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Azerbaïdjan : l’histoire d’une femme restée seule

16-07-2012 Éclairage

La disparition de personnes est l’une des dures réalités de la guerre. Dans presque tous les conflits armés, les personnes disparues sont en grande majorité des hommes, et c’est aux femmes restées seules (mères, épouses et sœurs) que revient la lourde tâche de déterminer ce qui leur est arrivé. Vesme est l’une d’elles. Elle attend depuis plus de 20 années douloureuses et épuisantes des nouvelles de son mari porté disparu.

Vesme avait 25 ans quand son époux a disparu, par une froide journée de février 1992. Leur petite fille avait 18 mois et Vesme était enceinte de leur fils né un mois plus tard. Parallèlement, elle étudiait à l’université pédagogique d’Azerbaïdjan pour devenir institutrice d’école maternelle.

Lorsque son mari a disparu, Vesme a fait une dépression. Pendant six mois, elle a refusé de donner un nom à son bébé, attendant que son mari le fasse quand il reviendrait. Un jour, elle a décidé de prendre son courage à deux mains, de faire face aux épreuves imposées par la guerre et d'élever ses enfants. « J’ai beaucoup pleuré. Puis, j’ai compris que les larmes n’allaient pas résoudre mes problèmes. Je devais élever mes enfants toute seule ; mes proches souffraient déjà des effets de la guerre et avaient assez de problèmes à gérer. J’ai décidé de donner un nom à mon fils et je l’ai appelé Taleh », raconte-t-elle. Ce nom signifie « destin » en azéri. Vesme sourit en parlant de son fils.

Vesme a dû quitter sa ville natale de Fizouli, dans le Haut-Karabakh, pendant la guerre. Durant de nombreuses années, elle a connu les conditions éprouvantes des personnes déplacées et s'est retrouvée finalement à Bakou, la capitale du pays, avec ses deux enfants.

Plus de 20 ans se sont écoulés depuis la disparition du mari de Vesme et elle espère toujours qu’il est en vie. Mais elle aimerait au moins savoir ce qui lui est arrivé. Comme beaucoup d’autres proches de personnes disparues, Vesme considère qu'il est difficile de survivre à la perte d’un être aimé, mais encore plus terrible de ne pas pouvoir faire son deuil ni amener les enfants sur sa tombe. Un jour, elle a même essayé d’enterrer les vêtements de son mari à côté de la tombe de son père, mais elle n’a pas pu s’y résoudre. Elle garde encore ses vêtements et son instrument de musique.

Quand Vesme a entendu parler du programme psychosocial du CICR, elle s’est inscrite sans hésiter. Elle dit que le fait de participer à des séances de groupe pour les familles l’aide à échapper à la tristesse. « C’est bon de savoir que quelqu’un s’intéresse à vous et essaie de soulager votre peine. Et je vois que je ne suis pas seule – beaucoup de familles vivent la même chose. »

Vesme dit qu’elle ressent une ambiance positive quand elle va au CICR. En gardant le contact avec le CICR au sujet de son mari, elle a aussi l’impression qu’elle n’a pas renoncé à le retrouver. « Nous sommes dans la même situation qu’une famille dont un membre est gravement malade et a peu de chances de s’en sortir. Quelle que soit l’issue, la famille peut se consoler en sachant qu’elle a fait tout ce qu’elle a pu pour le sauver. »


Photos

Délégation du CICR, Bakou, Azerbaïdjan. Le mari de Vesme est porté disparu depuis 1992. Le CICR l’a invitée à se rendre à la délégation ; elle y a reçu un exemplaire d’un bulletin d’information du CICR qui raconte son histoire, lui rappelant de vieux souvenirs. 

Délégation du CICR, Bakou, Azerbaïdjan. Le mari de Vesme est porté disparu depuis 1992. Le CICR l’a invitée à se rendre à la délégation ; elle y a reçu un exemplaire d’un bulletin d’information du CICR qui raconte son histoire, lui rappelant de vieux souvenirs.
© CICR / S. Gahramanova

Bakou, Azerbaïdjan. Journée des disparus. Une fille lit la lettre qu’elle a écrite à son père porté disparu. 

Bakou, Azerbaïdjan. Journée des disparus. Une fille lit la lettre qu’elle a écrite à son père porté disparu.
© CICR

Délégation du CICR, Bakou, Azerbaïdjan. Des familles de personnes disparues se réunissent pour parler de leurs expériences communes et se soutenir mutuellement. 

Délégation du CICR, Bakou, Azerbaïdjan. Des familles de personnes disparues se réunissent pour parler de leurs expériences communes et se soutenir mutuellement.
© CICR / E. Namazov

Délégation du CICR, Bakou, Azerbaïdjan. Des psychologues s'entretiennent avec les familles de personnes disparues pour comprendre leurs problèmes. 

Délégation du CICR, Bakou, Azerbaïdjan. Des psychologues s'entretiennent avec les familles de personnes disparues pour comprendre leurs problèmes.
© CICR / S. Gahramanova