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Philippines : cent jours après, la vie reprend et le pays se reconstruit peu à peu

20-02-2014 Éclairage

Sur la côte de l’île de Samar, touchée par le typhon, entre les communes dévastées de Basey et de Guiuan, des ouvriers de la construction travaillent sur un toit au son de la musique diffusée sur les ondes FM de leur radio. Ils entament la réparation du centre de santé rural de Giporlos, crucial pour le district.

Giporlos. Une infirmière contrôle l’état de santé d’une patiente dans le cadre des consultations routinières effectuées dans le centre de soins. Au fond, la directrice du centre, le docteur Marlyn Capanang. 

Giporlos. Une infirmière contrôle l’état de santé d’une patiente dans le cadre des consultations routinières effectuées dans le centre de soins. Au fond, la directrice du centre, le docteur Marlyn Capanang.
© ICRC / Atishay Abbhi

C’est une journée bien occupée pour le docteur Marlyn Capanang, de 43 ans, qui dirige le centre de santé de Giporlos, Des femmes sont arrivées en grand nombre avec leurs enfants, pour profiter des campagnes de vaccination qui ont pu reprendre, près de cent jours après le passage du typhon Yolanda (Hayian) qui a frappé les Philippines.

« Tout flottait, doppler, microscope, frigo, ordinateurs, médicaments, absolument tout ! », se souvient le docteur Capanang. Moins de 24 heures après le passage du typhon, consciente de sa responsabilité envers la communauté, elle a déplacé avec son équipe le dispensaire et toutes les fournitures médicales qui ont pu être récupérées dans un bâtiment de la municipalité. Mais continuer de dispenser des soins a été un énorme défi.

Giporlos. Le centre de soins rural et tout le matériel qu’il abritait ont été détruits par le typhon Yolanda. Le bâtiment est actuellement réparé avec l’aide du CICR et il devrait être prêt dans 30 jours. 

Giporlos. Le centre de soins rural et tout le matériel qu’il abritait ont été détruits par le typhon Yolanda. Le bâtiment est actuellement réparé avec l’aide du CICR et il devrait être prêt dans 30 jours.
© ICRC / Atishay Abbhi

Pendant ce temps, le CICR et ses partenaires de la Croix-Rouge philippine et de la Croix-Rouge finlandaise installaient un centre de soins de santé primaires dans la commune voisine de Balangiga, où tous les cas du dispensaire de Giporlos seraient ensuite transférés. À la mi-décembre, le docteur Capanang et son personnel ont déménagé le dispensaire du bâtiment municipal qu’ils occupaient et se sont installés sous une tente. Là, ils ont commencé à effectuer des bilans de santé réguliers en utilisant les fournitures médicales qui leur ont été données. Moins d’un mois plus tard néanmoins, alors que le souvenir de leur « dispensaire flottant » était encore frais dans les mémoires, le cyclone Agaton frappait la côte, balayant la tente, le matériel et les véhicules, et emportant avec lui tout espoir de rétablissement rapide des services de santé.

Le CICR s’est immédiatement employé à réinstaller le dispensaire dans son bâtiment d’origine et à réparer la structure. Cent jours après la destruction semée par le typhon Yolanda, le docteur Capanang et son personnel ainsi que les patients sont de retour dans le centre en partie réparé, où dans les files d’attente habituelles, les pleurs des enfants se mêlent aux coups de marteaux et aux chants des hommes sur le toit.

Le souvenir le plus douloureux

Barangay San Fernando, Basey. Maria Rabara et son mari Cholito dans leur sari-sari (épicerie). Leurs principales sources de revenu avant le passage du typhon Yolanda étaient la culture des noix de coco et la pêche. 

Barangay San Fernando, Basey. Maria Rabara et son mari Cholito dans leur sari-sari (épicerie). Leurs principales sources de revenu avant le passage du typhon Yolanda étaient la culture des noix de coco et la pêche.
© ICRC / Atishay Abbhi

À quelque 160 kilomètres du barangay de San Fernando, Maria Rabara s’efforce de trouver les moyens de nourrir les sept membres de sa famille. Dans son sari-sari (épicerie) qui surplombe la côte, elle sert les clients tout en aidant son mari qui travaille sur son filet de pêche. Maria se souvient de ce sinistre matin du 8 novembre, quand elle a vu leur bateau-vidange, une pirogue à balancier, disparaître sous les eaux et leurs récoltes de riz complètement détruites, avec leur maison et tout ce qu’elle contenait.

Le plus dur néanmoins a été la perte de leurs 125 cocotiers qui donnaient plus de 500 noix de coco par an, vendues à 15 pesos (environ 30 centimes de dollar) le kilo. « Il faudra dix ans avant que les cocotiers rapportent à nouveau quelque-chose, dit Maria. Je sais que les secours qu’on nous distribue ne dureront pas éternellement et c’est pour cela que j’ai fait un prêt pour monter ce magasin. »

Barangay San Fernando, Basey. Un enfant joue devant une maison côtière en ruines. 

Barangay San Fernando, Basey. Un enfant joue devant une maison côtière en ruines.
© ICRC / Atishay Abbhi

Avant le typhon, le mari de Maria achetait des semences de riz de Tacloban et produisait ainsi une trentaine de sacs de riz, dont ils consommaient une partie et vendaient le reste. « Maintenant, on ne peut acheter le riz nulle part », dit Maria, qui garde les 30 kilos de semences de riz qu’elle a obtenus du CICR pour les planter d’ici la fin février. Elle est très prudente car de nombreux habitants ont semé plus tôt et le cyclone Agaton a tout emporté. D’autres agriculteurs, comme les Rabara, ont reçu une aide en espèces du CICR d’un montant de 4 100 pesos (91 dollars), ainsi que de l’engrais, pour relancer leur activité.

Les secours et l’aide aux moyens de subsistance dont ils ont bénéficié tout ce temps ont été un soulagement pour Maria, mais ce qui l’empêche de dormir la nuit est plus grave : « Vivre ici me terrorise », avoue-t-elle les larmes aux yeux, ajoutant qu’elle a bien l’intention de quitter son village dès qu’un plan de réinstallation aura été mis en place.

Cent jours après, le traumatisme et le souvenir d’une vie balayée sont aussi présents devant ses yeux que le ciel limpide qui a fini par s’imposer après trois semaines de pluie incessante et intimidante, et de la peur que cette pluie emporte toutes ses récoltes et qu’il faille tout recommencer à nouveau.