour être en bonne santé, sauf que je continue à fumer », admet-il avec un sourire embarrassé. Avant, quand ils étaient malades, la seule chose que pouvaient faire Mangesh et les autres villageois était d’aller consulter le Pujari, ou guérisseur traditionnel.

« Il y avait bien un centre de santé, mais aucun médecin ni aucun infirmier ne voulaient venir travailler ici, parce qu’il y a beaucoup de violence dans cette région. Et dans ce village où avant on avait peur d’approcher un véhicule, les gens se ruent aujourd’hui sur celui de la Croix-Rouge : c’est la seule manière qui existe de se faire soigner. »

Soins de santé préventifs

Aujourd’hui, les unités mobiles de santé desservent 23 communautés de castes, tribus et confessions différentes, rassemblées dans 29 villages. Ces trois dernières années, elles ont traité plus de 4 000 personnes. Alors que, dans la région, la malaria et la diarrhée tuent chaque année entre 20 et 30 personnes à l’époque de la mousson, les unités axent leurs activités avant tout sur la prévention. Pour ce faire, elles organisent des sessions de vaccination et d'éducation à la santé, qui sont assurées par des médecins et des volontaires de la Croix-Rouge.

Mangaldas Pungatti, un ancien commandant de faction naxalite de 45 ans, supervise les activités des volontaires de la Croix-Rouge. À l’époque, il contrôlait 70 villages ; avant d’être arrêté et de passer trois ans en prison. Aujourd’hui, il travaille comme volontaire, guide, traducteur et agent de communication dans les régions exposées à la violence du district de Gadchiroli, et coordonne les activités humanitaires dans sept villages.

« Je préfère ces sept villages aux septante que je contrôlais avant, sourit-il. Pour moi, à la Croix-Rouge, on reçoit autant qu’on donne. Un jour, j’ai décidé de m'aider moi-même en aidant les autres ». Et, dans une allusion philosophique à sa transition de l’alcoolisme dans lequel il avait sombré à l’époque, à son engagement humanitaire d’aujourd’hui, il conclut : « J'ai passé de Kranti à Shanti (de la révolution à la paix). »


Photos

 

Gadchiroli, Inde. Gadchiroli est l’un des districts les plus pauvres de l’Inde. L’insuffisance des moyens d’irrigation font que les récoltes sont très peu abondantes, ce qui force Mahadeo et la plupart des paysans de la région à trouver chaque été d’autres sources de revenus.
© CICR / A. Abbhi

 

Volontaire de la Croix-Rouge de l’Inde, Mangaldas Pungatti, un ancien commandant de faction naxalite, parcourt des questionnaires recueillis la veille au soir lors d'une réunion.
© CICR / A. Abbhi

 

Le CICR et la Croix-Rouge de l’Inde travaillent en étroite coopération, se rendant de village en village pour rencontrer les personnes les plus démunies, parfois même de nuit.
© CICR / A. Abbhi

 

Mangesh Pattar se fait soigner à l’unité mobile de santé. La pénurie de soins de santé adéquats a fait que beaucoup d'habitants du village sont mort de la malaria.
© CICR / A. Abbhi / v-p-in-e-00193