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Fédération de Russie/Tchétchénie : de l'eau pour Dachou-Borzoï

22-01-2013 Éclairage

Bien que la situation se soit améliorée en Tchétchénie, il reste difficile d'avoir accès à l'eau potable dans beaucoup d'endroits reculés du sud de la République. Dachou-Borzoï est un des nombreux villages où le CICR a réalisé ces dernières années des projets de réparation ou de reconstruction du système de distribution d'eau. Pour choisir les villages qui bénéficieront d'une telle assistance, le CICR prend en considération le niveau de destruction, le nombre d'habitants, l'état du réseau d’approvisionnement en eau et le niveau de dangerosité des mines antipersonnel.

Dachou-Borzoï est un village de quelque 2 000 âmes, situé sur la rive droite de la rivière Argoun, qui longe le district de Chatoï, en Tchétchénie. En 2009, quand des ingénieurs du CICR s'y sont rendus pour la première fois, ils ont découvert que 95 % du système d'alimentation en eau avait été détruit. Près de 90 % des habitants ont creusé des puits, qu'ils remplissent avec de l'eau achetée auprès de porteurs d’eau. Mais l'eau devient vite stagnante et ne peut être utilisée que pour laver. Après avoir réparé les systèmes d'approvisionnement en eau dans d'autres villages, le CICR est retourné à Dachou-Borzoï en 2011. Il a estimé dès le début que les travaux allaient représenter le plus grand projet de ce genre dans un village tchétchène. Le site répondait à tous les critères en termes de nombre d'habitants et de degré de destruction. Musa Shaipov, ingénieur du CICR, donne pour plaisanter un autre argument avancé par les habitants : « Les filles ne voulaient pas se marier avec un homme d'ici, parce qu'il n'y avait pas d'eau dans le village ! »

Tout d'abord, les ingénieurs ont examiné les sources d'eau naturelles dans la zone alentour. Les sources qu'ils ont découvertes étaient situées en dessous du niveau du village, ce qui signifiait qu'il faudrait des pompes pour amener l'eau dans les maisons. Les autorités administratives du village avaient fait faire les analyses nécessaires, qui attestaient que l'eau était potable. Sur la base de ces résultats, le CICR a engagé une entreprise, et une équipe a commencé à travailler sous la supervision des ingénieurs de l'institution. « Les pompes fonctionnent à l'électricité, explique Musa, alors le CICR a tiré plus d'un kilomètre de câble pour installer un transformateur. » En outre, il a construit deux réservoirs d'eau et posé plus de 19 km de tuyaux. Ramzan Serganov, ancien responsable de l'administration du village, se souvient qu'au début il n'avait pas une très bonne image du CICR. « Je pensais qu'ils étaient ici seulement pour le spectacle, dit-il en riant, mais ils ont abattu beaucoup de travail. Pendant sept générations, mes aïeux ont vécu ici sans eau courante ; ils allaient chercher de l'eau dans des seaux, à l'aide de palanches. Je n'ai pas souvenir d'avoir vu de l'eau couler ici comme ça. »

Musa essaie de régler de manière diplomatique tous les problèmes qui surgissent. « Les villageois veulent souvent nous donner des conseils, dit-il en souriant. Certains sont contents, d'autres pas. C'est toujours comme ça. Beaucoup de gens, même s'ils ne connaissent pas les détails techniques du projet, essaient de nous convaincre que ce n'est pas comme cela qu'il faut faire. Mais nous travaillons à partir de calculs et de plans très précis, et nous avons nos propres critères. Nous faisons en fonction de nos compétences, et la tâche du CICR, en tant qu'organisation humanitaire, est de donner accès à l'eau potable dans les villages qui n'ont pas encore réussi à surmonter les conséquences du conflit armé. »

Aujourd'hui, la moitié des villageois déjà sont reliés à l'eau courante. Les ingénieurs ont actionné le nouveau système avant même d'avoir complètement achevé le projet, pour vérifier qu'il marchait bien. Devant une maison à l'entrée du village, une tranchée fraîchement creusée serpente sous les barrières, depuis la route. Maryam vient à la rencontre des ingénieurs. Elle a la soixantaine et avoue ouvertement qu'elle doute avoir un jour l'eau courante, étant donné que rien n'a jamais été fait dans cette partie du village. Dans la zone où le système fonctionne déjà, du linge propre est étendu dans la cour d'une maison. Une jeune femme vient à la porte. « Quand l'eau a commencé à couler pour la première fois, j'étais tellement contente que j'ai lavé tous les tapis, s'exclame Larissa. Avant, nous achetions de l'eau, mais ça ne nous durait pas très longtemps : nous sommes une famille nombreuse et nous avons besoin d'eau aussi pour le bétail. » Aujourd'hui, l'eau coule dans les canalisations qui forment les artères principales du réseau d'approvisionnement en eau de Dachou-Borzoï, ainsi que dans les veines et les vaisseaux capillaires qui vont jusque dans les maisons. Bientôt, elle arrivera chez Maryam. Il y en a encore pour un mois de travail ; Maryam devrait donc avoir l'eau courante avant que l'hiver entre dans sa période la plus froide.


Photos

Un ingénieur hydraulicien teste le système d'alimentation en eau qui vient d'être installé. 

Dachou-Borzoï, Fédération de Russie.
Un ingénieur hydraulicien teste le système d'alimentation en eau qui vient d'être installé.
© ICRC / v-p-ru-en-00684