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Bangladesh : l’héritage de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, depuis 40 ans

17-05-2012 Éclairage

Après la Journée mondiale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, le 8 mai, deux collaborateurs du Mouvement et un ancien bénéficiaire parlent de leur rôle au sein de la grande famille humanitaire.

Une vie passée à rechercher des personnes portées disparues

« C’était à la fois difficile et enthousiasmant », dit Monwara Sarkar, qui dirige le département de recherche de personnes portées disparues, au Croissant-Rouge du Bangladesh. Elle revient sur son engagement auprès du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge depuis 1971.

Cette année-là, la guerre civile a éclaté dans ce qui était à l’époque le Pakistan oriental (aujourd’hui devenu le Bangladesh). À tout juste 17 ans, Monwara a été recrutée pour rechercher des personnes déplacées durant les combats. Or, il arrivait souvent que les femmes se fassent attaquer. Cette période a été dangereuse pour la jeune femme, qui travaillait à l’extérieur, loin de la sécurité d’un bureau.

« Quand les attaques aériennes ont commencé, la première semaine de décembre 1971, ma famille a décidé de quitter Dhaka. Pour ma sécurité, les délégués du CICR m’ont trouvé un hébergement dans ce qui était à l’époque l’Hôtel Intercontinental. C’était une zone neutre, acceptée aussi bien par l’armée pakistanaise que par les Mukti Bahini (combattants pour la libération du Bangladesh). »

En 1975, après que le Bangladesh et le Pakistan ont eu noué des relations diplomatiques, le CICR a mis fin à son opération au Bangladesh. Les demandes de recherches provenant du Bangladesh et restées en suspens ont été transmises à la Société nationale, et Monwara a été chargée de trouver une personne apte à reprendre le poste. Mais c’est elle-même qui a assumé cette fonction auprès du Mouvement pendant les 30 années qui ont suivi.

« Pendant la guerre, j’ai vu comment le Mouvement s'employait à mettre les gens à l’abri du danger, alors j’ai continué d’aider les victimes des catastrophes naturelles ou provoquées par l’homme. »

Souvenirs d’un emblème rassurant

Le Mouvement est devenu populaire sur le sous-continent dans les années 1970, quand il a lancé un vaste programme visant à rapatrier les personnes restées bloquées au Pakistan, en Inde ou au Bangladesh à la fin de la guerre.

Le colonel d’aviation Mahbubul Huq, qui était en garnison sur la base des Forces aériennes pakistanaises à Karachi quand la guerre a éclaté, était un des bénéficiaires de ce programme. À la fin de la guerre, tous les militaires bangladais qui, à l’instar de Huq, avaient déclaré leur allégeance au Bangladesh, ont été emmenés dans des camps de rapatriés. Huq a été interné au Fort de Shagai, dans le nord-ouest du Pakistan.

« Nous ne savions pas vraiment si le monde était au courant que nous étions internés dans ces camps, jusqu’à ce que le CICR vienne nous visiter, a expliqué Huq. Vu que le Pakistan et le Bangladesh n’entretenaient pas de relations diplomatiques, il n’y avait pas de service postal. À partir du moment où le CICR nous a visités, nous avons pu commencer à communiquer avec nos familles au moyen des messages Croix-Rouge. »

Pour Huq et d’autres comme lui, la Croix-Rouge a apporté une présence rassurante dans les camps. « Dès que nous avons vu l’emblème de la croix rouge dans le camp, nous avons su que le monde ne nous avait pas oubliés, que le CICR veillerait à ce que nous soyons mieux traités et qu’au final nous serions rapatriés. »

Huq est rentré chez lui vers la fin de l’année 1973. Il garde parmi ses trésors les plus chers un message Croix-Rouge qu’il a reçu de ses grands-parents.

Engagé depuis le début

Khondoker Jakaria Khaled, secrétraire général adjoint du Croissant-Rouge du Bangladesh, se rappelle les premiers jours du Mouvement au Bangladesh. « J’ai vu le premier avion arriver à l’aéroport de Dhaka ; il transportait du matériel de secours et des médicaments. L’aéroport avait été détruit pendand la guerre, et le travail d’enlèvement des mines n’était pas encore terminé. En dépit du danger, l’avion-cargo du CICR est descendu sur l’aéroport. C’était incroyable de le voir atterrir. »

Khaled a travaillé comme volontaire auprès du CICR en 1972 et 1973 ; il aidait à distribuer les secours dans le district de Gopalganj. En 1976, il finissait tout juste sa licence universitaire quand la Société nationale lui a demandé de venir travailler dans son bureau à Jessore. Le jeune homme était ravi de faire de nouveau partie du Mouvement.

