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Irak : former des techniciens pour assurer l’approvisionnement en eau des zones rurales

17-04-2013

L’eau potable est une denrée rare dans la campagne irakienne. La sécheresse, la baisse du niveau des eaux du Tigre et de l’Euphrate, l’épuisement des nappes phréatiques, la surexploitation des ressources hydriques et le manque d’entretien des systèmes d’approvisionnement sont autant de facteurs qui contribuent à la pénurie d’eau. De surcroît, les hydrotechniciens ne possèdent souvent pas les compétences nécessaires pour effectuer des réparations, ce qui entraîne des coupures d’eau. Pour y remédier, le CICR a formé 285 hydrotechniciens dans le sud de l’Irak depuis 2011.

Abu Aissa est un petit village situé au bord de l’Euphrate, à 15 kilomètres de Najaf, dans le sud de l’Irak. Ses 2 000 habitants cultivent des vignes et des vergers, mais ils sont de plus en plus nombreux à délaisser l’agriculture.

Par le passé, les coupures d’eau étaient fréquentes à Abu Aissa, surtout en été. Mohammed Muhssen Jabr est un homme d’âge mûr natif du village. Jusqu’à récemment, il était obligé d’aller chercher de l’eau au fleuve trois ou quatre fois par jour. « Toutes les activités quotidiennes étaient compliquées : prendre une douche, laver le linge, faire le ménage, tout ! »

Hussein, un adolescent, se souvient lui aussi d’avoir dû ramener de l’eau du fleuve. « Nous utilisions cette eau uniquement pour la vaisselle et la lessive. Jamais pour notre consommation personnelle ou pour la cuisine », explique-t-il. Les habitants d’Abu Aissa ne se risquent pas à boire l’eau du robinet. Ils préfèrent acheter dans le commerce de l’eau filtrée, qui leur coûte 500 dinars (50 cents US) les 20 litres.

Abu Aissa puise son eau dans l’Euphrate, et les dysfonctionnements du système d’approvisionnement entraînaient de fréquentes coupures d’eau. Hassen Abdel-Amir gère l’unité de traitement des eaux d’Abu Aissa, qui pompe et traite l’eau du fleuve avant qu’elle soit distribuée via le réseau du village. « Parfois, il fallait plusieurs jours pour procéder à une réparation et rétablir l’approvisionnement en eau, explique-t-il. Chaque fois qu’une pièce se cassait, on devait appeler l’équipe chargée de l’entretien, qui la faisait réparer à Najaf. »

Le manque de techniciens qualifiés a des conséquences directes sur le fonctionnement des systèmes d’approvisionnement en eau du pays. Le problème est apparu au début des années 1980, durant la guerre avec l’Iran, lorsque la majorité du personnel qualifié travaillant pour les services des eaux locaux avait dû rejoindre les forces armées. Certains sont restés dans l’armée pendant près de 10 ans, bon nombre ont été tués et d’autres sont partis à la retraite à la fin de la guerre.

Après 2003, les autorités ont commencé à construire de nouvelles installations d’approvisionnement en eau pour satisfaire la demande : entre 2003 et 2011, 400 nouvelles installations ont ainsi vu le jour dans le sud de l’Irak. Mais il n’y avait pas assez de personnel qualifié pour en assurer le bon fonctionnement.

Depuis 2009, le CICR a construit ou remis en état 30 unités de traitement des eaux dans le sud du pays. Mais là encore, il est vite apparu que le manque de formation des opérateurs engendrait, dans certains endroits, des problèmes techniques et de maintenance.

« Les opérateurs doivent posséder certaines compétences de base pour faire fonctionner correctement les installations, maintenir la qualité de l’eau et éviter les ruptures d’approvisionnement, explique Imad Chiri, ingénieur du CICR chargé des projets liés à l’eau dans le sud de l’Irak. Ils doivent maîtriser le système de dosage mécanique qui permet l’adjonction de sulfate d’aluminium et de chlore pour purifier l’eau pompée, et ils doivent aussi être en mesure de régler les problèmes mécaniques et électriques les plus courants sans l’aide d’un ingénieur. » Or les opérateurs des zones rurales du sud ne possédaient pas ce savoir-faire, et ignoraient notamment comment gérer le système de dosage et les pannes d’électricité. Il leur manquait aussi des connaissances de base en matière d’entretien et de sécurité.

Depuis 2011, le CICR organise, en collaboration avec les services des eaux du sud de l’Irak, des programmes de formation pour les techniciens à Najaf, Babel, Kerbala, Basra, Muthanna, Dhi Qar et Missan. Les formations ont été dispensées par l’École technique supérieure de Basra, l’Institut technique de Najaf, l’Université de Kerbala et celle de Babylone ; 285 opérateurs travaillant dans des unités de traitement des eaux de régions rurales et reculées du pays ont ainsi pu développer leurs compétences dans les domaines du soudage, de l’entretien et de l’électricité.

Abdul-Kadhim al-Yasiri est le doyen de l’Institut technique de Najaf. À l’issue de la formation de 10 jours organisée à Najaf en septembre 2012, il a déclaré : « L’aide du CICR a été déterminante, car désormais nos techniciens peuvent réparer une pompe à eau ou un système de dosage du chlore sans devoir attendre l’aide d’un ingénieur. »

Au cours de cette formation, 15 techniciens ont appris à réparer une pompe, à effectuer des réparations électriques et à assurer le bon dosage des substances chimiques. Ils ont également reçu une formation sur la santé et la sécurité. Selon Ali Hussein Darweesh, un ingénieur chargé de superviser les projets liés à l’eau dans la région d’Abbasiyah, « depuis qu’ils ont suivi cette formation, les opérateurs n’ont plus besoin d’aide pour résoudre le moindre problème. Ils peuvent organiser leur travail quotidien de manière plus efficace, et assurer ainsi à la population un approvisionnement en eau potable plus fiable. »

À Abu Aissa, les choses sont désormais plus faciles pour Mohammed Muhssen Jabr. « Les coupures d’eau sont moins fréquentes. Il me suffit d’ouvrir le robinet pour avoir de l’eau ! »


Photos

Un opérateur répare une pompe à eau de l’unité de traitement qui approvisionne le village. 

Al-Barakiya, près d’Abu Aissa, dans le sud de l’Irak.
Un opérateur répare une pompe à eau de l’unité de traitement qui approvisionne le village.
© ICRC / A. AlSaàte

Des opérateurs mettent en pratique les mesures de sécurité et de protection de la santé qui leur ont été enseignées lors d’une formation dispensée par le CICR. 

Institut technique de Najaf, Irak.
Des opérateurs mettent en pratique les mesures de sécurité et de protection de la santé qui leur ont été enseignées lors d’une formation dispensée par le CICR.
© ICRC / A. Mahdi

Un opérateur vérifie le système électrique de l’unité de traitement des eaux qui approvisionne le village. 

Al-Barakiya, près d’Abu Aissa, dans le sud de l’Irak.
Un opérateur vérifie le système électrique de l’unité de traitement des eaux qui approvisionne le village.
© ICRC / A. AlSaàte