• Envoyer
  • Imprimer

RD Congo: sauver les bananes relance l'économie à Minova

24-04-2014 Éclairage

Minova, petite ville du Sud-Kivu, n’a pas été épargnée par la guerre qui ensanglante les provinces de l’est de la République démocratique du Congo depuis près de deux décennies. Située au nord de la ville de Bukavu, Minova a accueilli des déplacés du Sud et du Nord-Kivu, tout particulièrement lors des affrontements entre le groupe armé M23 et l’armée congolaise dans et autour de Goma en novembre 2012.

Projet de reconstitution de bananeraies soutenu par le CICR. Les habitants de Minova à l’ouvrage. Leur travail relancera l'économie locale, dépendante de la culture de la banane. CC BY-NC-ND / CICR / Pascal Nepa

Minova et ses environs étaient jadis considérés comme le grenier de la province pour la production de bananes, mais depuis 2006, la maladie du « wilt bactérien (BXW) » attaque les plantations. Les bananiers ont tous été détruits, réduisant considérablement les rentrées d’argent des paysans dont la culture bananière était la principale source de revenus.

Dunia Wabo habite avec sa femme et leurs 7 enfants à Kitembo, à 15 km de Minova. Comme tous ses voisins, il a subi de plein fouet la crise liée à la maladie de la banane. « J’ai créé une association dénommée Union des personnes vulnérables et handicapées pour le développement intégré (UPVHDI) qui regroupe les agriculteurs de mon village. Nous nous sommes mis ensemble pour relancer l’agriculture. J’espère ainsi pouvoir recommencer bientôt une nouvelle vie grâce aux nouvelles pousses (appelées rejets sains) des bananiers que nous venons de recevoir de l’Inspection provinciale de l’agriculture, de la pêche et de l’élevage (IPAPEL) grâce au CICR », explique Dunia.

Minova. Culture de rejets sains de bananiers avant qu'ils ne soient replantés. 

Minova. Culture de rejets sains de bananiers avant qu'ils ne soient replantés.
/ CC BY-NC-ND / CICR / Pascal Nepa / cd-e-01980

En 2013, le CICR a soutenu un projet de reconstitution des bananeraies lancé par l’IPAPEL à Minova. « Des rejets sains produits par les bananiers sont fournis aux paysans afin de redynamiser la production et repeupler les anciennes bananeraies exterminées par les maladies dans le territoire de Kalehe », précise John Niyoreye, du département agronomique du CICR. « Ce projet a bénéficié à près de 25 000 personnes », ajoute-t-il.

Pierre Gusira, un natif de Minova mais qui vit à Goma où il a trouvé un emploi dans une organisation internationale, reste attaché à la terre qui l’a vu naître. Il retourne de temps en temps dans son village natal pour cultiver le champ hérité de ses ancêtres : « c’est grâce aux bananiers que j’ai pu étudier et devenir ce que je suis aujourd’hui. Voilà pourquoi je ne peux pas abandonner ce champ. J’ai remarqué qu’aujourd’hui les cultivateurs de mon village préfèrent la culture du café à celle de la banane. Mais c’est grâce aux bananes que nos parents nous ont élevés. Ceux qui choisissent le café oublient que le prix du café est fixé au niveau international tandis que celui d’un régime de bananes est fixé localement. Et puis la banane, on la vend et on la mange ici, chez nous », précise-t-il.

Les projets agronomiques du CICR ont pour objectif de relancer la production vivrière auprès des personnes touchées par les conflits armés, notamment les personnes déplacées ou de retour chez elles. Au Sud-Kivu, ces projets consistent notamment en des distributions de boutures de manioc saines, des semences de soja, de maïs, et de haricot. Le CICR soutient aussi les associations locales d’agriculteurs.

Les habitants de Minova, des représentants d’associations locales et des membres du CICR inspectent les plantations de bananiers. CC BY-NC-ND / CICR / Pascal Nepa