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Afghanistan : nouvelle crainte d'une escalade de la violence

19-04-2012 Éclairage

Alors que le pays est en proie à des tensions permanentes, il est à craindre que la violence s'intensifie avec la fonte des neiges, qui facilitera l'accès aux régions dans lesquelles il est difficile de se rendre en hiver. Les Afghans, qui ont récemment célébré leur nouvel an, s'apprêtent à vivre une autre année dans un climat d'insécurité.

Le CICR rappelle une fois encore à toutes les parties au conflit, tant les forces armées internationales et afghanes que les groupes d'opposition armés, les milices progouvernementales et d'opposition, et les unités de police nationales et locales, qu'en vertu du droit international humanitaire, elles doivent impérativement protéger les civils pris dans le conflit ou vivant dans des zones touchées par les combats.

« Nous demandons aussi instamment à toutes les parties de faire en sorte que les malades et les blessés aient accès rapidement et en toute sécurité à des soins médicaux, même dans les zones rurales les plus reculées et dangereuses », a déclaré Reto Stocker, chef de la délégation du CICR en Afghanistan.

Les membres du personnel de santé doivent pouvoir accomplir leur travail sans entrave. Les structures médicales, notamment les dispensaires et les postes de santé – ne doivent pas être prises pour cible, ni utilisées à des fins autres que médicales. En outre, les véhicules servant exclusivement à transporter les malades et les blessés vers les structures médicales ne doivent pas être indûment bloqués ou retardés.

L'année 2011 a été marquée par une nette augmentation du nombre de services de santé ruraux n'ayant pas pu fonctionner normalement ou ayant dû fermer leurs portes en raison des combats ou d'actes d'intimidation à l'encontre du personnel de santé. Les communautés qui n'ont que ces services à proximité pour se faire soigner en ont subi les conséquences. « Nous avons constaté une augmentation du nombre d'épidémies de coqueluche et de rougeole, a précisé M. Stocker. Ces maladies très contagieuses peuvent être facilement évitées en menant des programmes de vaccination de routine auprès des enfants. » La situation ne s'est guère améliorée au cours des trois premiers mois de 2012. Les soins de santé sont donc une préoccupation majeure pour le CICR, d'autant que les combats risquent de s'intensifier avec l'arrivée du printemps.

La protection des détenus reste également une priorité pour le CICR. L'institution maintient un dialogue franc et ouvert avec les autorités internationales et afghanes sur les questions de détention et le droit international humanitaire, en mettant tout particulièrement l'accent sur la nécessité d'assurer des conditions de détention et un traitement humains aux personnes privées de liberté, et d'établir des garanties procédurales et judiciaires. « Il est capital de mettre en place des mécanismes solides et reconnus à même d'assurer le respect des droits et de la dignité des détenus. »

Le CICR poursuit son dialogue avec les membres de l'opposition armée afin de leur rappeler qu'en vertu du droit international humanitaire, ils sont eux aussi tenus de traiter les détenus avec humanité.

Visites dans les lieux de détention et rétablissement des liens familiaux

Le CICR s'emploie à évaluer les conditions de détention et le traitement qui est réservé aux détenus dans le monde entier. En Afghanistan, les délégués du CICR visitent régulièrement les prisons administrées par des États membres de la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF), placée sous la direction de l’OTAN, par les forces armées américaines et par les autorités afghanes. L’institution aide aussi les membres de familles séparées par le conflit à rester en contact et s’efforce de retrouver les personnes portées disparues.

De janvier à mars 2012, le personnel du CICR a :

  • effectué 75 visites dans 60 lieux de détention ;
  • suivi individuellement le cas de 1 484 détenus et visité 528 d'entre eux pour la première fois ;
  • pris en charge les frais de transport de 10 anciens détenus pour leur permettre de rentrer dans leur village ;
  • collecté et distribué respectivement 4 823 et 7 710 messages Croix-Rouge, essentiellement entre des détenus et leur famille, avec l'aide du Croissant-Rouge afghan ;
  • facilité 1 517 liaisons par visioconférence entre des familles et leurs proches détenus dans le centre de détention de Parwan géré par les États-Unis sur la base aérienne de Bagram ;
  • facilité 841 visites familiales en mettant à disposition des moyens de transport pour permettre aux familles de personnes détenues dans le centre de Parwan de rendre visite à leurs proches.

