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Pour les volontaires du Croissant-Rouge arabe syrien, les vendredis sont toujours imprévisibles

06-12-2011 Éclairage

Dans le centre de distribution des secours d’urgence Al-Zahirah, à Damas, Saleh Dabbakeh, délégué communication du CICR en Syrie, s'est entretenu avec quatre volontaires pour savoir ce qui pousse les êtres humains à offrir volontairement leurs services et ce qu’ils en retirent sur le plan personnel.

Introduction

Damas, quartier de Al-Zahirah. Le Croissant-Rouge arabe syrien a transformé un hôpital en construction en centre d'opérations d'urgence. 

Damas, quartier de Al-Zahirah. Le Croissant-Rouge arabe syrien a transformé un hôpital en construction en centre d'opérations d'urgence.
© SARC / H. Hawasly / sy-e-00085

L'engagement et le dévouement des volontaires du Croissant-Rouge arabe syrien sont particulièrement manifestes depuis les récents actes de violence en Syrie. Bon nombre de volontaires consacrent la majeure partie de leur temps aux dépens de leur travail et de leurs occupations quotidiennes à aider à sauver des vies. Les volontaires à Al-Zahirah, qui recouvre la capitale et les zones avoisinantes, sont en état d'alerte tous les jours de la semaine. Mais les vendredis sont particulièrement chargés.

Tammam

Tammam, 32 ans, ingénieur civil, dirige la salle d'opération à Al-Zahirah.

Tamman organise les trajets des ambulances arabe syrienne du Croissant-Rouge à Damas et sa banlieue. 

Tamman organise les trajets des ambulances du Croissant-Rouge à Damas et dans la banlieue.
© SARC / H. Hawasly

Nous sommes mobilisés depuis le 24 mars. Je consacre désormais tous mes vendredis à Al-Zahirah et au travail de volontaire. À Al-Zahirah, au début nous avions une simple salle d'opération. Elle a été agrandie et améliorée grâce au savoir-faire local et aux équipements locaux. Nous envisageons d'accroître le nombre d'ambulances et d’agrandir encore la salle d'opération.

Le vendredi matin, tout se joue la première heure. Pour moi, c'est une heure d'angoisse. Je pense aux endroits où la violence pourrait se produire, aux endroits où il faudrait envoyer le premier véhicule en mission de reconnaissance, etc.  L’autre préoccupation, vu le contexte difficile, c’est de savoir comment dispenser conseils et assistance aux volontaires pour les aider à prendre des décisions sur le terrain. Je ne suis jamais tranquille tant que les volontaires ne sont pas tous rentrés sains et saufs à la salle d'opération en fin de journée.

Mon travail ne consiste pas seulement à gérer les opérations sur le terrain. Je dois pouvoir répondre à toute une série de questions, allant du soutien psychologique des secouristes à la préparation des ambulances. En salle d'opération, il ne suffit pas de gérer les opérations, il faut aussi les diriger. Vous devez montrer l’exemple aux autres.

Le travail de volontaire présente certes des défis mais il offre aussi des opportunités. Je me souviens d'un jour où nous avions besoin d'une ambulance pour répondre à un appel. À peine dix à quinze minutes plus tard, nous avions une réponse de quatre équipes différentes. Nous étions unis, comme appartenant à une seule et même famille, travaillant ensemble pour répondre aux besoins.
Un sentiment de fraternité et de solidarité existe entre volontaires, une atmosphère d'intimité que l’on n’éprouve nulle part ailleurs. Nous mangeons ensemble, nous discutons et planifions ensemble, nous sommes animés d’un solide esprit d'équipe. Des volontaires d'autres gouvernorats et sections viennent maintenant à Al-Zahirah pour tirer les enseignements de l'expérience de la section de Damas.

Bashir

Bashir, 28 ans, neurologue à l'hôpital de Damas

Bachir s'assure que son unité médicale mobile est prête à l'action. 

Bachir s'assure que son unité médicale mobile est prête à l'action.
© SARC / H. Hawasly

Je me suis rendu à Al-Zahirah jeudi après-midi afin de préparer dix ambulances et deux cliniques mobiles pour le week-end. Je dois veiller à ce que les médicaments et le matériel médical soient prêts. En général, je passe les journées de vendredi et de samedi au centre.

