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Bangladesh : le parcours d’un futur médecin

09-01-2014 Éclairage

Au Bangladesh, 10 % de la population environ souffre d'un handicap. Le CICR offre des formations et fournit des matières premières et des appareils de qualité afin de permettre au Centre de réadaptation des personnes paralysées (CRP) de développer les services qui y sont proposés aux personnes handicapées les plus démunies.

Bangladesh : le parcours d’un futur médecin


Robin est resté plusieurs semaines au CRP, où on lui a posé une prothèse et où il a appris à remarcher. CICRI/O. Shadman

Le chant des moineaux et des pies accueille le lever du jour au CRP de Savar, au Bangladesh. Dans une petite chambre de l'aile occupée par les patients, Robin Miah, de 19 ans, finit de ranger ses affaires dans son sac pour partir. Voyant que son oncle, Abdur Rouf, et son ami, Nazmul Hasan, suivent le moindre de ses mouvements, le timide adolescent leur demande d'attendre dehors qu'il se change.

Quelques minutes après, Robin apparaît vêtu d'un pantalon kaki. Rouf et Nazmul sont au comble de la joie. Ils prennent des photos pour garder une image de Robin vêtu d'un pantalon, ce qu'il n'a pas fait depuis dix ans.  D'un geste solennel, Robin tend sa béquille à Rouf, lui montrant ainsi qu'il est prêt à affronter le monde avec la nouvelle prothèse de jambe et de pied qu'on vient de lui poser.

Ce qui s'est passé le 7 décembre 2003

En cette nuit froide de décembre 2003, Robin, alors âgé de neuf ans, se rend à une foire de village près de Dariapur, la ville reculée où il habite, dans le district de Tangail, à 70 km au nord-ouest de Dacca. La foire (failya paglar mela) est le plus grand événement de l'hiver dans la région, mais elle est aussi une cible pour les attentats à la bombe qui visent les cinémas et autres lieux publics.

Juste après 21 heures ce soir-là, alors que le jeune Robin regarde fasciné les nuages roses que forme la barbe-à-papa, une bombe explose, fauchant sept vies et blessant 15 autres personnes. Robin est blessé aux deux jambes. Il est transporté au plus vite jusqu'à l'hôpital local et transféré un peu plus tard à Dacca, où les médecins doivent lui amputer la jambe gauche au-dessus du genou. Sa jambe droite est opérée mais il n'en retrouvera jamais complètement l'usage.

Une volonté de fer

Robin Miah est heureux de montrer le pantalon kaki qu'il porte sur sa prothèse de jambe et de pied gauche. 

Robin Miah est heureux de montrer le pantalon kaki qu'il porte sur sa prothèse de jambe et de pied gauche.
© CICR / O. Shadman

Malgré son handicap physique, la flamme qu'alimente sa détermination ne faiblit pas. Élève motivé, il a passé l'année dernière son diplôme de fin d'études secondaires avec d'excellents résultats, et obtenu une place convoitée en faculté de médecine à Faridpur.

Pendant l'entretien avec les membres du jury devant statuer sur son admission, l'un d'entre eux a évoqué le code vestimentaire de la faculté de médecine, auquel Robin devrait se conformer s'il y était admis. Cette observation a beaucoup préoccupé Robin. Depuis le malheur qui l'a frappé en 2003, il a toujours eu l'habitude de porter cette sorte de sarong traditionnel qu'est le lungi, qui dissimulait son corps et le protégeait des regards.

Le CRP et la Croix-Rouge sont là pour l'aider

En novembre 2013, Robin s'est tourné vers le CRP pour obtenir une prothèse et ainsi pouvoir se conformer au code vestimentaire de la faculté de médecine. Les techniciens lui ont donc fabriqué une jambe gauche tout entière. Pendant les semaines qui ont suivi, Robin a suivi des séances d'entraînement à la marche avec un physiothérapeute pour vérifier la bonne adaptation de la prothèse à son moignon. Pendant les deux mois qu'il a passé au CRP, Robin a noué une amitié solide avec Nazmul Hasan.

« Nous avons passé d'excellents moments ensemble, à jouer aux échecs et à regarder des films. Je suis vraiment fier de Robin et j'espère qu'un jour il deviendra un médecin réputé », dit Nazmul avec un grand sourire. Lui est en train de suivre un cours sur mesure au CRP.

Robin n'aime pas faire des projets à si long terme. Pourtant, en tant que premier – et à ce jour unique – étudiant en médecine de son village, il aimerait améliorer les service de santé dans sa région rurale.

Son oncle explique le succès de Robin. « Les gens du village l'admirent vraiment. Ils lui cèdent la place devant les échoppes des vendeurs de thé, en signe de respect.  Il est quand même notre premier futur médecin. »

 

La réadaptation physique aide les personnes souffrant d'un handicap physique à retrouver leur mobilité et à pouvoir ainsi vivre dignement et jouer un rôle actif dans la société.

Les programmes de réadaptation physique du CICR visent à renforcer les services de réadaptation dans les pays où le CICR est actif.

Au Bangladesh, le CICR travaille en partenariat avec le CRP pour aider les personnes handicapées les plus vulnérables à reconstruire leur vie.

Le programme comprend :

  • la fourniture de prothèses et d'orthèses de qualité à bas prix (membres artificiels et moyens auxiliaires) ;
  • un soutien aux techniciens orthoprothésistes locaux à qui une formation internationalement reconnue est proposée ;
  • l'amélioration des capacités des autorités et partenaires locaux pour leur permettre de fournir des services orthopédiques durables ;
  • un soutien aux physiothérapeutes locaux qui aident les personnes ayant besoin de prothèses ou d'orthèses à marcher tout seuls.