Soins de santé

Le CICR fournit des médicaments et un soutien médical à l’hôpital Sheberghan, dans le nord du pays, ainsi qu'à l’hôpital régional Mirwais, dans le sud, qui sont tous deux gérés par le ministère de la Santé publique. Une vingtaine d'expatriés (médecins, personnel infirmier et personnel administratif) apportent leur soutien au personnel de l’hôpital Mirwais. L’institution fournit également une aide technique et financière, et des médicaments à 47 dispensaires du Croissant-Rouge afghan, ainsi qu’aux secouristes volontaires qui travaillent au sein des communautés pour dispenser des soins dans les zones touchées par le conflit.

Au cours du premier trimestre 2012, les hôpitaux Mirwais et Sheberghan ont pris en charge 12 454 patients hospitalisés, assuré 31 445 consultations ambulatoires et pratiqué 3 001 opérations chirurgicales.

En outre, pendant la même période, le CICR a :

  • fourni du matériel médical sur les lignes de front pour soigner les personnes blessées dans les combats ;
  • dispensé une formation aux premiers secours à 566 combattants et policiers ;
  • livré chaque mois des médicaments et d’autres articles à trois postes de santé locaux qu'il gère dans le sud et l’est du pays.

Services d’appareillage orthopédique et de réadaptation physique

Le CICR gère sept centres d’appareillage orthopédique qui offrent des services de réadaptation physique aux amputés et autres personnes handicapées. Ces centres facilitent la réinsertion sociale des handicapés par le biais de projets de formation professionnelle, d’enseignement à domicile et de microcrédits. Ils gèrent aussi un service de soins à domicile qui propose un soutien médical, économique et social aux paraplégiques. Le CICR fournit ces services en Afghanistan depuis plus de 20 ans.

De janvier à mars 2012, les sept centres du CICR ont :

  • enregistré près de 1 670 nouveaux patients, dont 238 amputés ;
  • porté assistance à 18 614 patients ;
  • posé près de 3 220 prothèses et orthèses ;
  • assuré plus de 48 650 séances de physiothérapie ;
  • octroyé des microcrédits à quelque 170 patients pour les aider à créer leur petite entreprise ;
  • dispensé une formation professionnelle à quelque 246 patients, parmi lesquels 58 ont terminé leur formation durant cette période ;
  • effectué 1 635 visites à domicile pour soigner des patients atteints de lésions de la moelle épinière.

Distribution de vivres et autres formes d'aide alimentaire

L'aide alimentaire reste l'un des principaux domaines d’activité du CICR en Afghanistan. Elle comprend notamment des distributions de secours alimentaires d'urgence, ainsi que des projets « travail contre nourriture » et des programmes de soutien à l’agriculture et à l’élevage. Le CICR fournit cette assistance aux communautés déplacées en raison du conflit ou des catastrophes naturelles, en étroite coopération avec le Croissant-Rouge afghan.

De janvier à mars 2012, le CICR et le Croissant-Rouge afghan ont :

  • distribué 166 tonnes de blé, 11 tonnes de riz et 83 tonnes de haricots à 1 417 personnes associées à des projets « travail contre nourriture » ;
  • distribué des rations alimentaires pour un mois et des articles ménagers à 20 248 familles déplacées en raison du conflit ou des catastrophes naturelles ;
  • fourni des pressoirs à huile et octroyé des microcrédits dans le cadre de projets générateurs de revenus à 1 060 familles, et distribué des semences, outils et engrais à des petits paysans pour les aider à augmenter leur production d’amandes et de pistaches.

Amélioration des services d’approvisionnement en eau et d’assainissement

Les ingénieurs hydrauliciens du CICR travaillent à des projets urbains et ruraux, en étroite collaboration avec les services des eaux locaux. L’institution mène également des activités de promotion de l’hygiène dans les écoles religieuses (madrasas) et les centres de détention, ainsi que dans les foyers.

Pendant la période considérée, le CICR a :

  • installé des conduites et foré des puits en vue de permettre à plus de 84 300 habitants de zones urbaines dans les provinces de Herat, Nangarhar et Kunduz de s’approvisionner en eau potable
  • installé des pompes manuelles et formé des personnes chargées de les entretenir, et réhabilité des systèmes de captage d’eau de source, approvisionnant ainsi en eau potable plus de 37 230 personnes dans des zones rurales des provinces de Farah, Nangarhar, Balkh et Kunduz ;
  • conduit des séances de promotion de l’hygiène à l'intention de quelque 10 450 personnes vivant dans les provinces de Kaboul, Herat, Farah, Laghman, Kunduz, ainsi que dans les villes de Jalalabad (Nangarhar) de Mazar-i-Sharif (Balkh) ;
  • continué d’améliorer les systèmes d’approvisionnement en eau et les installations sanitaires dans trois prisons provinciales abritant au total 1 619 détenus ;
  • poursuivi ses travaux de rénovation à l’hôpital Mirwais à Kandahar.

