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Érythrée : soigner le bétail pour améliorer les moyens d’existence

19-07-2010 Éclairage

Bien que la guerre qui a opposé l’Érythrée et l’Éthiopie entre 1998 et 2000 soit terminée depuis longtemps, le CICR reste actif en Érythrée, où il soigne les troupeaux des personnes qui se sont réinstallées dans les régions durement touchées par le conflit armé. Récit du collaborateur du CICR Michael Kifle.

     
©CICR/E. Becurezion 
   
    Région de Debub. Un vétérinaire du ministère de l’Agriculture administrant un traitement au bétail dans le village de Golo.      
               
©CICR/B. Woldemichael 
   
    Région de Gash Barka. Un vétérinaire du ministère de l’Agriculture vaccinant du bétail dans le village d’Anagulu.      
               
©CICR/E. Becurezion 
   
    Région de Debub. Un vétérinaire du ministère de l’Agriculture faisant une injection à un chameau dans le village de Mai Guduf.      
           

La sécheresse est l’une des principales causes de la faible productivité de l'élevage en Érythrée. La saison des pluies a normalement lieu de juillet à septembre, la saison sèche durant neuf mois, d'octobre à juin. À partir de décembre, il y a de moins en moins de pâturages et chaque année, la période la plus critique est celle qui va de mars à juin. 

En plus de la sécheresse, la guerre de 1998-2000 avec l’Éthiopie n'a fait qu'aggraver le mauvais état de santé des troupeaux dans les régions frontalières avec l’Éthiopie. De nombreux animaux sont morts ou ont été perdus, et les troupeaux ont été disséminés.

  Maintenir les animaux en vie pendant la saison sèche  

Le CICR s'efforce de réduire le nombre de têtes de bétail qui meurent pendant la saison sèche en mettant en œuvre des traitements anti-parasitaires. En étroite coopération avec le ministère de l’Agriculture érythréen, le CICR mène des campagnes de traitement du bétail dans plus de 100 villages des régions de Gash Barka, de Debub et de la Mer Rouge méridionale, qui font frontière avec l’Éthiopie. 

À ce jour, plus d’un million d’animaux d’élevage, notamment des cochons, des vaches, des ânes et des chameaux, ont été traités contre les endoparasites et les ectoparasites. « Généralement, les animaux traités produisent plus de lait ou donnent davantage de viande. Ils ont également plus de chances de survivre à la sécheresse », a expliqué Vera Eames, déléguée du CICR chargée de la sécurité économique en Érythrée, ajoutant : « Des animaux en meilleure santé sont synonymes de moyens d’existence renforcés. Nos progr ammes vétérinaires ont déjà aidé près de 180 000 personnes, soit plus de 36 000 foyers. »

  Des animaux en bonne santé comme moyen de survie  

De nombreuses personnes dépendent de leur bétail pour survivre. Ibrahim Saleh, un ancien du village de Golo, dans la région de Debub, en fait partie. « Grâce au traitement dispensé à notre bétail, qui nous permet de vendre des animaux en bonne santé, nous pouvons maintenant obtenir des revenus pour subvenir aux besoins de nos familles et acheter de la nourriture et des vêtements pour nos enfants », a-t-il déclaré.

À l’origine, l’objectif du CICR était, dans le cadre de son intervention d'urgence, de traiter les animaux contre les parasites une fois par an, en mai ou juin, vers la fin de la longue saison sèche. En 2009, à la suite d’une recommandation du ministère de l’Agriculture, le CICR a décidé de mener ses campagnes vétérinaires deux fois par an, avant et après la saison des pluies, afin d’améliorer la productivité du bétail. 

Des vétérinaires du ministère de l’Agriculture et du CICR ont ainsi été divisés en quatre groupes pour couvrir les différentes régions administratives. Toutes les équipes, composées de six à neuf personnes chacune, ont reçu tous les produits nécessaires. Les dates de chaque traitement avaient été fixées longtemps à l’avance avec les administrateurs des villages. Sachant quand auraient lieu les visites des équipes de vétérinaires, les villageois ont installé des clôtures provisoires de manière à regrouper leurs animaux et à permettre à la procédure de se dérouler rapidement.

  Plus de lait, donc plus d'argent  

L’évaluation du programme qui en a été faite a posteriori et qui a inclus des entretiens av ec les éleveurs, a révélé une diminution notable du nombre de tiques (parasites externes) sur les animaux quelques jours après le traitement. « Jamais nos animaux n’ont gagné autant de poids en si peu de temps. Nous produisons désormais plus de lait, et en vendant des produits dérivés de ce lait, nous gagnons de l’argent », a expliqué Ali Ahmed, un fermier du village de Mai Guduf, dans la région de Debub, confirmant ainsi l’efficacité du traitement contre les parasites. 

  Un produit miracle  

Les fermiers de la région de Gash Barka ont aussi apprécié l’assistance fournie et parlent désormais de l’Ivermectine, le produit utilisé, comme de l’« engraisseur ». « Nos animaux sont notre banque. Nous dépendons totalement d’eux pour gagner notre vie. Avec l’argent que nous rapporte la vente de notre bétail, nous pouvons payer ceux qui ont des tracteurs pour qu’ils labourent nos champs », a expliqué Kahsay Semere, un fermier du village d’Anagulu.

La réduction des endoparasites et des ectoparasites permet aux animaux affaiblis de mieux tirer parti des maigres ressources en fourrage dans les différentes régions. Les traitements permettent également aux animaux de mieux résister aux diarrhées provoquées par le fourrage frais au début de la saison des pluies. Grâce à ces traitements, l'état de santé des animaux d’élevage s'améliore et leur taux de mortalité diminue.

En collaboration avec le ministère de l’Agriculture, le CICR prévoit en 2010 de traiter un demi-million d'animaux d'élevage dans les trois régions frontalières.