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Yémen : une communauté où règne la compassion

18-04-2013 Éclairage

Au Yémen, le CICR soutient 12 établissements médicaux dirigés par le ministère de la Santé publique et de la Population. L’un deux, le Centre de soins de Bateis, accueille et soigne les membres de la communauté depuis près de 40 ans.

« Entrez, asseyez-vous. Soyez les bienvenus », dit Nasser Mohammed Hassan, montrant le chemin à travers la petite salle de consultation du Centre de soins de Bateis, où se pressent des mères vêtues d’abayas noires et leurs enfants chétifs. Il fait entrer ses trois visiteurs dans une pièce tranquille à l’arrière, dans laquelle attend un groupe d’hommes et de femmes.

Créé en 1975 par la communauté locale à l’aide de ses propres fonds, le Centre est un lieu d’accueil et de soins. Il est resté ouvert malgré les années de conflit et de violence qui ont secoué la région, bien qu’accueillant moins de patients lorsque le matériel manquait.

« L’été dernier, on ne donnait qu’une dizaine de consultations par jour », explique Nasser, qui est le directeur du Centre. « Maintenant, pas moins de 80 personnes se présentent quotidiennement. »

Si ce revirement positif de situation s’explique en partie par le soutien que le CICR apporte au Centre depuis mi-2012, il est aussi largement dû au dévouement et à la loyauté de Nasser et de ses 14 employés, ainsi qu’à la solidarité sans faille des membres de la communauté, dont plusieurs sont présents au centre ce matin-là.

Il y a Hussein et Walid Ali, des militaires à la retraite, Salim, un enseignant, Saleh, un assistant médical à Al Razi (l’hôpital de référence à Jaar, dans les environs) et Faysal, un fonctionnaire à la retraite, tous des hommes d’un certain âge et jouissant d’un bon statut dans la communauté. Les quatre femmes présentes sont assises un peu à l’écart : Amina et Bushera sont enseignantes à l’école locale, tandis que Khamisa et Saeeda sont deux des trois sages-femmes qualifiées du Centre.

« Je dirige le Centre depuis 1995 », poursuit Nasser, un homme doux approchant la cinquantaine. « Le ministère de la Santé publique m’a demandé d’aller exercer à l’hôpital Al Razi, mais j’ai refusé. J’ai suivi ma formation à Aden et j’ai travaillé dans de nombreux établissements après avoir obtenu mon diplôme. Mais je suis originaire de Bateis et je voulais revenir ici afin de pouvoir aider ma communauté. »

Une source d’inspiration

La motivation du personnel du Centre de soins et la solidarité de la communauté locale ont impressionné le CICR lorsqu’il a examiné la possibilité de soutenir l’établissement. Ce dernier faisait par ailleurs face à de grandes difficultés pour se procurer les médicaments et les fournitures nécessaires pendant une période de grande insécurité.

À l’époque, outre les quelque 17 000 résidents qu’il desservait, le Centre offrait ses services aux familles déplacées qui avaient fui les combats dans leurs villages.

Le soutien du CICR au Centre de Bateis a été formalisé par la conclusion d’un Protocole d’accord avec le ministère de la Santé publique et de la Population. Ce soutien comprend la fourniture de stocks de médicaments, de pansements et d’autres articles médicaux pour un mois destinés aux soins de santé primaires, des formations à l’intention du personnel, une supervision médicale et des activités d’éducation sanitaire. Les formations sont dispensées par le docteur Samah Abdulmajeed, chargée des questions de santé, et d’autres membres du personnel du CICR à Aden. C’est le docteur Abdulmajeed qui avait réalisé l’évaluation initiale du Centre en juillet 2012.

Le Centre de Bateis est l’un des douze établissements publics de santé du Yémen que le CICR soutient. Bien que le bâtiment soit relativement petit et que l’extérieur ne paie pas de mine, avec un jardin à la terre desséchée et aux fleurs fanées, l’endroit est chaleureux et redonne espoir aux personnes qui viennent y chercher des soins.

Alors que nous sommes assis, les patients vont et viennent. Une femme arrive avec son petit garçon, une fleur rose dans la main. L’a-t-elle cueillie pour amuser l’enfant ou simplement parce qu’elle la trouvait jolie ?

« Cet enfant est sourd-muet, explique Nasser. Ses parents pourraient se rendre à Aden pour consulter un spécialiste, mais ils ne l’ont pas encore fait. Ils disent ne pas connaître la procédure. Nous allons les aider. »

Cette dernière remarque a été entendue des centaines de fois dans la bouche de Nasser, connu pour la compassion dont il fait preuve et véritable source d’inspiration pour toute la communauté.

Une prise de conscience nécessaire

La conversation se tourne vers les questions qui concernent les femmes, notamment le fait que la plupart d’entre elles accouchent à domicile avec l’aide de l’une des sages-femmes du Centre.

Alors que le docteur Abdulmajeed lui demande pourquoi le taux de vaccination contre le tétanos est extrêmement bas, la sage-femme Khamisa répond que si une femme ressent de la douleur la première fois qu’on lui fait une injection, elle refuse ensuite qu’on lui en fasse d’autres. »

« Nous devons sensibiliser et former les femmes afin qu’elles comprennent l’importance de la vaccination », intervient Faysal, montrant une brochure. « Il nous faut des dépliants comme celui-ci, avec des illustrations. Nous devrions faire du porte à porte et discuter avec les gens. »

Le groupe convient sur le champ de la nécessité de mettre en place des séances de formation dans les écoles locales, afin d’informer les femmes enceintes des risques liés au tétanos et des avantages de la vaccination pour les protéger elles et leurs enfants à naître.

Tandis que la discussion arrive à son terme, une femme et sa fille s’approchent timidement. La mère nous explique qu’elles sont de la famille d’un ancien employé du CICR. « Nous avons appris que vous étiez ici. S’il vous plaît, venez déjeuner chez nous ». C’était-là une nouvelle marque de gentillesse telle qu’on nous en avait témoignées à plusieurs reprises et de bien des manières depuis notre arrivée. Le Centre de Bateis est effectivement un lieu à part, me suis-je dit alors que nous quittions le bâtiment.  


Photos

Centre de soins de Bateis, Yemen. Nasser Mohammed Hassan, directeur du Centre, est assis tout à gauche.  

Centre de soins de Bateis, Yemen. Nasser Mohammed Hassan, directeur du Centre, est assis tout à gauche.
© CICR / J. Barry

Centre de soins de Bateis  L’extérieur du bâtiment ne paie pas de mine, mais l’espoir règne à l’intérieur du Centre de soins.  

Centre de soins de Bateis L’extérieur du bâtiment ne paie pas de mine, mais l’espoir règne à l’intérieur du Centre de soins.
© CICR / J. Barry

Centre de soins de Bateis. Jusqu’à 80 personnes se présentent chaque jour au Centre de soins pour une consultation.  

Centre de soins de Bateis. Jusqu’à 80 personnes se présentent chaque jour au Centre de soins pour une consultation.
© CICR / J. Barry

Centre de soins de Bateis. Vêtues d’abayas noires, les mères se pressent au Centre de santé avec leurs enfants malades.  

Centre de soins de Bateis. Vêtues d’abayas noires, les mères se pressent au Centre de santé avec leurs enfants malades.
© CICR / J. Barry