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Service international de recherches : trouver son identité – après 66 ans

29-11-2012 Éclairage

« J'ai enfin l'esprit en paix ... je ressens un soulagement extrême. » C’est ainsi que George Jaunzemis, 69 ans, résume ses sentiments. Il n'a jamais su qui était sa mère, ni quel était son vrai nom ni où il est né - questions auxquelles le Service international de recherches (SIR) à Bad Arolsen a aujourd’hui répondu. La tourmente de l'après-guerre en Europe a séparé George de sa mère, lorsqu’il avait 4 ans. En mai 2011, il a rencontré des membres de sa famille pour la première fois et a visité Magdebourg, son lieu de naissance.

George a grandi avec Anna Jaunzemis en Nouvelle-Zélande - une femme qui s’est fait passer pour sa mère, mais qui ne l’était pas. « J'ai toujours eu des doutes à son sujet », dit Jaunzemis. « Elle ne se comportait tout simplement pas comme une mère. Elle était assez froide, elle ne m'a jamais embrassé. Et quand je lui reprochais de ne pas s’occuper de moi, elle se mettait en colère. » Anna, Lettonne de naissance, évitait de parler du passé en général et de la Seconde Guerre mondiale en particulier. « Chaque fois que je lui posais des questions sur notre famille, elle répondait sempiternellement : ‘Ils sont tous morts.’ » Elle m’a dit que son père avait été officier de marine.

En réalité, George est né à Magdebourg le 18 octobre 1941 sous le nom de Pierre Thomas. Sa mère Gertrud était tombée amoureuse d’un prisonnier de guerre belge Albert van der Velde, un travailleur forcé au bureau de la gare de Magdebourg. Immédiatement après la fin de la guerre, le 22 mai 1945, ils se sont mariés à la mairie dans le centre de la vieille ville de Magdebourg. Albert a accepté Peter comme son fils et la famille est partie pour la Belgique.

Mais ressortissante allemande, Gertrud n'avait pas de permis d'entrée. Elle fut détenue trois mois dans un camp d'internement. La mère et le fils furent séparés, et Peter, âgé alors de 4 ans, fut placé dans un camp pour personnes déplacées.

Anna Rausis, une Lettonne de 46 ans, s’est occupée de l'enfant dans le camp et lui a donné le nom de George. Après une odyssée à travers différents camps de personnes déplacées à Lübeck et Munich, Anna émigre le 20 mai 1949 à bord du « Dundalk Bay » avec le garçon en Nouvelle-Zélande via l'Italie. Elle change son prénom pour Rause et plus tard pour Jaunzemis. Albert et Gertrud van der Velde passent des années à la recherche de leur fils disparu – mais en vain. Les Alliés ont participé à la recherche de l'enfant à l'époque - comme en témoigne le dossier de 150 pages sur la recherche de l’enfant, conservé dans les archives du SIR.

Mes recherches ont tourné en rond

Le fait de ne pas connaître ses origines a tourmenté Jaunzemis pendant toute son enfance. « Les autres enfants avaient tous une famille. Mais moi, je n'avais personne. Une vie sans racines familiales est une vie solitaire et malheureuse. » Après la mort d'Anna en 1978, il se met à rechercher ses origines, en commençant par la Nouvelle-Zélande. « Je voulais regarder nos papiers d'immigration », se rappelle Jaunzemis. « Mais on ne m'a pas donné d’information. »

Le contact avec la Lettonie a apporté une première percée. « Je me suis rendu en Lettonie pour la première fois en 1997. Ma recherche a été plus difficile parce que je ne connaissais que le nom de Jaunzemis, et pas Rause. Enfin, j'ai découvert qu’Anna avait quitté la Lettonie en octobre 1944, seule ». Il n'y avait donc pas de papiers faisant état de la naissance d'un « George Jaunzemis » à Riga en novembre 1941. « J'ai toujours supposé que j'étais l'un des 300 orphelins à bord du navire qui partait alors pour l'Allemagne », raconte Jaunzemis. « J’ai eu un choc lorsque j’ai réalisé que mes théories étaient toutes fausses. »

En 2000, Jaunzemis s’installe en Lettonie, où il a rencontré la femme qui deviendra son épouse. Il intensifie sa recherche, mais « pendant sept longues années mes recherches tournent en rond. J'ai commencé à penser que je n’obtiendrai aucune information. Le SIR était mon dernier recours »dit-il. Il écrit au SIR en octobre 2009. Après un an et demi, le SIR est en mesure d'établir la véritable identité de George Jaunzemis alias Thomas Peter, et de trouver son parent le plus proche, avec l'aide des autorités de la ville de Magdebourg et des Sociétés nationales de la Croix-Rouge de Belgique et de Lettonie. « Au début, je pensais que tout cela était impossible. Puis, tout s’est mis en place. Les documents du SIR, les dossiers que j'avais déjà ... chaque pièce s’inscrivait bien les unes avec les autres. Je ressens un soulagement extrême, parce que j'ai toujours été hanté par la question de savoir qui étaient mes parents. »

