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Afghanistan : sur les traces de Florence Nightingale

13-08-2010 Éclairage

Anisa, une petite femme, au sourire rayonnant et aux cheveux grisonnants, a reçu en 2009 la plus haute distinction internationale qu'une infirmière ou un infirmier puisse recevoir. Elle est la première infirmière afghane à se voir décerner la médaille.

 
       
    ©CICR      
   
    Anisa      
             

       
    ©CICR      
   
    Anisa recevant la médaille Florence Nightingale des mains du vice-président afghan, Karim Kalili, dans son bureau à Kaboul.      
   
           
   

« J’ai l’intention de continuer à aider le peuple afghan, en particulier mes patients, jusqu’à la fin de mes jours », dit Anisa, une infirmière diplômée d’État de 59 ans et mère de neuf enfants, qui comme beaucoup d’Afghans, n’est connue que sous un seul nom.

Anisa est née à Kaboul où elle a grandi et suivi une formation à l’école d’infirmières de la ville. Elle a passé deux ans au département de physiothérapie d’un grand hôpital, puis est partie en 1981 dans la ville surpeuplée et poussiéreuse de Jalalabad, près de la frontière pakistanaise, avec son second mari. Deux ans plus tard, elle a commencé à travailler à l’hôpital de santé publique Jalalabad 1 – connu sous le nom de JPHH-1 – où elle travaille toujours aujourd’hui.

  Rester auprès des patients contre vents et marées  

L’Afghanistan est en proie à un conflit depuis plus de trente ans, et Anisa a passé la majeure partie de son temps à l’hôpital JPHH-1 à soigner les blessés, souvent au moment où des combats faisaient rage. Il y a quelques années, lorsque les talibans ont repris l’hôpital, son supérieur lui conseilla de rester chez elle, mais elle s’y opposa. Elle se souvient lui avoir alors répondu qu’elle continuerait à soigner les patients.

Anisa s’est vu également confier des soins à un détenu. « Personne n’avait le droit de l’approcher. J’étais la seule à avoir l’autorisation de le soigner et de lui apporter à manger », se souvient-elle.  Une fois libéré, le patient, devenu soldat de haut rang, lui offrit de la farine pour lui exprimer sa gratitude.

Anisa a travaillé plus d’une quinzaine d’années dans le service de gynécologie de l’hôpital JPHH-1 où elle est devenue infirmière en chef. Elle a travaillé aussi quelque temps au service de réanimation et est actuellement affectée au bloc opératoire. 

De nos jours, l’hôpital accueille surtout de nombreuses victimes d’attentats-suicide.

  Encadrement des jeunes infirmiers et infirmières  

Avant même de se voir décerner la médaille Florence Nightingale, Anisa était déjà une personnalité emblématique, elle conseillait et guidait les jeunes infirmiers et infirmières. « J’explique à tous ceux qui veulent exercer la profession d’infirmier qu’ils doivent remplir leurs fonctions avec gentillesse et qu’ils doivent travailler durement pour acquérir le maximum de connaissances et pouvoir servir les personnes qui ont besoin de leur aide ».

Contrairement à Florence Nightingale, qui a dû lutter de longues années avant de devenir indépendante et suivre sa vocation, Anisa a bénéficié de l’encouragement et du soutien de ses proches, en particulier de son frère.

  Place de la femme  

Il existe néanmoins des similitudes entre les conditions de vie d’Anisa en Afghanistan et celles que Miss Nightingale, britannique née un siècle et demi plus tôt, a connues en Crimée. Et cela est particulièrement vrai concernant l’attitude de la société anglaise d’alors qui voyait d’un air soupçonneux les femmes qui exerçaient une profession médicale. Parmi les Afghans d’aujourd’hui, dans la société pachtoune en particulier, on considère encore aujourd’hui que la place de la femme est à la maison.

Florence Nightingale était célèbre non seul ement pour les soins qu’elle dispensait aux soldats blessés sur les champs de bataille autour de Scutari et de Balaclava, mais aussi pour son travail d’avant-garde en matière de santé publique. 

En Afghanistan, où l’accès des personnes aux soins médicaux est fortement entravé par l’insécurité et le conflit – en particulier dans les zones rurales – les premiers secours et de simples mesures préventives en matière de soins de santé (bonnes conditions d'hygiène et sanitaires), sont enseignés au niveau local et auraient certainement reçu l'approbation de Florence Nightingale. 

Ce travail est mené, en grande partie, par les collaborateurs et volontaires du Croissant-Rouge afghan ainsi que par des promoteurs d’hygiène travaillant pour le CICR. C’est le Croissant-Rouge afghan, soutenu par des infirmiers expatriés travaillant pour le CICR à Jalalabad, qui ont choisi Anisa comme candidate pour recevoir la médaille Florence Nightingale 2009. 

Cette année, 28 lauréats, originaires de pays aussi divers que la Chine, la Nouvelle-Zélande, et l’Azerbaïdjan, ont reçu la médaille. La médaille est remise, dans chaque pays, soit par le chef de l'État, soit par le président du comité central de la Société nationale, directement ou par délégation. 

  Hommage rendu à l’engagement exceptionnel, au courage et au dévouement  

Durant une brève et digne cérémonie dans son bureau à Kaboul, le vice-président de l’Afghanistan, Karim Kalili, a remis la médaille à Anisa, entourée de sympathisants et de sa famille. Le même jour, une réunion a été organisée en son honneur au siège du Croissant-Rouge afghan.

Florence Nightingale est morte en 1910, à l’âge de 90 ans. Jusqu’à la fin de sa vie, elle s’est efforcée d’améliorer les soins aux blessés de guerre, les normes en matière de santé publique, a insi que le statut et la formation du personnel infirmier. L’action qu’elle a menée est toujours vivante dans les esprits et Florence Nightingale demeure encore aujourd’hui un symbole d’altruisme et de dévouement remarquable. Il est donc peut-être opportun, qu’à une autre époque et dans le cadre d’un conflit très différent, une infirmière afghane soit honorée de la médaille Florence Nightingale pour des qualités similaires d’engagement exceptionnel, de courage et de dévouement.