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Sénégal : la Croix-Rouge sénégalaise réunit des familles séparées à Touba

21-06-2011 Éclairage

À l’occasion du Grand Magal, qui rassemble plus de deux millions de pèlerins musulmans à Touba (Sénégal), la Croix-Rouge sénégalaise, soutenue par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), a pour la première fois participé à un programme d’aide aux personnes séparées de leurs proches.

Khadim et sa mère ont été brusquement séparés pendant le 116e Grand Magal. Vers 8 heures du matin, alors qu’ils marchent ensemble près de la grande mosquée de Touba, lieu central vers lequel convergent les centaines de milliers de pèlerins venus commémorer le départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, fondateur de la très influente confrérie des mourides, le garçon est happé par la foule. Bien qu'il n’ait lâché la main de sa mère que quelques secondes, il ne parvient plus à la retrouver. Il n'a que 7 ans et pris de panique, il pleure et court dans tous les sens. Conduit par un passant jusqu'à une tente de la Croix-Rouge, il est consolé et pris en charge par des volontaires de la Croix-Rouge, qui le remettront à sa mère vers 15 heures.

Cette année, grâce au soutien logistique et financier du CICR, la Croix-Rouge sénégalaise a pu mettre en place un programme de rétablissement des liens familiaux dans la capitale mouride. « Lors des quatre journées d’opération, 303 enfants, âgés pour la plupart de 2 à 14 ans, ont ainsi pu retrouver leur famille », explique Amadou Diop, coordonnateur du projet pour le CICR. Trente volontaires des sections locales de la Croix-Rouge de M'backé et de Touba, répartis dans onze tentes à travers la ville, ont reçu une formation spécifique sur l'assistance aux enfants et aux adultes séparés de leurs proches.
C’est sous la tente principale, installée à proximité de la grande mosquée, que Gayba a retrouvé sa famille. Cette fillette de 11 ans a perdu de vue ses deux frères alors qu’elle admirait le minaret de près de 90 mètres qui domine la cité. Repérée par des volontaires de la Croix-Rouge, elle est emmenée sous la tente de la Croix-Rouge, où elle reçoit à boire, à manger et un tee-shirt. Toute sa famille est venue dans la ville sainte pour prier, consulter le marabout, se recueillir sur la tombe d’un proche au cimetière et visiter les mausolées du fondateur du mouridisme et de ses descendants, dans une ambiance haute en couleur, baignée par les odeurs délicieuses des mets qui sont distribués gratuitement à la population, sur fond de chants religieux.

Après avoir consolé l’enfant, les volontaires remplissent avec elle la « fiche d’enregistrement de personnes séparées et vulnérables ». Sur ce document attestant que la Croix-Rouge a recueilli l’enfant, un maximum d’informations sont collectées : nom, prénom, âge et taille, habits portés, adresse, nom des parents et numéro de téléphone. Ces informations ne sont pas toujours faciles à obtenir, notamment auprès des plus jeunes. Gayba connaît fort heureusement par cœur le numéro de portable de son papa, que les volontaires ne parviennent pourtant pas à joindre en début de soirée. Avec une cinquantaine d'autres enfants, la fillette passera la nuit dans une maison mise à disposition par le chef de village de Touba. Elle sera remise à son père le lendemain matin, après vérification de l'identité de ce dernier et de son lien de filiation avec la fillette. « Ma fille est saine et sauve grâce à la Croix-Rouge ! Je prierai pour que vous ayez une longue vie », a-t-il déclaré, ému.

Une centaine d’adultes se sont également manifestés pour signaler la disparition d'un enfant et laisser un numéro de téléphone où les joindre. Les organisateurs ont été surpris de constater que leur intervention a également bénéficié à d’autres personnes seules. Plusieurs dizaines de personnes âgées, dont deux Bissau-Guinéennes et une Gambienne, sont venues sous la tente principale pour se reposer ou attendre qu’un proche vienne les retrouver.

L'opération conduite à Touba par la Croix-Rouge sénégalaise s'inscrit dans le cadre d'un dispositif qui a été mis en place en 2004 par l’association Ginddi (« orienter » en wolof) et le ministère sénégalais de la Famille. L’AEMO (Action éducative en milieu ouvert), rattachée au ministère de la Justice, s'y est associée quatre années plus tard. L’assistance aux personnes perdues a toujours existé à Touba mais elle se faisait de manière plus informelle, donc moins efficace. Les enfants étaient alors simplement réunis aux abords des lieux de culte ou des chaînes de radio et de télévision, sans structure d’aide. « Nous sommes heureux de pouvoir bénéficier de cette assistance », a indiqué Gamou Ndiaye, animateur socio-éducatif de Ginddi. Le président de la Croix-Rouge sénégalaise, Abdoul Aziz Diallo, s’est également félicité de cette collaboration et a ajouté : « Cette première expérience, très concluante, pourrait être transposée aux prochains grands rassemblements qui vont avoir lieu au Sénégal ».


Photos

Sénégal. La grande mosquée de Touba. 

Sénégal. La grande mosquée de Touba.
© CICR / C. Decker

Sénégal. Activités RLF durant le Grand Magal de Touba 2011. Un enfant séparé de ses parents attend qu'un membre de sa famille se présente à la tente de la Croix-Rouge, 

Sénégal. Activités RLF durant le Grand Magal de Touba 2011. Un enfant séparé de ses parents attend qu'un membre de sa famille se présente à la tente de la Croix-Rouge,
© CICR / C. Decker / v-p-sn-e-00183

Sénégal. Activités RLF durant le Grand Magal de Touba 2011. Une volontaire rassurant un enfant séparé de ses parents. 

Sénégal. Activités RLF durant le Grand Magal de Touba 2011. Une volontaire rassurant un enfant séparé de ses parents.
© CICR / C. Decker / v-p-sn-e-00185

Sénégal. Activités RLF durant le Grand Magal de Touba 2011. Volontaire enregistrant la demande de recherche d'une mère. 

Sénégal. Activités RLF durant le Grand Magal de Touba 2011. Volontaire enregistrant la demande de recherche d'une mère.
© CICR / C. Decker / v-p-sn-e-00186