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Colombie: personnes privées de liberté dans les centres de détention de l'État

18-04-2012 Éclairage

Le CICR visite plus de 70 centres pénitentiaires du pays pour s'assurer que les conditions de détention sont conformes aux règles du DIH et aux autres normes minimales en vigueur. Il fait part de ses observations aux autorités concernées en toute confidentialité, en vue d'améliorer la situation des détenus. Extrait du rapport des activités du CICR en Colombie en 2011.

 

© CICR / C. von Toggenburg

Conformément à son mandat, le CICR visite régulièrement les centres de détention de l'État colombien. Dans le cadre des 137 visites qu'il a effectuées dans 71 centres pénitentiaires en 2011, le CICR a pu recueillir, de manière confidentielle, des informations sur les conditions de vie à l'intérieur des prisons et sur les problèmes auxquels sont confrontées les personnes détenues en raison du conflit et, plus généralement, toute la population carcérale du pays.  

Le but des visites du CICR est d'avoir une vue d'ensemble de la situation carcérale, de contribuer à améliorer les conditions de détention et de permettre aux détenus de maintenir le contact avec leur famille, tout en s'assurant que leur traitement et les garanties judiciaires dont ils bénéficient sont conformes aux règles du DIH et aux autres normes minimales reconnues aux niveaux national et international.

Le CICR souligne la volonté du gouvernement colombien de changer radicalement la situation actuelle dans les prisons par le biais d'une réforme en profondeur du système pénitentiaire. Si cette réforme est bien conçue et rigoureusement mise en œuvre, en tenant compte des recommandations des différents secteurs de la société civile concernés, elle peut offrir une excellente occasion de définir une politique pénitentiaire globale permettant d'améliorer concrètement les conditions de vie au sein des prisons et le respect des droits des détenus.

Il est de notoriété publique que les détenus vivent aujourd'hui encore dans des conditions difficiles en raison de la promiscuité qui prévaut dans les prisons. L'augmentation de la population carcérale en 2011 n'a fait qu'aggraver la situation, avec des conséquences directes sur leur bien-être et leurs conditions de détention.

La surpopulation carcérale prive les détenus de l'espace vital minimum auquel ils ont droit en vertu de normes internationales, et a une incidence sur les conditions d'hygiène et l'accès à la santé et à l'eau. En outre, elle limite les possibilités de formation et de travail, compromettant ainsi les perspectives de réinsertion des détenus, et génère beaucoup de tensions et de violence dans les prisons.  

Dans de nombreux cas, le fait que les personnes privées de liberté soient séparées de leurs familles a des répercussions sur leur état psychologique. Lorsqu'elles sont transférées dans des prisons éloignées de leur région d'origine, elles ont des difficultés à rester en contact avec leurs proches. Cette perte de contact compromet également leur réinsertion sociale après leur libération.

Les détenus peinent encore à avoir accès rapidement à des soins spécialisés efficaces et à des médicaments, ce qui peut avoir de graves conséquences pour les personnes les plus vulnérables, comme les malades chroniques et les femmes enceintes.

 

Il y a beaucoup de rancœur et d'amertume dans les prisons

« La vie est très dure en prison, parce que les conditions difficiles dans lesquelles nous vivons génèrent beaucoup de rancœur et d'amertume. J'ai vécu des moments très pénibles, d'autant plus que j'avais des problèmes de drogue. Mais j'ai eu la chance d'être associé à un groupe de thérapie qui m'a redonné le goût de vivre. »

Carlos Andrés, détenu dans la prison de Bellavista, à Medellin.

Réponse humanitaire du CICR

Dans le cadre des visites qu’ils effectuent dans les lieux de détention, les délégués du CICR s’entretiennent en privé avec les détenus sur leurs conditions de vie et le traitement qui leur est réservé. Ils dialoguent également avec les autorités et le personnel des établissements pénitentiaires, afin de mieux comprendre les problèmes que ceux-ci rencontrent dans l’exercice de leurs fonctions, et évaluent par eux-mêmes la situation qui prévaut dans les prisons.

Le CICR consigne les problèmes recensés et soumet, de manière confidentielle, des recommandations orales et écrites aux autorités compétentes afin de trouver, dans le cadre d’un dialogue constructif, des solutions pratiques et efficaces aux problèmes identifiés. En 2011, le CICR a visité régulièrement plus de 4 700 personnes détenues pour des raisons liées au conflit et à la violence armée dans 71 prisons de Colombie. Au total, 2 700 d’entre elles ont fait l’objet d’un suivi individuel.

En 2011, le CICR a transmis une vingtaine de rapports sur des questions spécifiques aux autorités responsables de lieux de détention pour leur faire part des observations faites lors de ses visites et leur soumettre ses recommandations. Ces interventions ont eu un impact positif pour tous les détenus des prisons visitées. Par ailleurs, le CICR a suivi individuellement la situation de nombreuses personnes confrontées à des problèmes de santé ou de sécurité et entrepris, à cet effet, des démarches orales et écrites.

Le CICR a également adressé aux autorités des recommandations ponctuelles sur la réforme du Code pénitentiaire, organisant en outre une table ronde au cours de laquelle des organisations de la société civile expertes en la matière ont fait part de leurs suggestions.

Dans le but de susciter des propositions en ce qui concerne les infrastructures, l’eau et l’assainissement, le CICR a organisé une réunion d’experts sous les auspices du ministère de la Justice et de l’Institut national pénitentiaire (INPEC). Il y a été question des normes régissant la construction de nouveaux centres pénitentiaires, des projets de construction et de l’entretien des infrastructures carcérales.

Le CICR a en outre réalisé une évaluation du système de santé en milieu carcéral à l’échelon national et, plus particulièrement, celui de deux centres de détention. Au terme de cet exercice, il a transmis une série de recommandations aux autorités nationales et régionales. Il a également collaboré avec des organisations nationales et internationales sur des questions de santé essentielles telles que la prévention et le traitement de la tuberculose et les soins aux détenus souffrant de troubles mentaux. Enfin, il a offert une formation en santé et hygiène à 18 membres de l’INPEC employés dans 13 établissements pénitentiaires du pays, afin qu'ils transmettent à leur tour les connaissances qu'ils ont acquises à des détenus actifs dans le domaine de la promotion de la santé. En 2011, 258 personnes privées de liberté ont été formées de la sorte.

Rétablissement des liens familiaux

Afin que les personnes privées de liberté ne perdent pas tout contact avec leurs proches, le CICR a transmis des messages Croix-Rouge à 32 détenus, qui ont ainsi pu recevoir des nouvelles de leurs êtres chers. Plus 1 740 détenus ont également reçu des visites de membres de leur famille grâce à l'aide financière du CICR et au soutien de la Croix-Rouge colombienne.

- Rapport Colombie 2011