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VIH/SIDA dans les prisons : les défis à relever

28-11-2008 Éclairage

Le 1er décembre est la journée mondiale du sida. Pour marquer cette date importante, Raed Aburabi, le coordonnateur du CICR pour les questions de santé en milieu carcéral, décrit le travail entrepris par l’institution pour lutter contre le VIH/SIDA dans les prisons. Il souligne la gravité du problème et les difficultés que posent le traitement des détenus malades.

     

    ©CICR      
   
    Raed Aburabi, coordonnateur du CICR pour les questions de santé en milieu carcéral      
         

  Le VIH/SIDA est-il un problème majeur dans les prisons ?  

Dans de nombreuses prisons à travers le monde, et tout spécialement dans les zones de conflits, on enregistre un taux élevé d'infection par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) – un virus qui attaque le système immunitaire, rendant le patient vulnérable à toute une série de maladies, et qui cause finalement le syndrome d’immunodéficience acquise (sida). En même temps, la tuberculose (TB), la syphilis, diverses souches de virus de l’hépatite virale et d’autres maladies contagieuses se retrouvent aussi fréquemment dans les prisons. En fait, le VIH et la TB sont des maladies dites « jumelles », car elles se nourrissent l’une l’autre.

Dans la plupart des pays, le taux d’infection par le VIH tend à être significativement plus élevé dans les prisons que dans la population en général, même si la prévalence varie considérablement d'un endroit à l'autre. Plusieurs pays ont signalé un taux de l'ordre de 10 à 20% dans le milieu carcéral. Toutefois, on ne connaît pas l'étendue de l’épidémie dans les prisons des pays à bas revenus.

Plusieurs facteurs, dont la surpopulation, le tatouage et la toxicomanie, font des prisons un terrain propice à la transmission de l'infection TB/VIH. L'injection de drogue avec des seringues partagées, non stériles, explique probablement la plupart des nouveaux cas de VIH dans les prisons. Les rapports sexuels sans protection entre hommes (parfois le viol) est un autre facteur important de transmission parmi les détenus.

Le VIH/SIDA est donc, sans conteste, un problème majeur dans les prisons.

  Que fait le CICR pour lutter contre ce problème ?  

     
    ©CICR/T. Gassmann/v-p-bi-n-00077-35      
   
    Une prison au Burundi.      
         

Le CICR est en première ligne pour s'attaquer à ce problème. Les délégués de l'institution visitent des détenus dans presque 80 pays, sur l’ensemble du globe, afin de s’assurer que leurs conditions de détention et le traitement qui leur est réservé sont acceptables. Le personnel médical du CICR repère, évalue et classe par ordre de priorité les problèmes de santé, notamment la TB et le VIH/SIDA, qu'il rencontre dans les prisons où il se rend.

Le CICR a participé activement à des programmes de lutte contre le VIH/SIDA dans diverses prisons, notamment en Arménie, en Azerbaïdjan, en Géorgie et au Kirghizistan. En Afrique, il réalise des programmes dans différents pays tels que le Burundi, la Côte d'Ivoire, le Rwanda, le Swaziland et l'Ouganda.

Le CICR attire l’attention sur le problème et essaie de faire en sorte que les parties qui peuvent avoir une influence, notamment les États, les organisations internationales, les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ainsi que les milieux médicaux, assument leurs responsabilités.

Le CICR ne traite pas lui-même les prisonniers atteints par le VIH/SIDA en leur administrant des anti-rétroviraux, mais il s'efforce plutôt de créer les conditions qui permettront un traitement efficace. En Ouganda, par exemple, le CICR a lancé un projet pilote dans trois prisons, dont le but était d’améliorer la santé des détenus en renforçant la capacité des services de médecine pénitentiaire ougandais à offrir des traitements contre le VIH/SIDA, la TB et le paludisme qui soient équivalents à ceux qui sont pratiqués hors des murs de la prison. Le CICR a également fourni aux services médicaux des prisons et au ministère de la Santé un modèle éprouvé et efficace pour améliorer la prévention et le traitement du VIH, de la TB et du paludisme dans tout le système carcéral avec les ressources disponibles. Des projets semblables vont maintenant être entrepris par les autorités dans d'autres établissements de détention.

  Quelle est l'approche du CICR?  

Le CICR travaille en partenariat avec diverses parties intéressées. Il collabore avant tout avec les gouvernements pour que ceux-ci manifestent leur volonté politique de s'attaquer au problème. Comme le VIH/SIDA a des implications sociales, sanitaires et économiques, il est important que les différents organes gouvernementaux coopèrent pour pouvoir mettre en œuvre un programme cohérent. Le CICR travaille également avec les autorités locales, les ministères de la Santé et la communauté internationale, pour ne citer que quelques-uns de ses partenaires.

Avant de lancer un programme de lutte contre le VIH/SIDA dans une prison, le CICR essaie de voir comment la maladie y est contractée ou propagée. Ces informations, et le fait de comprendre comment la prison est gérée, permettent au CICR d’élaborer des stratégies.

Par exemple, dans les prisons azerbaïdjanaises, le CICR a collaboré avec des fonctionnaires gouvernementaux pour évaluer leurs connaissances ainsi que l'attitude et la pratique adoptées face au VIH/SIDA, afin de voir comment il peut contribuer à donner au VIH une place prioritaire.

Pour qu’un programme de lutte contre le VIH/SIDA dans les prisons soit efficace, il est essentiel que le traitement offert soit semblable à ceux qui existent à l’extérieur, dans la communauté dans laquelle le détenu va probablement retourner. Comme le VIH/SIDA nécessite un traitement à vie, il faut que la communauté soit capable de poursuivre le traitement commencé en prison lorsque le détenu sera libéré. Dans ce sens, le CICR collabore étroitement avec les Sociétés nationales pour assurer un traitement et un suivi adéquats.

  Quelles sont les difficultés que pose le traitement du VIH/SIDA dans les prisons ?  

     
    ©CICR/F. Clarke/v-p-az-e-00048      
   
    Une prison en Azerbaijan.      
         

Le VIH/SIDA se distingue d'autres maladies à cause de diverses considérations d’ordre sociétal, culturel, médical et éthique. Certains pays nient l’existence du problème, d'autres en font un sujet tabou.

Persuader les pays de faire de ce problème une question prioritaire est un véritable défi. En général, les prisons se trouvent assez bas sur la liste de financement du gouvernement. Il est nécessaire de faire reconnaître aux autorités politiques que les détenus sont des membres de la communauté qui sont temporairement incarcérés mais qui rejoindront le monde extérieur tôt ou tard.

Par ailleurs, les pressions qui s'exercent sur les patients et le personnel sont énormes. Souvent, les services médicaux des prisons ne sont pas du même niveau que ceux dont bénéficie la population, et de ce fait, il arrive que des détenus refusent un traitement. En outre, le VIH/SIDA est perçu comme une affaire privée, et les gens hésitent à faire le test à cause de la honte liée à la maladie ou parce qu'ils ne font pas confiance au système de santé.

Et puis, il ne faut pas oublier les coûts. Les conditions de vie dans les prisons dépendent du niveau de développement économique des pays dans lesquels celles-ci sont situées, et il en va de même de la qualité des services médicaux. Même si le coût du traitement contre le VIH/SIDA a baissé au cours des ans, certains pays en développement ne peuvent toujours pas le payer. De plus, il faut former le per sonnel médical et effectuer des tests en laboratoire. Ces coûts supplémentaires doivent être assumés par un système dont les ressources sont déjà insuffisantes.