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Afrique du Sud / États-Unis : trois sœurs réunies après 50 ans de séparation

10-06-2013 Éclairage

Une ancienne militante anti-apartheid a retrouvé sa famille en Afrique du Sud après un demi-siècle d’absence, grâce aux efforts conjoints de la Croix-Rouge américaine et du CICR. La délégation régionale de l’institution à Pretoria nous raconte son histoire.

La militante anti apartheid Efodia Mokane est séparée de sa famille en 1962, l’année où Nelson Mandela est emprisonné. Elle passe 30 ans en exil, d’abord dans un camp en Tanzanie, puis en Europe où elle représente quelque temps le parti du Congrès panafricain (PAC) aux réunions de l’ONU, en Suisse. Elle émigre aux États-Unis en 1994, se remarie et obtient la citoyenneté américaine. Cependant, après la mort de son époux, Efodia traverse une passe difficile et décide de rentrer chez elle, dans la nouvelle Afrique du Sud démocratique.

Mais comment, après tout ce temps, retrouver ses deux sœurs restées au pays ?

En 2012, Efodia fait appel à la section de Pikes Peak de la Croix-Rouge américaine. Un membre du personnel l’aide à remplir une demande de recherches, qui est envoyée à la délégation régionale du CICR à Pretoria.

C’est là que l’assistante en recherche de personnes Henrietta Letlape est saisie du dossier, qui se révélera fort complexe. « Quand nous nous sommes rendus à l’adresse indiquée pour la sœur d’Efodia, Bapsy, nous avons découvert qu’elle avait quitté la zone depuis des années », raconte-t-elle. S’ensuit une laborieuse recherche dans l’annuaire téléphonique national, au cours de laquelle Henrietta joint une famille de la province du Nord-Ouest qui lui donne une adresse à Soweto.

« Il s’est avéré que la famille ne vivait plus à cette adresse, poursuit Henrietta, mais un voisin nous a mis en contact avec la belle-sœur de Bapsy, et c’est comme ça que nous avons fini par la retrouver. »

Le message Croix-Rouge d’Efodia est dûment remis à Bapsy qui répond, par le même moyen, qu’elle serait heureuse d’accueillir sa sœur chez elle. C’est le premier contact qu’elles ont depuis 18 ans. À partir de ce jour, le CICR et la Croix-Rouge américaine aident les sœurs à communiquer par téléphone et par écrit.

Entre temps, il faut prouver les origines sud-africaines d’Efodia : elle n’a pas de document qui en atteste. Henrietta Letlape recueille les témoignages de membres du PAC qui étaient en exil avec elle pour confirmer qu’elle vient bien d’Afrique du Sud. C’est ainsi qu’Efodia obtient un visa de voyage.

Message Croix-Rouge

Le voyage de retour d’Efodia est financé par les services sociaux de l’État du Colorado et par le foyer où elle logeait. Enfin, le 18 avril 2013, une semaine tout juste avant les célébrations marquant 19 ans de démocratie en Afrique du Sud, Efodia retourne dans son pays pour la première fois depuis 1962.

« Les regroupements familiaux sont toujours chargés d’émotion, explique Henrietta. Les attentes sont immenses et nous espérons qu’aucun incident ne viendra compromettre la réunification. L’attente avec la famille à l’aéroport de Johannesburg était fébrile : c’était comme si le temps s’était arrêté. Je me disais : « Et si elle a raté son vol, comment vais-je expliquer ça à sa famille ? ». Alors quand j’ai vu Efodia franchir la porte des arrivées, j’en ai pleuré de joie. Quelle satisfaction de la confier à ses proches et de les ramener tous chez eux, à Soweto ! »

« Nous n’oublierons jamais la Croix-Rouge »

La sœur d’Efodia, Bapsy, conclut : « Je n’ai pas de mots pour décrire ce que la Croix-Rouge a fait pour nous. Je pensais que ce jour n’arriverait jamais. Ça fait trois jours que nous ne dormons pas tellement nous sommes impatients de retrouver ma sœur. Je n’avais que 11 ans quand elle a quitté l’Afrique du Sud. Si je mourais demain, je reposerais en paix, parce qu’Efodia est rentrée à la maison. Merci à la Croix-Rouge, nous ne vous oublierons jamais ».


Photos

En février 2012, Bapsy s’est rendue à la délégation du CICR à Pretoria. Elle montre ici la seule photo qu’elle ait d’Efodia, prise à son mariage. 

En février 2012, Bapsy s’est rendue à la délégation du CICR à Pretoria. Elle montre ici la seule photo qu’elle ait d’Efodia, prise à son mariage.
© CICR / I. Edelstein

Bapsy écrit à sa sœur : son message Croix-Rouge sera acheminé des bureaux du CICR à Pretoria jusqu’à la section de Pikes Peak de la Croix-Rouge américaine. 

Bapsy écrit à sa sœur : son message Croix-Rouge sera acheminé des bureaux du CICR à Pretoria jusqu’à la section de Pikes Peak de la Croix-Rouge américaine.
© CICR / I. Edelstein

À son arrivée à l’aéroport en Afrique du Sud, Efodia, radieuse, pose des questions sur les enfants et les petits enfants de ses sœurs. 

À son arrivée à l’aéroport en Afrique du Sud, Efodia, radieuse, pose des questions sur les enfants et les petits enfants de ses sœurs.
© CICR / I. Edelstein

Je suis si soulagée d’être de retour en Afrique du Sud après toutes ces années. Je ne pensais pas que je verrais ce jour, affirme Efodia tandis qu’elle découvre la vue sur Soweto depuis la maison de sa sœur, après 50 ans de séparation. 

« Je suis si soulagée d’être de retour en Afrique du Sud après toutes ces années. Je ne pensais pas que je verrais ce jour », affirme Efodia tandis qu’elle découvre la vue sur Soweto depuis la maison de sa sœur, après 50 ans de séparation.
© CICR / I. Edelstein