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Burundi : les combats jettent des milliers de personnes sur les routes

27-05-2008 Éclairage

Depuis la reprise des affrontements mi-avril, de nombreuses collines se vident et se repeuplent au rythme des combats. Le CICR et la Croix-Rouge du Burundi aident personnes déplacées et victimes à survivre dans cet environnement.

 

CICR et CRB : répondre aux besoins les plus urgents 
   
Les équipes du CICR ont aménagé plusieurs sources et fontaines afin de permettre aux déplacés et aux populations qui les accueillent de disposer d'eau en quantité suffisante. De plus, une trentaine de blessés civils ont été pris en charge par l'équipe médicale du CICR, la plupart ayant été évacués des zones de combat et transférés dans un hôpital de Bujumbura. La CRB, de son côté, procède à l'enterrement des cadavres et à la désinfection des lieux.
   
    Des dizaines d'enfants, séparés de leurs parents durant leur fuite, ont par ailleurs été enregistrés. Leurs noms et leurs photos ont été affichés dans les lieux de regroupement des personnes déplacées. De nombreux parents à la recherche de leurs enfants se sont également annoncés auprès du CICR et de la CRB. "À ce jour, la plupart des familles ont ainsi pu être réunies, souvent de manière spontanée", se réjouit Paolo Spoto, délégué CICR.
     
           
   
© CICR / Claire Kaplun 
   
Evelyne est venue chercher de l'aide pour elle et ses cinq enfants. 
        Evelyne porte sa petite sur son dos. Enveloppée dans un pagne aux teintes orangées, l'enfant de neuf mois observe impassible le remue-ménage qui anime, plus qu'à l'accoutumée, la place centrale de Muyira. Sur les hauteurs qui surplombent la capitale burundaise, une vingtaine de volontaires de la Croix-Rouge du Burundi (CRB) et de collaborateurs du CICR déchargent d'un camion des ballots de couvertures, des jerrycans et des cartons de savon.

Près de 4000 familles ont déjà bénéficié de l'assistance en biens de première nécessité du CICR et de la CRB au cours des dernières semaines. Les distributions ont ciblé en priorité les ménages avec enfants en bas âge, les personnes âgées, les adultes handicapés ou encore les enfants séparés de leurs parents par les affrontements.

À Muyira, dans une cacophonie assourdissante, femmes, enfants et vieillards attendent que la distribution commence. Certains sont pieds nus. La plupart s'abritent du soleil sous des parapluies aux tons chatoyants. Dans le calme, sans bousculade, malgré la chaleur de la mi-journée en saison sèche, chacun répond à l'appel de son nom, s'avance et prend ce qui lui est attribué. Evelyne est là, elle aussi, arrivée à l'aube depuis le village voisin où elle a trouvé refuge.

Voilà quatre jours qu'elle a fui sa colline de Sagara. Son mari, lui, n'était pas à la maison lorsque les combats ont éclaté sur les hauteurs alentour. Elle s'est engagée avec ses cinq enfants sur les chemins de terre qui sillonnent les reliefs vallonnés de cette province rurale. Elle a marché, loin du bruit des armes. Loin des accrochages qui opposent, depuis la mi-avril l'armée burundaise au Front national de libération (FNL), un mouvement d'opposition armée.

Evelyne s'est fi nalement arrêtée à Kirombwe, à environ cinq kilomètres de chez elle. Elle a trouvé là de très nombreuses familles venues chercher comme elle un peu de répit et de sécurité. " La première nuit, raconte-t-elle, nous n'avons pas mangé. Nous avons dormi dehors, sur du ciment. Ensuite, j'ai trouvé à nous approvisionner au marché. Et nous avons pu nous abriter à l'intérieur d'une école. "

Comme un millier de personnes en ce vendredi de mai, elle a parcouru, à pied, les trois kilomètres qui séparent Kirombwe de Muyira, pour recevoir un peu d'aide. Deux couvertures, 800 grammes de savon et un jerrican de 20 litres, qui lui permettra de s'approvisionner en eau avant de reprendre la route. La route de son village.

Evelyne a en effet choisi de prendre le chemin du retour. Ce soir, elle rejoindra son mari. Elle sait déjà que les portes de sa masure ont été défoncées et la plupart de ses biens pillés. Mais ses enfants et elle retrouveront probablement un toit. Elle espère surtout que la paix revienne dans les collines.