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Inde : retour sur une première mission qui a inauguré une longue tradition d'action humanitaire en Asie

12-03-2013 Éclairage

Le 25 janvier 1917, dans la ville du Caire, les délégués du CICR viennent tout juste de terminer la visite d'un camp de prisonniers de guerre ottomans lorsqu'ils reçoivent un câble du siège de Genève leur demandant de se rendre en Inde et en Birmanie pour inspecter des camps de prisonniers de guerre et de civils internés. Ils s'embarquent à bord d'un bateau qui franchit le canal de Suez pour atteindre Bombay le 12 février 1917.

L’arrivée des délégués, ce jour-là, marque le début du parcours du CICR sur le sol indien.

Cela fait alors trois ans, depuis août 1914, que le monde est plongé dans une guerre dont la brutalité et la violence déchirent l'humanité. Durant cette période de souffrances et de douleur, le CICR a considérablement élargi le champ de ses activités. Au « Coeur de l'Europe », comme le représente l'écrivain autrichien Stefan Zweig, le CICR est lui aussi entré en guerre, mais sur le terrain humanitaire.

L'arrivée des trois délégués du CICR, le Dr F. Blanchod, F. Thormeyer et E. Schoch, s'inscrit dans une action de plus grande envergure menée par le CICR dans le monde entier. Rétablir le contact entre les personnes séparées par la guerre est l'une des priorités qu'il s'est fixées et qui s’est concrétisée par la création, le 21 août 1914, de l'Agence internationale des prisonniers de guerre. Dès décembre de la même année, le CICR a commencé à obtenir des États belligérants la permission de visiter des camps de prisonniers ; ces visites permettent non seulement d’évaluer les conditions de détention, mais aussi de faire savoir aux prisonniers que le monde extérieur ne les a pas oubliés.

En Inde, la mission des délégués commence par une rencontre, à Delhi, avec le vicomte Chelmsford, vice-roi des Indes (chef de l'administration britannique en Inde). Les 3 et 4 mars 1917, les délégués font leur première visite à Sumerpur, dans la province du Rajputana, dans un camp qui abrite 3 366 prisonniers de guerre ottomans, principalement des Arabes de Mésopotamie. Ils se rendent ensuite dans un camp de prisonniers de guerre turcs situé à Bellary, et dans un camp de transit, à Calcultta, où des prisonniers de guerre capturés en Mésopotamie attendent d'être acheminés vers leur lieu de détention en Birmanie.

Mary Werntz, qui dirige aujourd’hui la délégation régionale du CICR à Delhi, explique en quoi consistait concrètement le travail des délégués lors de ces visites : « Les délégués s’attachaient à recueillir un maximum d’informations pour savoir si les détenus étaient traités avec dignité. Ils visitaient les baraquements, les dortoirs, examinaient l'habillement, les installations sanitaires, vérifiaient si les prisonniers avaient l’occasion faire de l'exercice et de sortir à l’air libre, s'ils avaient accès à des soins médicaux, quelle quantité de nourriture était distribuée par personne, et comment les autorités détentrices maintenaient l'ordre et la discipline parmi les prisonniers. Chaque détail était observé et noté. Des démarches étaient en outre faites pour que les prisonniers aient le droit de pratiquer leur religion et pour qu'ils puissent recevoir du courrier et des colis et obtenir un soutien financier de leur pays. »

À l’époque, bon nombre des camps que visitent les délégués hébergent aussi des internés civils, en majorité allemands et autrichiens. La plupart d'entre eux étaient installés en Inde depuis de nombreuses années, où ils exerçaient des activités commerciales, dirigeaient des entreprises prospères ou occupaient des postes bien rémunérés. Mais l'état de guerre a imposé la mise en captivité des civils de certaines nationalités. Après avoir visité des camps sur tout le territoire indien pendant deux mois, les délégués suisses partent pour la Birmanie.

De 1914 jusqu’à la libération des derniers prisonniers en 1923, le CICR visite 524 camps dans toute l'Europe, l'Afrique et l'Asie. Après chaque visite, les délégués établissent un rapport dans lequel ils consignent leurs constatations et leurs commentaires et qu'ils envoient ensuite à la puissance détentrice des prisonniers. Lorsque la guerre se termine, l'Agence a transmis quelque 20 millions de lettres et de messages, 1,9 million de colis et près de 18 millions de francs suisses de dons aux prisonniers de guerre de tous les pays concernés.

Retraçant le parcours du CICR en Inde, Marek Resich, coordonnateur chargé de la communication à la délégation régionale du CICR à Delhi, explique : « Pendant les quelque 95 années qui ont suivi la première mission du CICR sur le sol indien, nous avons continué d’offrir nos services au fil des différentes époques politiques que le pays a traversées, y compris pendant les effusions de sang qui ont suivi l'indépendance de l'Inde et marqué les conflits à la frontière indo-pakistanaise. Ces trente dernières années, le CICR s'est employé à renforcer le dialogue avec les institutions indiennes et une société civile très active, à répondre aux besoins humanitaires et à réfléchir aux perspectives d’avenir de l'action humanitaire, en Inde et ailleurs. »


Photos

Belgaum (Inde), Première Guerre mondiale (1914-1918). Camp de prisonniers de guerre allemands et autrichiens. 

Belgaum (Inde), Première Guerre mondiale (1914-1918). Camp de prisonniers de guerre allemands et autrichiens.
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