• Envoyer
  • Imprimer

Namibie : aider les familles à visiter leurs proches en détention

05-12-2011 Éclairage

Chaque année depuis 2002, plus de 350 personnes visitent leurs proches détenus dans des centres de détention en Namibie en relation avec les événements qui se sont déroulés dans la région de Caprivi en 1999. La région de Caprivi se trouvant loin des centres de détention, le CICR et la Croix-Rouge de Namibie aident les familles à visiter leurs proches détenus. Ci-après le récit d’une visite de trois jours effectuée en 2011 et vue par Pauline, Marie et Samuel.

Pauline

Pauline* (56 ans) vit à Katima Mulilo, la plus grande ville de la région de Caprivi. Son mari est détenu dans la capitale du pays, à la prison centrale de Windhoek, depuis 1999. Comme beaucoup d'autres femmes de sa communauté, elle n’a pas les moyens d’aller à Windhoek voir son mari.

Elle arrive avec plus d’une centaine de femmes et d’enfants à l'auberge de l’école primaire de Moreson à Windhoek après un long voyage de 18 heures et de plus de 1 000 km.

Il est déjà très tard, Pauline s’accorde quelques heures de repos. À 4 heures, elle se réveille pour préparer le plat préféré de son mari. Dans la cuisine de l'auberge, tout le monde parle en même temps, tout en préparant des repas spéciaux pour leurs proches.

Chaque femme a une histoire différente à raconter sur sa vie et sur son expérience avant la mise en place de ces programmes de visites familiales. Pauline se souvient des trois nuits qu’elle a passées dehors dans le froid dans une station-service à Windhoek, en juillet 2001 – l’unique fois où elle a rendu visite à son mari à la prison centrale de Windhoek avant le début du programme de visites familiales.

« Il faisait très froid dehors, je n'avais nulle part où aller et personne à qui parler à Windhoek », se souvient-elle. Il était difficile de faire des économies pour se rendre à Windhoek ; nos enfants avaient besoin d'argent pour manger, s’habiller, et pour payer les frais de scolarité. Ce que j’ai gagné de la vente de ma récolte était tout simplement insuffisant. Mais je devais à tout prix voir mon mari, lui dire que je l'aimais toujours et lui faire savoir que nous allions bien. »

Pauline dit qu'elle n'a plus besoin de lutter : l'hébergement, le transport et la nourriture sont fournis par le CICR et la Croix-Rouge de Namibie durant ces trois jours. À Windhoek, elle peut cuisiner le plat préféré de son mari «oshifima » (farine de maïs cuit), le poisson, les patates douces et le chou, et elle peut lui acheter des articles de toilette. « J’ai ainsi l’esprit en paix quand je le vois », dit-elle.

Maria

Maria * (71 ans) est arrivée la première à l'arrêt de bus. Elle est impatiente de voir son fils qu'elle a vu pour la dernière fois en décembre 2010 dans le cadre du programme de visites familiales. « Bien que je sois vieille et que j’aie souvent du mal à entendre ce qu’il dit au téléphone, lors de la visite, c’est merveilleux, et les souvenirs ne peuvent pas être effacés », dit-elle. Elle explique dans le détail tout ce qu'elle veut dire à son fils aujourd'hui. « Je veux lui dire tellement de choses – que le bétail a été décimé par des animaux sauvages, que je n'ai personne pour aller chercher du bois et que je n’ai pas de force. »

Lorsqu’ils arrivent à la prison centrale de Windhoek, les détenus et leurs familles se font des signes de la main et sont tout enthousiastes. Ils s’asseyent rapidement sur les bancs mis à leur disposition et parlent par téléphone, séparés par une vitre renforcée. Ils rient et discutent de leurs enfants, de leurs récoltes et de leur bétail, de leur santé et des changements dans la région de Caprivi. Tout est important. D'autres tiennent le téléphone et pleurent, ils ont tellement de choses à se dire, mais sont submergés par leurs émotions.

« J'ai parlé à mon fils. Je suis si heureuse maintenant », dit Maria arborant un léger sourire.

Samuel

Il avait à peine un an quand son père a été arrêté. « Chaque visite est un moment magique pour moi », dit-il avec un grand sourire.

Lors de sa visite à la prison, Samuel savoure chaque instant qu’il passe en compagnie de son père. Il tient fermement le téléphone tout en parlant à son père. Il ne veut être dérangé par personne pendant ce moment important de réunion. Il raconte à son père tout ce qui lui passe par l’esprit : il a été brillant à l'école et a terminé quatrième dans une classe de 40 élèves, mais il y a les grands garçons à l'école qui le battent ou lui font peur. Il ne sait pas quoi faire parce qu’il est effrayé et n’ose même pas le dire à son professeur.

Son père écoute très attentivement et sourit à son fils. « Je suis très heureux parce que mon père occupe une place spéciale dans ma vie, même s’il est en prison. Je ne peux pas imaginer la vie sans voir mon père », explique Samuel, les yeux pleins de larmes.

Mais le moment du départ est déjà là, les familles doivent quitter la prison. Il est difficile de lâcher les téléphones. Il est temps de rentrer à la maison. Tous ramènent un cadeau de leur proche détenu – un panier fait-main, coloré, fruit d’un travail personnel. Même si les familles ne peuvent pas rentrer à la maison avec leurs proches, ces cadeaux et souvenirs n’ont pas de prix. Quant à Samuel, il porte les paroles de son père dans son cœur. « Maintenant je peux affronter les garçons à l'école», dit-il.

 

* noms fictifs


Photos

Namibie, prison centrale de Windhoek. Une femme prépare avec plaisir un plat pour son mari qui se trouve à la prison de Windhoek depuis 1999. 

Namibie, prison centrale de Windhoek. Une femme prépare avec plaisir un plat pour son mari qui se trouve à la prison de Windhoek depuis 1999.
© CICR / D. Hove

Namibie, prison centrale de Windhoek. Une femme raconte à son mari les problèmes qu'elle rencontre à la maison. 

Namibie, prison centrale de Windhoek. Une femme raconte à son mari les problèmes qu'elle rencontre à la maison.
© CICR / D. Hove

Namibie, prison centrale de Windhoek. Les femmes et les enfants font des signes de main en guise d’au revoir. 

Namibie, prison centrale de Windhoek. Les femmes et les enfants font des signes de main en guise d’au revoir.
© CICR / D. Hove