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Philippines : au pays des inondations et des cocotiers couchés…

22-02-2013 Éclairage

Marie-Claire Feghali, déléguée chargée de la communication en poste dans l'est de Mindanao, la partie du pays la plus dévastée par le typhon Bopha (que l'on appelle localement Pablo), nous livre ses dernières impressions du terrain.

La pluie n'a pas cessé depuis la nuit de dimanche. Comme on avait annoncé que Crising, la dernière tempête tropicale, atteindrait son intensité maximale dans l'après-midi, les habitants se sont précipités à la boutique d'alimentation : on leur a dit que le marché serait fermé car les commerçants ont peur de laisser leur famille seule à la maison. Au bureau du CICR, nos collègues craignent le pire pour les familles qui ne se sont pas encore remises de la destruction de leurs villages par le typhon Bopha, en décembre dernier.

Au premier signe de mauvais temps, le CICR et son partenaire local, la Croix-Rouge philippine, envoient immédiatement 600 bâches supplémentaires, 1 200 moustiquaires et 1 200 nattes en plastique destinées aux personnes vivant dans les zones les plus vulnérables des municipalités de Cateel et Baganga. Plus tôt dans l’année, de la nourriture et des articles ménagers de première nécessité ont déjà été distribués aux habitants de ces zones après le passage du typhon Bopha. Cette assistance se poursuit et devrait permettre de soutenir quelque 300 000 personnes sur cinq mois.

Baganga, mardi 19 février

Non loin de notre bureau de Baganga, Clarissa, les larmes aux yeux, regarde son mari qui dort sur un lit de fortune, entouré de ses trois enfants. La nuit dernière a été la plus angoissante depuis que le typhon a emporté le toit et une grande partie de la maison l'an dernier.

« Lorsque l'eau a commencé à monter dans la maison, mes trois enfants de 6 ans, 11 ans et 13 ans se sont sauvés dans la rue. Quelques minutes plus tard, le niveau de la rivière Dawis, qui coule près d'ici, nous arrivait à l'épaule. Nous avons compris que nous ne pouvions pas rester ici plus longtemps. »

« Maintenant, je suis inquiète dès qu'il se met à pleuvoir. Mes enfants sont traumatisés. Ils ont peur d'être pris au piège dans la maison si un autre typhon survient. La nuit dernière, nous n'avons pas fermé l'œil. Nous avons passé la nuit dehors, dans la rue, avec les voisins, à attendre la fin de l'inondation. »

Rody Silat vit non loin de là avec les onze membres de sa famille. Son fils aîné est venu s'installer chez lui avec ses deux jeunes enfants après que le typhon a détruit sa maison. Ils partagent une minuscule pièce aux murs de bois qui n’a plus de fenêtres. « Pablo a tout emporté », dit-il.

Rody se souvient de la nuit de dimanche, lorsque les eaux de la rivière Dawis ont envahi leur minuscule espace à travers une brèche dans le mur et qu’une coulée de boue est descendue de la falaise pour s'engouffrer par la porte. « Nous nous sommes sentis pris en étau. J'ai alors attrapé les enfants et je suis parti en courant. »

 Rody ne veut pas quitter sa région pour se rendre dans une zone plus sûre car, dit-il, « c'est ici le seul endroit où nous nous sentons chez nous ». Cette nuit, alors que l'on annonce encore de fortes pluies, ils seront tous chez eux, à la maison. « On ne dormira pas, explique-t-il, il y aura toujours au moins une personne qui veillera pour surveiller le niveau des eaux et relever au besoin le hamac du bébé. »

Cateel, mercredi 20 février

Malgré son nom joyeux, Alegria ne ressemble plus au coin de paradis qu'il était… Sur la route qui mène à ce village de la municipalité de Cateel, des volontaires de la Croix-Rouge philippine distribuent du riz à quelque 90 familles qui passent leurs nuits dehors depuis que la dépression tropicale Crising a endommagé leurs maisons. Elles venaient tout juste d’être réparées avec des matériaux provisoires après le passage dévastateur du typhon Bopha.

En attendant de recevoir ses cinq kilos de riz, Luz Pagoyan, responsable municipale de la région de Liwan, explique que les familles sont allées s'installer au bord de la route lorsque l'eau a commencé à monter. « Nous n'avons pas hésité un instant, dit-elle. Nous avons pris les bâches que vous nous aviez données et avons couru jusqu'à la route avec nos enfants et nos vieillards pour monter nos tentes. »

Pour la première fois après trois jours de pluies diluviennes, le niveau des eaux est suffisamment descendu pour que les villageois puissent aller inspecter leurs maisons. Ceux qui ne voulaient pas dormir au bord de la route ont décidé de retourner chez eux malgré la boue et l'eau. D'ailleurs, le centre d'évacuation d'Alegria était complet et ne pouvait plus accueillir personne…

« Je les vois traverser les rizières inondées, qui ont été irrémédiablement ravagées pour la troisième fois en deux mois. Tous ces champs appartiennent aux familles qui vivent ici, à Liwan. Nous avons de nouveau tout perdu », se lamente Luz.

Plus loin, à Purok San Vicente, Alicia Castillones retrouve ses élèves sous une tente qui tient lieu d'école. « Puisqu'il y a des enfants qui dorment ici, nous nous sommes dit que nous pourrions aussi bien continuer à faire la classe. » Aujourd'hui quelque 120 enfants sont venus à l'école, qui était restée fermée ces deux derniers jours. « La situation est parfois difficile », ajoute Alicia avec un sourire, « mais nous devons nous y faire. » 

Crédit photos : M. Feghali/CICR