Promotion du respect du droit international humanitaire

Rappeler aux parties à un conflit armé leur obligation de protéger les civils est un aspect fondamental de l'action menée par le CICR pour promouvoir le respect du droit international humanitaire dans le monde. L’institution s’emploie en outre à faire connaître cette branche du droit au sein de la société civile, des organismes gouvernementaux et des milieux universitaires.

De janvier à mars 2012, le CICR a :

  • présenté des exposés sur le droit international humanitaire devant plus de 770 membres de l’armée nationale afghane, d'unités de police nationales et locales, de groupes d'opposition armés et de la Direction nationale de la sécurité ;
  • organisé des séances d’information sur le mandat et l'action du CICR à l'intention de près de 800 personnes, notamment des anciens des communautés, des membres des cercles religieux et de conseils provinciaux, des représentants des autorités politiques et d'organisations non gouvernementales, et des bénéficiaires des programmes d'assistance du CICR.

Partenariat avec le Croissant-Rouge afghan

Le CICR apporte un appui technique et financier au Croissant-Rouge afghan pour l’aider à fournir des services aux communautés et à mettre en œuvre divers programmes.

De janvier à mars 2012 :

  • le Croissant-Rouge afghan a distribué des vivres et des articles ménagers, ainsi que des semences, des engrais et des outils à des miliers de familles touchées par le conflit et les catastrophes naturelles, avec le soutien du CICR.

L’Afghanistan est l’opération à laquelle le CICR consacre le plus de ressources. L’institution compte actuellement plus de 1 600 collaborateurs locaux et 146 expatriés répartis entre sa délégation principale à Kaboul, cinq sous-délégations et 11 bureaux installés dans différentes régions du pays. Elle gère en outre sept centres de réadaptation physique.

 

Informations complémentaires :
Jessica Barry, CICR Kaboul, tél. : +93 700 282 719
Abdul Hassib Rahimi (dari et pachtou), CICR Kaboul, tél. : +93 700 276 465
Christian Cardon, CICR Genève, tél. : +41 22 730 36 26 ou +41 79 251 93 02


Photos

Afghanistan. La literie et les vêtements des détenus sont emballés dans de grands sacs et entreposés dans la cour de la prison avant de nettoyer les cellules pour éliminer les acariens responsables de la gale.  

Afghanistan. La literie et les vêtements des détenus sont emballés dans de grands sacs et entreposés dans la cour de la prison avant de nettoyer les cellules pour éliminer les acariens responsables de la gale. Les livres et effets personnels sont empaquetés séparément et conservés en lieu sûr.
© CICR / J. Barry

Afghanistan. Carole Dromer, médecin de l’équipe du CICR, parle de la désinfection des cellules avec Rashid, responsable de la promotion de l’hygiène, dans le cadre de l’opération d’éradication de la gale.  

Afghanistan. Carole Dromer, médecin de l’équipe du CICR, parle de la désinfection des cellules avec Rashid, responsable de la promotion de l’hygiène, dans le cadre de l’opération d’éradication de la gale. Pendant ce temps, les détenus vont se doucher, après quoi ils seront soumis à un traitement à base de benzoate de benzyle.
© CICR / J. Barry

Afghanistan. De la perméthrine en poudre est déversée dans les sacs de vêtements et de literie pour venir à bout des acariens.  

Afghanistan. De la perméthrine en poudre est déversée dans les sacs de vêtements et de literie pour venir à bout des acariens. Les sacs sont ensuite fermés hermétiquement et entreposés au soleil. Vingt-quatre heures plus tard, les détenus viennent récupérer leurs affaires, les secouent pour les débarrasser de la poudre et ramènent le tout dans leur cellule.
© CICR / J. Barry

Afghanistan. Carole Dromer, médecin responsable de l’équipe du CICR, donne des consignes à Rashid, chargé de la promotion de l’hygiène.  

Afghanistan. Carole Dromer, médecin responsable de l’équipe du CICR, donne des consignes à Rashid, chargé de la promotion de l’hygiène. Celui-ci se rendra ensuite de cellule en cellule pour donner des conseils aux détenus concernant leur hygiène personnelle, dans le cadre de la campagne d’éradication de la gale. Assis sur leurs lits, les détenus tendront l’oreille pour ne pas perdre une miette des paroles de Rashid, comme s’ils écoutaient un conteur.
© CICR / J. Barry