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Irak : aider des veuves à subvenir aux besoins de leur famille

19-11-2013 Éclairage

En Irak, nombre de femmes, veuves à la suite du conflit, peinent à subvenir aux besoins de leur famille. Depuis cinq ans, le CICR vient en aide aux plus vulnérables d'entre elles en leur fournissant une aide financière pour leur permettre de monter une petite affaire.

Salwa*, 28 ans, vit à Ninive. Mariée début 2004 et devenue mère quelques mois plus tard, la jeune femme nage dans le bonheur.

Puis, en mai 2005, des inconnus armés enlèvent à la fois son mari et son frère à l'entrée de Mossoul. Ils réclament une rançon, donnant aux proches deux jours pour la leur verser. Avec l'aide de sa belle-famille, Salwa parvient à réunir la somme exigée. « J'étais prête à tout vendre, même mes organes, pour sauver mon mari », raconte-t-elle.

La rançon est payée à temps, mais le père de son enfant est quand même exécuté, son corps jeté au bord d'une route. « Le bonheur a fait place à la tristesse et à la hantise », se souvient Salwa.

En plus du rôle de mère, la jeune femme s'est retrouvée à devoir aussi assumer celui de père auprès de sa fille en bas âge. Une tâche difficile, en particulier dans sa communauté, où, comme elle le relève avec amertume, « personne n'a de compassion pour les veuves ».

Salwa a souffert de problèmes psychologiques. « Pendant les deux premières années après le meurtre de mon mari, j'ai cru que j'avais perdu la raison, j'étais incapable de me contrôler, explique-t-elle, puis j'ai peu à peu pris conscience que je devais surmonter cette épreuve pour le bien de ma petite fille. »

Ayant vendu tout ce qu'elle possédait – sa petite maison et ses autres biens, y compris un peu d'or – pour payer la rançon, Salwa n'a pas eu d'autre choix que de s'installer chez sa belle-famille sans ressources, dans une petite pièce. Elle dépendait d'une allocation sociale mensuelle du gouvernement insuffisante pour lui permettre de subvenir à tous ses besoins essentiels. Salwa n'a survécu que grâce aux coups de pouce ponctuels de ses proches.

En 2012, elle a rencontré une équipe du CICR venue à Ninive pour y présenter le programme d'initiatives microéconomiques de l'institution. Lancé en 2008, ce programme vise à aider des veuves pauvres comme elle à monter une petite affaire et à devenir autonomes sur le plan financier.

Souhaitant ouvrir une boutique, Salwa a demandé à bénéficier d'une aide financière, qu'elle a obtenue et qui lui a permis de concrétiser son projet chez elle, dans un petit espace. Grâce à sa boutique, elle s'est progressivement réinsérée dans la société. « Aujourd'hui, je me sens mieux. Je suis plus calme, moins instable émotionnellement », confie-t-elle.

Avec sa boutique, Salwa gagne entre 300 000 et 350 000 dinars irakiens (250 à 290 dollars US) par mois et arrive à subvenir à ses besoins essentiels ainsi qu'à ceux de sa fille.

Le succès remporté par sa boutique a également permis à Salwa de recouvrer sa dignité en tant que mère. « Avant, je n'avais jamais les moyens d'acheter à ma fille des vêtements pour la fête de l'Aïd, ni des jouets, ni toutes les autres choses que les enfants sont censés avoir, indique-t-elle. Mais maintenant je suis heureuse, car cette année j'ai pu lui acheter de nouveaux vêtements à cette occasion. Grâce à l'aide financière que j'ai reçue, j'ai pu commencer une nouvelle vie. »

Comptant au total plus de quatre millions d'habitants, le gouvernorat de Ninive reste parmi les régions d'Irak les plus touchées par la violence. Le CICR y met en œuvre des projets depuis dix ans et y a récemment intensifié son action. Il vient d'ouvrir à Mossoul un nouveau bureau qui permet à la population de profiter davantage de ses structures, services et activités tels que les centres de soins de santé primaires, l’accès à l’eau potable, les initiatives microéconomiques et les visites aux détenus.

* Nom modifié pour préserver sa vie privée


Photos

Salwa dans sa boutique. 

Salwa dans sa boutique.
© CICR

Salwa avec de jeunes clientes. 

Salwa avec de jeunes clientes.
© CICR