Je suis heureux quand personne ne m'appelle le vendredi, cela signifie qu’il n’y a pas de blessés. Voir des blessés me remplit de tristesse. Si j'arrive à stopper une hémorragie et à sauver une vie, j’éprouve une joie profonde. D’une manière générale, les patients découvrent avec satisfaction que nous sommes des volontaires et que nous ne sommes pas rémunérés pour notre travail.

Le vendredi matin, nous vérifions toujours que les ambulances sont prêtes. Les équipes sont constituées, elles reçoivent des feuilles de mission officielle avec les noms des secouristes dans chaque ambulance. Chaque équipe se compose du chef d'équipe, de deux secouristes et d'un éclaireur. (L'éclaireur évalue l’état des blessés ou des malades et prend des décisions concernant l’accès aux divers endroits).

Les ambulances entrent quelquefois sans difficulté dans des zones à problème (un véhicule est généralement envoyé en éclaireur avec les volontaires pour y vérifier la situation de sécurité). Les papiers (identification et mission) sont quelquefois contrôlés. Les ambulances n’ont pas toujours le droit de passer pour diverses raisons.

Des problèmes persistent dans certains quartiers en raison de la confusion qui règne concernant l'emblème du croissant-rouge. Il arrive même que notre neutralité soit remise en question, et certains veulent que nous prenions parti. Mais notre neutralité et notre impartialité sont de mieux en mieux comprises. Nous aidons tous ceux qui ont besoin de notre aide. Nos volontaires transportent les blessés vers l'hôpital le plus proche, sauf si la personne blessée s’y oppose.

Les femmes volontaires ont joué un rôle certain pour améliorer la confiance de la population à l’égard du Croissant-Rouge arabe syrien. En parlant ouvertement et franchement avec la population, elles nous ont permis de nous rapprocher d’elle.

Rina

Rina, 32 ans, coordonnatrice de projets dans le cadre d’une ONG internationale s’occupant de réfugiés irakiens.

Pour moi, le vendredi était généralement un jour férié, aujourd'hui c'est tout simplement un jour où je fais mon travail de volontaire.
Je suis volontaire depuis 2001. En 2009, j'ai dû abandonner ce travail car je suis retournée étudier, mais cette année j’ai repris mon activité de secouriste. Je pense qu'il vaut mieux sortir et essayer de sauver des vies plutôt que de rester à la maison regarder, malheureuse et tendue, les informations à la télévision.

La neutralité donne une large perspective des événements qui se produisent dans le pays. Être neutre ne facilite pas la tâche mais permet de porter un regard objectif sur les événements. Si vous n'êtes pas neutre, vous pouvez facilement vous retrouver dans une situation difficile.

La première fois que j'ai répondu à un appel d'urgence, j'ai vu des morts et des blessés. Je voulais savoir qui étaient ces personnes. Cette question m'a troublée, j'ai cru qu’elle pourrait affecter la neutralité de mon jugement, alors que tous ont besoin d'aide, quels qu'ils soient. Depuis lors, j’ai décidé d’aider tous ceux qui sont dans le besoin et de ne plus me poser ces questions.

Cela n'a pas été une période facile pour la plupart des Syriens. J'ai décidé d'éviter de discuter de politique en famille, avec les parents et les amis pour préserver ma santé mentale.

La journée d'aujourd'hui n'était pas très chargée. Dieu soit loué ! [elle rit]. Quand on est sur le terrain, on sent bien que notre mission n’est jamais terminée. Nous évacuons les patients et sommes quelquefois incapables d’assurer un traitement complet. Le 5 juin, date anniversaire de l'occupation du Golan, j'ai travaillé plus que durant toute ma vie, dispensant les premiers secours. Des personnes sont mortes pendant que nous leurs dispensions les soins. Nous n'avons pas réussi à les sauver. C'est triste, mais je suis tellement fière de tout ce que nous avons pu faire : c'est considérable !

Aujourd’hui, je m’intéresse davantage à tout ce que fait le Croissant-Rouge arabe syrien. Nos ambulances, nos équipes et nous-mêmes, nous sommes devenus plus efficaces, et nous en sommes fiers. Nous sommes maintenant en mesure d’organiser des services locaux de soutien psychologique, et de nous soutenir mutuellement. Nos relations entre volontaires sont devenues meilleures, plus fortes et plus solides.