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Halte au gaspillage : les prisons philippines tirent profit des énergies renouvelables

25-03-2011 Éclairage

Même les lieux de détention mettent à profit les énergies renouvelables pour chauffer l'eau ou préparer les repas des détenus. Allison Lopez nous explique comment le biogaz et l'énergie solaire contribuent à réduire considérablement les coûts de cuisson des aliments tout en préservant l'environnement dans les prisons de Cagayan de Oro et de Valencia (province de Bukidnon).

À la prison de Cagayan de Oro, on est accueilli par l'odeur alléchante du pain tout juste sorti du four que laisse échapper la petite boulangerie de l'établissement. Les boulangers – qui sont aussi des détenus – disposent sur des plateaux en métal différentes sortes de monay (pain typique des Philippines), ainsi que des pains au fromage, à l'ananas ou au beurre de cacahouètes, qu'ils cuisent ensuite au four.

« Malakas naman ang benta namin. Parating ubos yung tinda (La vente de pain marche vraiment bien. En général, nous vendons tout) », indique Nick, 28 ans, en ouvrant deux vannes : la première est reliée à une cuve de gaz de pétrole liquéfié (GPL) et l'autre à une cuve de biogaz, ce qui est plutôt rare dans un lieu de détention, et pas seulement aux Philippines.

« Sa biogas, nakakatipid kami at environment friendly. Maganda rin yung luto ng tinapay sa biogas kasi tuloy-tuloy naman yung apoy (Le biogaz est écologique et permet d'économiser de l'argent. Et le pain est bien réussi parce que le feu est régulier) », ajoute le détenu, qui travaille à la boulangerie de la prison depuis six mois.

À la prison de Cagayan de Oro, on utilise du biogaz – ou méthane – pour préparer les repas depuis 2009, année où le Bureau de l'administration pénitentiaire et de pénologie a banni le bois de chauffage des lieux de détention. La prison fait partie des cinq établissements pénitentiaires où le CICR a choisi de mettre en œuvre le projet « biogaz », qui constitue un excellent exemple de programme novateur pour l a réduction des coûts financiers et environnementaux.

Les cuisiniers de la prison de Cagayan de Oro utilisent par exemple le biogaz pour le poisson et le GPL pour les énormes quantités de riz qu'ils doivent faire cuire pour nourrir les plus de 1 000 détenus que compte l'établissement. Julius, le cuisinier en chef, nous dit son soulagement de ne plus inhaler la fumée que dégageait le bois : « Mausok dati, pawis na pawis kami. Mahirap i-control yung apoy, tapos ang tagal bago maluto (Avant, la cuisine était toujours enfumée, et on transpirait beaucoup. Le feu était difficile à gérer, et cela prenait du temps de cuire les aliments) ».

  Un meilleur système d'assainissement  

Le GPL est cher, alors que le biogaz ne coûte rien. « Le biogaz est une source d'énergie d'origine naturelle, qu'on obtient ici à partir de déchets humains. Des latrines, ces déchets sont acheminés vers le digesteur, où ils se décomposent et dégagent du méthane. De là, le gaz passe dans un réservoir, puis dans les conduites reliées aux cuisines », explique Gavin Macmillan, l'ingénieur WATHAB du CICR. « De nos jours, opter pour des sources d'énergie alternatives est un choix judicieux, compte tenu de l'augmentation du prix du pétrole et des autres sources d'énergie non renouvelables », précise-t-il.

Le projet de production de biogaz a non seulement permis de réduire les coûts de cuisson des aliments, mais également d'améliorer le système d'assainissement de la prison par le remplacement des fosses septiques moins efficaces. « Le biogaz réduit l'impact des gaz à effet de serre et des agents pathogènes qui rendent les gens malades. Il permet aussi au Bureau de l'administration pénitentiaire et de pénologie d'économiser de l'argent, car une part considérable de son bu dget va à l'alimentation des détenus », relève Gavin Macmillan.

Les déchets organiques sont aussi transformés en engrais destiné au jardin potager de la prison. « Le gouvernement a des ressources limitées, alors le projet biogaz nous aide beaucoup. Nous sommes reconnaissants au CICR, qui vient en aide aussi bien aux détenus qu'à l'environnement », déclare Russel Tangeres, surveillant en chef à la prison de Cagayan de Oro.

  De l'eau chauffée par le soleil  

Plus au sud dans le pays, une autre innovation respectueuse de l'environnement permet à une prison de la province de Bukidnon de faire elle aussi des économies et laisse présager d'autres projets durables.

À la prison de Valencia, des panneaux solaires ont été installés sur le toit des cuisines pour la production d'eau chaude. Un mois à peine après leur installation, les temps de cuisson sont déjà considérablement plus courts, et la cuisine consomme beaucoup moins de bois.

« Avant, on utilisait de l'eau du robinet qu'on chauffait au bois. On brûlait en général trois fagots de bois pour la faire bouillir. Ngayon mabilis na maprepare ang pagkain at nalengthen ang consumption ng kahoy. (Aujourd'hui, la nourriture est plus vite prête, et on a du bois pour plus longtemps) », explique le surveillant en chef Francis Acelo, qui dirige la prison de Valencia depuis 2001.

Francis Acelo est visiblement content des changements qui ont été opérés. Valencia était l'une des prisons les plus surpeuplées avant d'être réinstallée en octobre 2010 sur un vaste terrain de trois hectares loué au gouvernement local. « Avec ses 200 mètres carrés, l'ancienne prison n'avait qu'une capacité de 48 détenus. Lorsque Valencia est devenue une ville, en 200 1, et que le nombre de détenus est passé à 100, l'établissement est devenu surpeuplé et des détenus sont tombés malades. La chaleur et les odeurs rendaient la situation insupportable », raconte-t-il.

Comme l'explique le directeur, le nouvel établissement et le chauffe-eau solaire ont permis d'améliorer la situation à plus d'un titre : « Pati perwisyo nabawasan (On a moins de problèmes aujourd'hui), car cela fait longtemps qu'on n'a pas dû aller chercher du bois en forêt ».

Les économies que le chauffe-eau solaire permettra de réaliser serviront à financer l'infrastructure de la prison. « Une fois que les installations nécessaires seront en place, l'argent servira à améliorer l'alimentation des détenus », indique Francis Acelo.

Bien que beaucoup reste à faire, le directeur est convaincu que la prison aura bientôt son propre jardin potager ou sa propre porcherie, des projets qui lui permettraient d'être davantage autosuffisante. La construction d'un bâtiment réservé à l'enseignement est également prévue.

« Les efforts de coordination déployés par les unités locales de gouvernement, le Bureau de l'administration pénitentiaire et de pénologie et d'autres organisations telles que le CICR donnent d'excellents résultats. Cela montre que les problèmes peuvent être réglés facilement quand les gens travaillent ensemble. Ce n'est pas souvent que des projets s'organisent aussi bien que celui-ci », ajoute Francis Acelo.