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Afghanistan : Un barrage amène l’électricité et de meilleures récoltes à une communauté du Panshir

17-06-2014 Éclairage

À Andrasad, un village de la vallée du Panshir où vivent quelque 530 familles, la principale difficulté des habitants n’était pas le manque d’eau ; il leur fallait trouver le moyen de dompter les eaux agitées de la Shotul, une rivière bordant leurs vergers et leurs champs de blé.


La petite centrale hydroélectrique produit de l’électricité pour le village et les hameaux avoisinants. CICR/CC BY-SA 2.0 / J.Barry

À environ deux heures de route au nord de Kaboul, la capitale afghane, la légendaire vallée du Panshir serpente à travers les montagnes dont les sommets culminent à au moins 4 000 mètres d’altitude. La vallée est le paradis des noyers, des vignes, des pommiers et des mûriers.

De gauche à droite : Baba Jan, responsable de la gestion des catastrophes au sein de la section du Panshir du Croissant-Rouge afghan, Qari Fazalhaq et Mullah Mohammad, en discussion avec leurs visiteurs. 

De gauche à droite : Baba Jan, responsable de la gestion des catastrophes au sein de la section du Panshir du Croissant-Rouge afghan, Qari Fazalhaq et Mullah Mohammad, en discussion avec leurs visiteurs.
/ J. Barry / CICR/CC BY-SA 2.0

L’entrée de la vallée, par contre, est jonchée de chars d’assaut rouillés et de matériel militaire, souvenir amer des décennies de conflit, d’abord contre les Soviétiques, puis, lorsque le Panshir est devenu le dernier bastion de l’Alliance du Nord, contre les talibans.

À Andrasad, comme dans de nombreux autres villages le long de la vallée, la population vit de la terre. Et bien que la vie soit désormais calme, elle n’en reste pas moins difficile. Les habitants cultivent du blé, du maïs, des haricots et des fruits. Moutons et chèvres gambadent sur les flancs des montagnes, sous la surveillance d’enfants ou de vieillards. Le tumulte de la rivière se fond sur les maisons de boue et de briques.

Par une belle matinée ensoleillée, Qari Fazalhaq, membre de la choura (le conseil local) et responsable des finances de la communauté, assis avec un groupe d’aînés du village, explique à quatre visiteurs comment les habitants ont récemment trouvé une solution à l’un des principaux problèmes qu’ils rencontraient.

« Nous avions beaucoup d’eau, mais cela ne nous aidait pas beaucoup. Le courant de la rivière est trop important et il était difficile de le dévier de sa route », commence M. Fazalhaq.

« Nos pommiers et nos abricotiers ont beaucoup souffert », poursuit Amir Mohammad, un vieil homme à la barbe blanche. « Nos amandiers et nos noyers aussi ».

« Nous avions beaucoup d’eau, mais cela ne nous aidait pas beaucoup. Le courant de la rivière est trop important et il était difficile de le dévier de sa route », commence M. Fazalhaq.

En 2006, un projet visant à dériver les eaux de la Shotul pour irriguer les terres et produire de l’électricité dans une petite centrale hydroélectrique avait échoué, le barrage de dérivation qui avait été construit s’étant effondré lors d’une crue, un an à peine après sa réalisation. Ne disposant pas des ressources nécessaires aux réparations, les habitants d’Andrasad et des hameaux environnants avaient vu leur espoir d’approvisionner leurs foyers en électricité réduit à néant. Les vergers, eux, avaient continué de se dessécher.

M. Fazalhaq, qui se trouve être aussi un volontaire du Croissant-Rouge afghan, avait décidé de demander l’aide de la Société nationale après avoir appris, l’été dernier, qu’elle appuyait de petits projets « argent contre travail » dans les communautés avec l’aide de financements de son organisation partenaire, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Il avait alors élaboré un projet consistant à construire un nouveau barrage de dérivation dans le style traditionnel, qu’il avait présenté au Croissant-Rouge afghan. Après examen, le projet avait été approuvé.

« Ce projet a offert deux avantages », déclare Ghulam Muhaiudin Sayad, collaborateur du CICR chargé des programmes communautaires, l’un des quatre visiteurs. « Pour commencer, avec un nouveau barrage mieux conçu et auquel s’ajoute un canal de dérivation, il est facile d’amener l’eau dans le système d’irrigation et, à partir de là, dans les vergers et les champs. Ensuite, les eaux de dérivation permettent d’alimenter la petite centrale hydroélectrique, qui faisait partie du projet initial. »

Le barrage et un petit canal de dérivation ont permis d’alimenter le système d’irrigation.  

Le barrage et un petit canal de dérivation ont permis d’alimenter le système d’irrigation.
/ J. Barry / ICRC/CC BY-SA 2.0

Baba Jan, responsable de la gestion des catastrophes au sein de la section du Panshir du Croissant-Rouge afghan, a supervisé la construction du nouveau barrage. Le CICR a financé le projet. Il a fourni le sable et le ciment, et a rémunéré pour 25 jours de travail les 25 villageois qui ont réalisé l’ouvrage. La communauté, pour sa part, était chargée de se procurer les pierres et de fournir la main-d’œuvre. Les hommes ont fourni gratuitement leurs services pendant dix jours supplémentaires. Les travaux ont pu commencer en octobre 2013, alors que le niveau de la rivière était relativement bas, et ont duré un peu plus d’un mois.

« L’électricité et l’un des plus grands avantages que ce projet nous a apportés », dit M. Fazalhaq à ses visiteurs, entourés des aînés du village.

« Nous avons vécu dans l’obscurité pendant des années » ajoute Mullah Mohammad, l’un des hommes ayant participé à la construction du barrage et du canal. « Maintenant, nous pouvons nous éclairer la nuit, repasser nos vêtements et charger nos téléphones portables. »

« Nos arbres produiront plus de fruits cette année, car nous pouvons arroser nos vergers suffisamment, précise Amir, l’homme à la barbe blanche. Nous aurons aussi de meilleures récoltes. »

L’aménagement de la Shotul a certes amélioré les conditions de vie des villageois, mais il a peu de chances de provoquer des changements fondamentaux. L’agriculture va demeurer le principal moyen d’existence de la population. Et bien qu’Andrasad puisse se vanter de compter deux écoles, une pour les filles et une pour les garçons, ceux-ci continueront, une fois plus âgés, de quitter le village pour aller étudier à Charikar, la ville la plus proche, ou dans la lointaine capitale. Leurs parents continueront de travailler la terre, comme ils le font depuis des générations, de vendre leurs fruits en bordure de route pendant la saison, d’élever des chèvres et des moutons et, la nuit, de discuter sous les étoiles. Sauf que maintenant, à la nuit tombée, de la lumière brillera dans chaque maison.


Les villages de la vallée du Panshir sont entourés de sommets culminant à 4 000 mètres d’altitude. CICR/CC BY-SA 2.0 / J.Barry