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Togo: des handicapés retrouvent leur mobilité

06-12-2012 Éclairage

Handicapés suite à des accidents de la circulation routière, affaiblis par la poliomyélite ou le diabète, trois hommes et une femme, comme des centaines d'autres Togolais, ont dû lutter pour retrouver leur dignité et garder la tête haute. Pour les personnes handicapées, le même constat, douloureux : comment retrouver sa mobilité malgré des moyens de subsistance limités?

Au Togo, depuis 2003, le Fonds Spécial du CICR en faveur des Handicapés (FSH) offre des services de réhabilitation physique (donation de matériel et composants orthopédiques, formation du personnel travaillant dans les centres orthopédiques…) Grâce à cet appui, plus de 7'000 patients ont pu bénéficier de service de rééducation à Lomé (prothèse ou orthèse, aides techniques, séances de rééducation. 

 

M. Kokou Sotodji, 57 ans, agent de microfinance. Marié et père de cinq enfants. 

"Le 24 juin 2010, j'ai fait un grave accident avec ma moto, alors que je me rendais à Anécho, une ville située à 45 km à l'est de Lomé. Je suis resté dans le coma pendant dix jours avant de revenir progressivement à la vie. A mon réveil, j'ai ressenti de vives douleurs à la hanche et surtout dans ma jambe gauche. Je n'arrivais plus à joindre mes deux jambes. J'ai passé six mois à l'hôpital sans aucune amélioration. Les douleurs restaient vives. Les médecins du Centre hospitalier universitaire de Lomé ont finalement décidé de me référer au Centre national d'appareillage orthopédique de Lomé (CNAO). Là-bas, j'ai suivi des séances de rééducation pendant quatre mois, avant qu'on ne me pose des attelles à la jambe gauche. J'utilisais au départ deux béquilles. Puis une seule, au fur et à mesure de mes séances de rééducation. Celles-ci avec un coût que je couvrais avec difficultés.

En 2011 j'ai été sollicité à participer à une formation de techniciens orthopédistes, organisée par le Fonds spécial pour handicapés (FSH) et le CNAO. J'ai participé à deux occasions (2011 et 2012) à ce type de formation; et à l'issue de ces formations, mes attelles ont été renouvelées.

Aujourd'hui, je poursuis les séances de rééducation, car je ressens toujours des douleurs au niveau de ma jambe gauche et de mon genou. Mais ma vie a repris son cours normal : j'ai retrouvé le plaisir de la marche, sans béquille. Je peux même me permettre quelques mouvements de gymnastique, et piloter à nouveau ma moto, même si je ne peux pas encore jouer au football comme par le passé."
 

 

M. Kokou Dougblo, 45 ans, réparateur de téléphones portables

"J'avais environ un an lorsqu'un matin, ma mère a remarqué que je ne pouvais plus me tenir debout. A l'hôpital, on a diagnostiqué une poliomyélite, mais il a fallu attendre mes huit ans pour que ma mère me conduise à l'hôpital de Korlebu, à Accra au Ghana, où m'a été posé ma première orthèse. Par la suite, aux bons soins de ma mère, la prothèse a été changée à plusieurs reprises. Mais il y a 15 ans, ma mère est parti en retraite et n'a pu me soutenir financièrement pour le renouvellement de mon appareil. En 2011, un devis de 181'000 FCFA (environ 280 euros) a été établi pour changer mon appareil qui avait vieilli. Je n'avais cependant pas les moyens de me l'offrir. En octobre 2012, j'ai demandé à un ami de m'aider à trouver un travail stable afin que je puisse prendre personnellement en charge le renouvellement de mon appareil. Cet ami m'a mis en contact avec le FSH qui collabore avec des associations d'aide aux personnes handicapées. Le FSH, sensible à ma situation, m'a associé à une formation de techniciens orthopédistes à l'issue de laquelle un nouvel appareil, fabriqué au cours de la formation, m'a été offert.

Ainsi donc, après avoir passé quinze années à rechercher les moyens pour m'offrir un nouvel appareil, j'en ai trouvé un, plus léger, et qui me permet de marcher avec plus de facilité qu'avant."


Mme Adzo Blifou, 28 ans, mariée, mère de deux enfants, sans emploi.      

" Vers mes 5 ans, atteinte par une poliomyélite, j'ai été appareillée au CNAO. J'ai changé mon appareillage à trois reprises. Par la suite, j'ai dû arrêter de le porter, car ma mère qui était mon seul soutien n'avait plus les moyens de m'en offrir un neuf. Je me déplaçais donc en soutenant d'une main ma jambe invalide. Vers mes 20 ans, ma mère m'avait promis de se battre pour m'offrir un nouvel appareil, et ce, même s'il fallait passer par les Affaires sociales. Malheureusement, elle est morte peu de temps après.

En 2012, à l'occasion d'une consultation gratuite au CNAO, on m'a dit que je pouvais me faire placer un appareil si je pouvais débourser 50'000 FCFA (environ 77 euros). Mais je n'avais pas cette somme, puisque je ne travaillais pas et que mon mari, un artisan menuisier, ne pouvait pas non plus m'aider. Il m'a alors été proposé de rencontrer le FSH que je ne connaissais pas auparavant. Le FSH m'a proposé de prendre part à une formation de techniciens orthopédistes, ce qui pouvait me permettre d'obtenir un nouvel appareil sans frais.

C'est ainsi que je porte aujourd'hui ce joli appareil que vous voyez à ma jambe. Je me déplace plus facilement, parce qu'il est léger et très pratique."
 

 

 

M. André Davi-Kpomassi, 38 ans, ex-comptable, veuf, père de six enfants.

" Je suis diabétique. Un jour, j'ai eu une petite plaie au gros orteil de mon pied droit. Cette plaie s'est infectée, et m'a valu trois mois d'hospitalisation à la suite de laquelle j'ai été amputé, en juin 2009 de la jambe droite. Je travaillais à l'époque dans une société comme comptable-gestionnaire. 

Ma vie s'est écroulée d'un seul coup : j'ai perdu mon travail et je n'avais pas les moyens de m'offrir une prothèse. Toutefois, j'ai pu suivre des séances de rééducation au CNAO. En novembre 2010, mon épouse qui était mon principal soutien est décédée. Mon moral avait pris un coup supplémentaire et je me suis de nouveau replié sur moi-même, délaissant les séances de rééducation. Avec l'aide du Fonds spécial pour les handicapés, j'ai pu me procurer une prothèse au CNAO.

Je me sens renaître avec mon nouvel appareil. Après mon amputation j'ai offert tous mes pantalons à mes frères et à mes amis, car je ne me sentais depuis lors à l'aise que dans des bermudas larges. Aujourd'hui, je peux de nouveau porter des pantalons, je marche presque normalement, et je balaye tout seul ma chambre. Voyez-vous, c'est une nouvelle vie qui s'ouvre à moi."

 

 

 

Photos : © CICR / S. Adem