Jaunzemis visite Magdebourg, son lieu de naissance

Malheureusement, la maison où il est né à Magdebourg n'existe plus, mais le maire l’invite à une réception. « C'est très émouvant », dit Jaunzemis. « Je suis heureux d'avoir une famille, mais je ressens toujours une impression étrange et irréelle. Tellement de temps a tout simplement été perdu. « Au cours d'un voyage d'une semaine en Allemagne en mai 2011, le Néo-Zélandais (qui a maintenant également la nationalité lettone) a rencontré deux cousins à Magdebourg et un neveu à Berlin. « La rencontre avec le fils de ma sœur a été un grand moment », dit Jaunzemis avec enthousiasme. « Il a toujours su qu'il y avait quelque part un oncle. Quand je suis arrivé, avant toute chose, il m’a embrassé. J'ai presque éclaté en sanglots. Il y avait tellement de soutien et d’aide, une si grande empathie. Et il n'y avait pas de distance entre nous, même au début. « Jaunzemis a appris que sa soeur Gerda avait demandé à la Croix-Rouge de l'ex-Allemagne de l'Est de lancer une recherche pour lui. Mais elle ne pouvait lui indiquer que le nom de Peter Thomas, la recherche n’a donc rien donné, d'autant plus que l'Allemagne de l'Est et l’Allemagne de l'Ouest étaient encore séparées à l'époque. Gerda, qui était restée avec leurs grands-parents communs à Magdebourg en 1945, est décédée en janvier 2007.

Gertrud, la mère de Jaunzemis est morte en Belgique en avril 2009 - six mois avant que Peter ne s’adresse à la SIR. Son mari Albert a aujourd’hui 90 ans et vit dans un foyer pour personnes âgées en Belgique. « Il ne veut pas me parler. Il a demandé aux autres de me dire qu'il se sent désolé pour moi », dit Jaunzemis. « Il n’a pas dévoilé l'emplacement de la tombe de ma mère à la famille allemande. » Une autre énigme que le SIR va tenter de résoudre. « Tout cela vient comme une surprise pour nous », déclare le cousin de Peter, Joachim Sumpmann de Magdebourg. « Après tout, notre famille avait l'habitude de penser que Peter était mort. » La famille a échangé des photos avec lui et a rempli leur arbre généalogique à la lumière des nouvelles informations. « Nous sommes ravis que les événements ont pris cette tournure », explique Sumpmann.

La Force aérienne m’a donné un sentiment d’appartenance

Jaunzemis ne peut que spéculer sur les raisons pour lesquelles Anna l'a enlevé. « Une chose est claire : elle n’a jamais voulu m’abandonner », se souvient-il. Entre 1949 et 1952, il a vécu avec Anna à Wellington, avant de déménager à Christchurch. « Je pense qu'elle était analphabète », explique Jaunzemis. « Elle ne s'est jamais mariée et a toujours travaillé comme femme de ménage, cuisinière ou bien en usine. Elle n'a jamais appris l'anglais correctement et avait d'énormes difficultés à s'adapter à la vie en Nouvelle-Zélande. « En 1952, le garçon a été temporairement pris en charge parce qu'elle ne s’était pas occupée de lui ».

Quand George termine sa scolarité en 1967, il quitte la maison pour rejoindre la Force aérienne royale néo-zélandaise en tant que monteur-ajusteur aéronautique. « La Force aérienne m'a donné un sentiment d’appartenance. Ma relation avec Anna devient de plus en plus distante au fil du temps. « Jaunzemis est resté avec la Force aérienne jusqu'à sa retraite, il a passé les dernières années de sa carrière en travaillant au musée qu’il avait contribué à mettre en place. « Mes sentiments envers Anna sont mélangés maintenant. J'ai du mal à la comprendre. Parfois, je la hais, parfois non. Après tout, elle est tout de même la seule à m’avoir élevé. Mais quand je regarde en arrière, je ne vois aucune intimité, aucune vraie relation. »


Photos

George Jaunzemis avec une photo de lui-même petit garçon, avant d'être emmené en Nouvelle-Zélande. 

Service International de Recherches, Bad Arolsen, Allemagne.
George Jaunzemis avec une photo de lui-même petit garçon, avant d'être emmené en Nouvelle-Zélande.
© Service International de Recherches

George Janzemis avec les proches qu'il a découverts après 66 ans, grâce au SIR 

Magdebourg, Allemagne.
George Janzemis avec les proches qu'il a découverts après 66 ans, grâce au SIR
© Service International des Recherches

George Jaunzemis et son cousin Joachim Sumpmann regardent des documents du dossier de 150 pages créé par le SIR en réponse aux tentatives de sa mère de retrouver son fils. 

Service International de Recherches, Bad Arolsen, Allemagne.
George Jaunzemis et son cousin Joachim Sumpmann regardent des documents du dossier de 150 pages créé par le SIR en réponse aux tentatives de sa mère de retrouver son fils.
© Service International de Recherches