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Pakistan : une nouvelle jambe, et c'est une nouvelle vie qui commence pour Manshad

16-12-2011 Éclairage

Manshad Ahmed avait 25 ans quand un violent tremblement de terre a secoué son village natal de Ghanchattar, dans la partie du Cachemire administrée par le Pakistan. À son réveil de l'opération, il a été choqué de voir que sa jambe avait été amputée sous le genou. Le séisme avait brisé non seulement ses os mais aussi ses rêves de jeune homme. Manshad a confié au CICR comment il était parvenu à sortir de son traumatisme psychologique et physique, et à surmonter ses difficultés économiques.

« Vous ne pouvez pas vous imaginer ce qu'on ressent quand on ne peut plus marcher. J'ai pensé que j'étais la personne la plus inutile au monde. Au lieu de subvenir aux besoins de mes vieux parents, je suis devenu une charge pour eux », raconte Manshad, assis sur un tabouret de son épicerie.

« Je me souviens très bien de ce jour-là. J'ai quitté la maison tôt le matin pour aller chercher du lait pour mes parents. Soudainement, tout a commencé à trembler très fort. Je n'ai pas compris ce qui se passait jusqu'à ce que je voie des briques tomber d'un mur. Puis une grosse poutre est tombée sur ma jambe. J'ai entendu le bruit de mes os se casser. Mais cette douleur n'était rien en comparaison de ce que j'ai ressenti quand on m'a dit qu'on m'avait amputé de la jambe. Je ne voulais pas paraître lâche, mais je n'ai pas arrêté de pleurer pendant des semaines. »

Ravalant ses larmes, Manshad poursuit : « Je venais à peine de commencer mon premier travail. Mon frère aîné m'avait promis que je construirais ma propre maison et que je me marierais. Mes rêves de vie modeste mais heureuse étaient anéantis. Les gens autour de moi avaient eux aussi beaucoup souffert. Les maisons étaient détruites, des proches étaient morts, mais je ne pensais qu'à mon propre malheur. Avec les mois qui passaient, j'ai commencé à détester mon lit, à détester mes béquilles, à me détester moi-même ».

Le chemin vers le rétablissement

Pendant que nous parlons, les mains de Manshad vont et viennent le long de sa jambe artificielle. Les clients entrent et sortent, et nous devons régulièrement interrompre notre conservation. Il se lève pour peser des pois puis reprend son récit.

« Je crois que vous ne pouvez pas vous imaginer ce qu'on ressent quand on peut de nouveau se tenir debout, même avec une jambe artificielle. Quand j'ai enfin pu me remettre debout, après qu'un médecin du CICR m'a eu posé une prothèse, mes jambes n'arrêtaient pas de trembler. Je me sentais comme un enfant, j'avais envie de courir, de courir très vite et de montrer à tout le monde que je n'étais plus dépendant. Pendant une semaine on m'a appris à me servir de ma nouvelle jambe pour marcher et monter des escaliers. Ensuite, j'ai voulu rentrer au village au plus vite. Je voulais que les gens me voient remarcher, j'étais indépendant ! »

En 2007, le CICR a ouvert un centre de réadaptation physique à Muzaffarabad, avec le soutien du ministère de la Santé. Le centre fournit gratuitement aux personnes handicapées physiques des membres artificiels (prothèses), des dispositifs de soutien tels que fauteuils roulants, béquilles et orthèses, et des services de physiothérapie. Les patients enregistrés bénéficient également d'un suivi de traitement, et leurs prothèses sont régulièrement changées.

« Deux ans plus tard, il fallait remplacer ma jambe artificielle. Lors de mon séjour d'une semaine au centre de réadaptation physique, j'ai entendu parler d'une possibilité de créer ma propre entreprise avec le soutien du CICR. Après en avoir discuté avec mon frère et mes amis, j'ai décidé d'ouvrir cette épicerie. Ma demande a été approuvée après examen. J'ai suivi une formation de cinq jours en gestion d'entreprise, puis le CICR a acheté les choses dont j'avais besoin pour démarrer. Après l'ouverture de l'épicerie, des collaborateurs du CICR venaient faire une visite tous les deux mois pour me donner des conseils. »

Le commerce de Manshad rapporte un revenu modeste mais régulier, qui lui permet de subvenir aux besoins de sa famille et de faire des plans pour l'avenir.

« Je suis marié et j'ai deux filles. Nous vivons dans notre propre maison et je prends bien soin de mes parents. C'est tout ce que j'ai toujours voulu, tout ce dont j'ai toujours rêvé. »

 

Centre de réadaptation physique de Muzaffarabad

  • Entre juillet et septembre 2011, le CICR a fourni 125 prothèses et orthèses en faveur de 109 patients et enregistré 134 nouveaux patients.
  • Le centre a aidé près de 4 000 personnes handicapées depuis son ouverture en juillet 2007.
  • Depuis 2008, les patients du centre peuvent également solliciter une aide financière pour créer ou développer l'entreprise de leur choix, avec le soutien du CICR et son suivi. Entre juillet et septembre 2011, le CICR a aidé 50 personnes handicapées à créer une petite entreprise, ce qui porte à 732 le nombre total de projets soutenus. La plupart des bénéficiaires ont choisi d'ouvrir une épicerie ou un magasin de fruits et légumes, ou de se lancer dans la confection de vêtements, la fabrication de bougies ou l'élevage de bétail.

Photos

Ghanchattar, partie du Cachemire administrée par le Pakistan. Manshad Ahmed fait ce qu'il n'aurait jamais imaginé pouvoir refaire : marcher.  

Ghanchattar, partie du Cachemire administrée par le Pakistan. Manshad Ahmed fait ce qu'il n'aurait jamais imaginé pouvoir refaire : marcher.
© CICR

Ghanchattar, partie du Cachemire administrée par le Pakistan. Manshad Ahmed sert un client dans l'épicerie qu'il a ouverte avec le soutien du CICR.  

Ghanchattar, partie du Cachemire administrée par le Pakistan. Manshad Ahmed sert un client dans l'épicerie qu'il a ouverte avec le soutien du CICR.
© CICR