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Irak : un aveugle crée une chaîne de radio avec l’aide du CICR

02-12-2013 Éclairage

Il y a un an, Saman Ali Sadeq n’aurait jamais imaginé posséder sa propre affaire. Et pourtant, ce Kurde de Takiya, petite ville située à 60 km de Suleymanieh dans le nord de l’Irak, tient aujourd’hui une boutique et a également créé sa propre chaîne de radio locale, par laquelle il enseigne l’informatique aux auditeurs.

Aveugle de naissance, Saman n’a pas pu aller à l’école faute d’avoir eu réellement la possibilité d’apprendre le braille. Il a donc aidé son père à confectionner du feutre jusqu’à ce que leur activité évolue vers la fabrication d’objets artisanaux nécessitant des travaux d’aiguille et qu’il ne puisse plus y contribuer que de façon limitée.

Appréhendant le monde par le toucher et l’ouïe, Saman a toujours été intéressé par la radio et l’électronique. « Au début des années 90, j’ai bricolé ma premier émetteur avec des pièces d’un ordinateur Atari », raconte-t-il en se remémorant son adolescence. « J’ai essayé de le faire fonctionner pendant un moment, mais je n’ai pas réussi parce qu’à l’époque, il fallait de l’argent pour pouvoir acheter de l’équipement et donc pouvoir émettre. »


Saman dans le studio qu'il a installé à son domicile et depuis lequel il diffuse pour la population des environs de la musique kurde et des programmes éducatifs sur l'informatique. CICR/P. Krzysiek

Un rêve exaucé

En septembre 2012, ce père de deux enfants, Malo, deux ans, et Sherko, huit ans, a reçu une aide financière du CICR pour ouvrir sa propre papeterie et boutique d’informatique. Quelques mois plus tard, ses premiers bénéfices lui ont permis de réaliser son rêve en créant sa propre chaîne de radio locale.

« Lorsque nous avons rencontré Saman pour la première fois, il se trouvait dans une situation très difficile. Pour un aveugle père de deux enfants, le quotidien peut s’avérer tout sauf facile ici », se souvient Soran Mohammed Ahmed, responsable pour le compte du CICR de projets microéconomiques dans la région de Suleymanieh. « Nous avons décidé de lui venir en aide parce qu’il avait un projet et la volonté farouche de transformer sa vie en dépit de son handicap. »

« Avec l’argent que m’a donné le CICR, j’ai acheté une photocopieuse, des fournitures de bureau, quelques logiciels sur CD-ROM et j’ai ouvert une boutique. Comme je suis à côté d’une école et de la mairie, j’ai beaucoup de clients. Je me rappelle encore la somme exacte que j’ai gagnée durant le premier mois », raconte Saman.

Un mélange de musique et de programmes éducatifs

Aujourd’hui, l’existence de Saman tourne autour de sa chaîne de radio, qui diffuse un mélange de musique folklorique kurde et de programmes éducatifs sur l’informatique. Il l’a baptisée du nom kurde de « Zanwer », qui veut dire formidable.

 

Saman dans sa papeterie et boutique d’informatique soutenue par le CICR, qu’il tient avec son frère. 

Saman dans sa papeterie et boutique d’informatique soutenue par le CICR, qu’il tient avec son frère.
© CICR / P. Krzysiek

« Je me lève, je prends mon petit-déjeuner et je passe de la musique à la radio avant d’aller à ma boutique. Ensuite, je reviens pour le déjeuner, je prépare les programmes pour le jour suivant, puis je donne mes cours de 30 minutes sur l’informatique », explique Saman avec fierté.

Sa boutique lui permet de gagner à peu près 300 000 dinars irakiens, soit environ 260 dollars US par mois, et ainsi non seulement de subvenir aux besoins de sa famille, mais aussi de satisfaire son intérêt pour l’électronique. Et Saman a en tête des projets encore plus ambitieux.

« Les gens trouvent ma radio utile. Ils sont intéressés par mes programmes et adorent la musique que je passe. Des personnes viennent des villes environnantes me demander d’émettre plus largement, car elles n’arrivent pas à capter ma chaîne, mon signal de 100 MHz étant trop faible. Mais j’ai bien l’intention d’atteindre tous les aveugles de la région. Je veux étendre ma couverture de diffusion, mais je n’en ai juste pas encore les moyens. »