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Afghanistan : dans un coin tranquille de l’hôpital Mirwais, les blanchisseuses vaquent à leurs occupations

05-10-2009 Éclairage

On pourrait facilement minimiser l’importance du travail des blanchisseuses et des couturières au bon fonctionnement du plus grand hôpital du sud de l’Afghanistan. Sans elles, pourtant, l’établissement cesserait de tourner. Jessica Barry (CICR) nous parle des difficultés auxquelles ces femmes sont confrontées ainsi que de la force et du courage qu’elles déploient pour les surmonter.

     

    © CICR/J. Barry      
   
    « À la maison, nous sommes le chef de famille», déclare Jamila, mère de huit enfants.      
         

Au cœur de l’agitation régnant autour des 350 lits de l’hôpital Mirwais – le plus grand centre de soins du sud de l’Afghanistan –, il serait facile de minimiser l’importance de la contribution des blanchisseuses et des ouvrières de l’atelier de couture au bon fonctionnement de l’établissemen t. Sans elles, l’hôpital risquerait bien de se retrouver paralysé. En effet, ce sont elles qui, entre autres tâches, lavent et repassent les draps de lit et confectionnent les compresses de gaze, les pyjamas des patients et les blouses des médecins. 

L’hôpital Mirwais, qui est géré par le ministère de la Santé publique, reçoit le soutien du CICR depuis une quinzaine d’années. Aujourd’hui, plus de 20 expatriés et collaborateurs locaux de l’institution y travaillent. 

À la fin des années 90, alors que les talibans contrôlaient presque tout l’Afghanistan, les femmes et les enfants étaient cantonnés à la maison. Les ouvrières de Mirwais, des veuves de guerre pour la plupart, bénéficiaient d’une autorisation spéciale délivrée par les autorités, qui jugeaient leur travail indispensable, au même titre que celui des membres du personnel médical.

Ces huit dernières années, la situation a beaucoup évolué en Afghanistan, mais pour les blanchisseuses de Mirwais, rien n’a changé.

« À la maison, nous sommes le chef de famille, et tout repose sur nos épaules », témoigne Jamila, mère de huit enfants.

Certaines de ces femmes travaillent à l’hôpital depuis 15 ans ou plus. À l’époque, on devait aller chercher l’eau destinée à la blanchisserie chez les voisins, et la lessive se faisait à la main. Depuis, les locaux ont été modernisés et le CICR a installé de nouvelles machines à laver l’an passé.

S’il est vrai que les locaux où elles travaillent sont situés à l’écart, près de la pharmacie, presque rien de ce qui se passe à Mirwais n’échappe à leur attention. Dans l’atmosphère embuée de la blanchisserie, les blouses des chirurgiens et le sang qui macule les draps et les couvertures sont là pour leur rappeler quotidiennement le conflit qui déchire le sud de l’Afghanistan. Dans la pièce contiguë qui leur sert d’atelier de couture, sept femmes pl ient des heures durant des bandes de gaze blanche pour faire les compresses qui serviront à panser les blessures. Elles en confectionnent des milliers chaque jour ; et lors d’afflux massifs de blessés, leur charge de travail est multipliée par deux.    
    © CICR/J. Barry      
   
    Afghan Gul (à gauche) et Jamila s’arrêtent quelques minutes de plier les bandes de gaze pour suivre la conversation.      
         

À l’étage, dans les couloirs bondés de l’hôpital, la guerre se lit sur les visages ridés des vieux gardiens. Tout comme les brancardiers et les balayeurs nonchalants, ils savent, peut-être mieux que quiconque, absolument tout ce qui s’y passe. Postés à l’entrée des chambres et dans les longs couloirs, ils voient défiler les malades et les morts. Ils sont là lorsque les futures mamans sont emmenées en salle d’accouchement. Ils échangent des sourires avec elles lorsque, soulagées, elles emmaillotent leur pr emier-né. Ils partagent la souffrance des parents dont les enfants sont atteints de maladies incurables et des combattants blessés au front.

  Aujourd’hui, plus que jamais, les chambres de l’hôpital sont combles  

Pendant leurs rares moments de répit, dans l’atelier de couture isolé, les femmes se réunissent pour bavarder. Assises en tailleur sur le tapis décoré de motifs traditionnels, la couturière en chef, Afghan Gul, reste pensive lorsqu’on lui demande ce qu’elle préfère faire quand elle est à la maison. « J’aime coudre, répond-elle sans le moindre soupçon d’ironie. Quand j’ai fini de faire les vêtements pour toute la famille, je confectionne de petites choses pour les enfants qui vont naître. » 

Ces femmes ont traversé beaucoup d’épreuves ensemble. Au plus fort de la guerre, elles ont dû se faufiler entre les balles et les roquettes pour se rendre au travail. Il n’est donc pas étonnant qu’elles soient aujourd’hui très soudées. Elles se rendent visite régulièrement et se réunissent les jours de fête ou pour célébrer les anniversaires. 

Peut-être est-ce le réconfort mutuel qu’elles s’apportent qui leur permet d’être aussi positives losqu’elles racontent leur quotidien et rêvent de renouveau. 

À leur manière, les discrètes ouvrières de Mirwais sont un bon exemple de ce que le cœur humain peut offrir de meilleur : courage face au danger, compassion pour les autres, et amour à l’égard des leurs. La vie ne les a peut-être pas épargnées, mais elle leur a également appris à surmonter l’adversité.