En 1978, quand des milliers de réfugiés burmans sont arrivés au Bangladesh, Khaled a été chargé de la gestion d’un camp appelé Dechuapalang 1, dans le sud-est du pays. « Il y avait 25 000 réfugiés dans mon camp, et nous devions leur donner à manger deux fois par jour. Je m’étais construit une cabane en paille à côté du camp, où je passais les nuits. C’était un sacré défi pour un jeune employé de faire en sorte que tout le monde ait un repas chaud à 6 heures du soir. »

Mais Khaled s'est plu dans ses nouvelles fonctions. Il aimait en particulier veiller sur les bébés nés dans le centre de santé du camp, où une équipe d’étudiants en cinquième année de médecine prodiguait des soins médicaux.

Au cours des 30 dernières années, Khaled a travaillé sur des projets allant de la santé à la gestion des catastrophes, en passant par les opérations de rapatriement, la distribution de secours, la formation et le programme de don de sang, le plus connu. L’ancien travailleur humanitaire est optimiste quant à l’avenir du Mouvement au Bangladesh.

« Nous renforçons nos capacités et pensons à la mise en œuvre de nos programmes à long terme. Les gens qui travaillent ici ont de l’expérience, ils sont motivés et engagés. Tout ce dont nous avons besoin, c’est d’une bonne gestion dans l'utilisation de ces ressources. »

Et aujourd’hui ?

Pour Monwara, la principale difficulté en matière de recherche de personnes portées disparues a été de se rendre dans des régions reculées et de devoir marcher des kilomètres pour retrouver une personne ou une famille. Parfois, la famille d’un détenu nie connaître cette personne parce qu’elle se sent gênée ou qu'elle craint pour sa sécurité. Mais la plupart du temps, les gens sont ravis d’avoir des nouvelles d’un proche.

Quand Monwara se met à parler des derniers résultats obtenus par son département, son visage s’illumine. Depuis que le conflit armé a éclaté en Libye, en 2011, le CICR et le Croissant-Rouge du Bangladesh ont fourni des soins médicaux et des services de téléphonie à une grande partie des milliers de Bangladais qui travaillaient en Libye et qui sont maintenant rentrés chez eux. Cette année, 55 Bangladais sont rentrés des îles d’Andaman, dans le golfe de Bengale, et 33 autres du Jammu-et-Cachemire, en Inde. Dans les deux cas, le Mouvement a fait office de médiateur entre les autorités et les familles de ces personnes.

À plusieurs occasions, Mahbubul Huq a présidé le concours de plaidoirie en droit international humanitaire que la délégation du CICR à Dhaka organise à l’intention des étudiants en droit. « J'ai ressenti de la nostalgie quand j’ai participé en tant que juge au concours de plaidoirie, parce que j’avais été victime d’un conflit armé, que j’avais été réfugié, déplacé, et je peux dire que j’ai été sauvé par le CICR. »


Photos

Dhaka, Bangladesh. Monwara Sarkar avec ses collègues du Mouvement en 1971. À l’âge de 17 ans, elle s’est employée à rechercher des personnes portées disparues en pleine guerre du Bangladesh pour l'indépendance. 

Dhaka, Bangladesh. Monwara Sarkar avec ses collègues du Mouvement en 1971. À l’âge de 17 ans, elle s’est employée à rechercher des personnes portées disparues en pleine guerre du Bangladesh pour l'indépendance.

Dhaka, Bangladesh. Monwara Sarkar aujourd’hui.  

Dhaka, Bangladesh. Monwara Sarkar aujourd’hui. Trente ans après son baptême du feu, qui a consisté à rechercher des personnes portées disparues pendant la guerre, pour le compte du CICR, Monwara réunit toujours des familles dispersées ; mais aujourd’hui elle travaille au Croissant-Rouge du Bangladesh.

Japon. Jakaria Khaled visite la Société de la Croix-Rouge du Japon en 1981. 

Japon. Jakaria Khaled visite la Société de la Croix-Rouge du Japon en 1981.

Khondoker Jakaria Khaled, secrétraire général adjoint du Croissant-Rouge du Bangladesh. 

Khondoker Jakaria Khaled, secrétraire général adjoint du Croissant-Rouge du Bangladesh.

L’officier Mahbubul Haq, ancien prisonnier de guerre au Pakistan, montre un message Croix-Rouge qu’il a reçu de ses grands-parents.  

L’officier Mahbubul Haq, ancien prisonnier de guerre au Pakistan, montre un message Croix-Rouge qu’il a reçu de ses grands-parents.
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