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Tchad / Soudan : un ancien enfant soldat se rappelle son passé

14-01-2011 Éclairage

Parti se battre au Darfour à l'âge de 13 ans, Mohammed a eu la chance de se faire capturer par l'ennemi. En effet, pendant son séjour en prison, ce jeune Soudanais a eu la visite des délégués du CICR et grâce à eux, il a pu retourner auprès de sa famille qui, entre-temps, s'était installée au Tchad. Il nous parle du désespoir, de la joie de la réunification familiale et du délégué du CICR qui avait appris l’arabe.

C'est la deuxième fois que des délégués du CICR rendent visite à Mohammed depuis qu'il est retourné à Abéché, la principale ville de l'est du Tchad. Mohammed est un ancien enfant soldat soudanais qui, après avoir passé de longues années dans les rangs d'un groupe armé au Darfour, a pu rentrer dans sa famille grâce à l'aide du CICR.

Il accueille les délégués du CICR devant la petite maison de ses parents, impatient de répondre à leurs questions. L'équipe du CICR veut s'assurer que Mohammed va bien et que sa réinsertion dans sa famille et sa communauté se passe bien. Heureusement, alors que d'autres anciens enfants soldats projettent une image de violence et de peur, ce qui rend leur acceptation difficile, le jeune homme donne l'impression d'être bien intégré et bien adapté à son environnement.

« Après plusieurs tentatives de recherche d'emploi qui n'ont pas abouti, je suis maintenant engagé comme aide chauffeur, » raconte Mohammed. « Cela me permet de me prendre en charge, et surtout de faire vivre les dix membres de ma famille. »
Pouvoir passer ses journées avec ses proches est un luxe pour Mohammed, qui se rappelle avec émotion ce qu'a été sa vie avant de pouvoir connaître cet heureux dénouement.

Mohammed et sa famille ont été victimes de la violence au Darfour. Quand la situation s'est aggravée en 2003, cet enfant de 12 ans et sa famille ont dû quitter leur village pour trouver refuge à Nyala, la capitale du Sud Darfour, puis à Am Nabak, un camp de réfugiés à l'est du Tchad.

Un an plus tard, de sa propre initiative, Mohammed est retourné au Soudan, où il a combattu dans les rangs d'un des groupes armés qui luttaient au Darfour. En 2008, lui et d'autres combattants de son groupe sont tombés aux mains de leurs adversaires et ont été placés en détention.

 

La simple présence de ces délégués a été importante. Nous nous sommes sentis moins oubliés et moins livrés à nous-mêmes.

« Le fait de me retrouver en prison et de ne voir que les gardiens et la clôture du lieu où j'étais détenu ont éveillé en moi des sentiments indescriptibles, dit-il. J'étais frustré, triste et j'avais de plus en plus de mal à accepter ma situation.

Le plus dur à vivre et à accepter a été la perte de contact avec ma famille, et dans une certaine mesure aussi avec mes amis et mes compagnons d'arme. Mon cœur et mon esprit étaient constamment avec ma famille. Je ne vivais pas un seul jour sans me demander quand je la reverrais. Je luttais contre un sentiment de désespoir qui devenait de plus en plus fort.

Tout ce que je voulais, c'était de pouvoir contacter ma famille. Je savais que cela atténuerait l’incertitude et la solitude que je ressentais tout en m'apportant une grande consolation.

Les équipes du CICR nous rendaient régulièrement visite. Je me souviens en particulier d’un délégué du CICR qui n'était pas Arabe mais qui parlait couramment la langue. Cela me faisait beaucoup de bien de m'entretenir avec lui. Parfois nous discutions pendant de longs moments. Il était très respectueux.

La simple présence de ces délégués a été importante, pour moi comme pour beaucoup d'autres internés. Nous nous sommes sentis moins oubliés et moins livrés à nous-mêmes.

Le CICR nous a rendus des services très importants. Le médecin du CICR, par exemple, examinait les cas médicaux urgents et les signalait à ceux qui nous détenaient. C’était très important pour nous.

Le CICR nous a aussi fait bénéficier de son programme de rétablissement des liens familiaux, ce qui m'a permis, après tant d'années, d'entendre au téléphone la voix de ma mère et de voir son écriture sur les messages Croix-Rouge qu'on s'échangeait. Mais la nouvelle que j'ai été le plus heureux d'entendre a été l'annonce que le CICR pouvait aider certains d'entre nous, en tant qu'enfants soldats démobilisés, à rejoindre nos familles.

Après avoir obtenu l'accord de ma famille et effectué toute une série de formalités pendant un temps qui m'a paru interminable tellement j'étais pressé de revoir les miens, le CICR a engagé le processus de réunification.

Le jour du départ est enfin arrivé. L'avion s'est d'abord posé à El Geneina, au Darfour, où certains d'entre nous ont retrouvé leurs parents. Puis il a fallu attendre encore six longues journées avant de reprendre l'avion pour Abéché au Tchad, où ma mère m'attendait impatiemment. Ça a été très émouvant, surtout quand nos regards se sont croisés pour la première fois depuis si longtemps. Retrouver ma mère et ma famille après cette longue période passée au combat a été une joie indescriptible que je n'oublierai jamais. »