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Guinée-Bissau : le CICR contribue au renforcement des capacités du système de santé national

11-03-2010 Éclairage

Le système de santé en Guinée-Bissau est paralysé par le manque de médicaments, de matériel et d'équipement, ainsi qu'en raison du départ de nombreux professionnels de la santé qui quittent le pays, à la recherche d'une meilleure situation. En conséquence, l'accès à des soins médicaux adéquats est très limité, y compris pour les personnes blessées par armes et par mines.

« Le problème principal est le manque de matériel et d'équipement », déclare le docteur Romão Nhaga, chirurgien et directeur clinique de l'hôpital national Simão Mendes, la plus grande structure de santé du pays, qui date de l'époque coloniale.

« Bien qu'il soit le centre de référence national, l'hôpital ne compte que six grands services : médecine, chirurgie, maternité, pédiatrie, ophtalmologie et orthopédie. Tout comme d'autres services moins importants, ces grands services ne comptent qu'un ou deux spécialistes par domaine, ce qui est insuffisant pour faire face aux besoins », regrette le chirurgien.

« Outre la pénurie en matériel et en équipements, le système de santé guinéen souffre d'une pénurie en ressources humaines et d'une fuite des professionnels vers l'étranger. La preuve en est qu'en ce moment, il n'y a que six chirurgiens qui travaillent dans les services chirurgicaux », précise-t-il.

« De plus, l'espace dont dispose le bloc opératoire est très restreint. Quand il a été construit, il a été conçu pour une ville de 200 000 habitants. Aujourd'hui, la ville est en pleine croissance et compte plus de 400 000 habitants. Il est donc insuffisant » ajoute-t-il.

La situation est similaire dans d'autres services ; l'unité des soins intensifs, les services pédiatriques et la maternité, par exemple, fonctionnent de façon déficiente, par manque d'appareils d'oxygène, de réanimation et d'aspiration, et par manque d'espace pour les hospitalisations. En périodes d'épidémies notamment, il y a des moments où deux patients doivent partager le même lit.

Avec le soutien de ses partenair es, le gouvernement s'est engagé à renforcer et améliorer le système de santé. En ce qui concerne les infrastructures, la Banque africaine de développement (BAD) a récemment financé la construction de nouvelles installations pour l'hôpital national Simão Mendes et la remise en état des installations existantes qui étaient déjà dégradées.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui a ouvert un bureau à Bissau en 1998, a apporté une aide ponctuelle au gouvernement, mais aussi et surtout aux victimes des conflits armés et des troubles que traverse le pays.

À cause des conflits armés et des problèmes internes qu'a connus la Guinée-Bissau, de nombreux Guinéens ont souffert et continuent de souffrir des traumatismes que leur ont provoqués les blessures causées par des armes à feu et des mines.

Samba Djau, de 45 ans, qui a survécu à l'explosion d'une mine, vit aujourd'hui dans une situation proche du désespoir. « Malgré plusieurs opérations chirurgicales après l'accident, ma vie est à jamais paralysée. Depuis que j'ai été mutilé, je ne peux plus avoir de poste dans la caserne, car seuls les hommes sains et aptes peuvent y travailler. »

Avec le soutien du CICR, le ministère de la Santé a organisé, en novembre 2009, un séminaire sur « Le traitement des personnes blessées par des armes à feu ou des mines ». Ce séminaire, suivi par près de 30 médecins et infirmiers, civils et militaires, a permis de présenter des techniques simples et fiables pour sauver des vies et réduire les séquelles des traumatismes provoqués par les armes à feu et les mines. En parallèle, le CICR a donné des médicaments et quelques équipements aux services chirurgicaux de l'hôpital national Simão Mendes.

Au-delà des thèmes qui ont été abordés pendant le séminaire ­– « Blessés de guerre présentant des fractures », « Blessures cranio-céphaliques ouvertes », « Infections et antibiotiques en chirurgie de guerre » – le doct eur Nardini, chirurgien du CICR qui a dirigé le cours, a eu un échange d'expériences avec ses confrères guinéens, avec qui il a discuté de cas concrets.

« Une personne blessée par une mine perd du sang pendant les premières minutes, mais le saignement cesse peu à peu, car l'explosion brûle immédiatement les vaisseaux sanguins et les neutralise », déclare le docteur Lassana Indjai, qui raconte ce qu'il a vécu en 2006 pendant le conflit armé à Sao Domingos, à la frontière entre la Guinée-Bissau et le Sénégal, quand les blessés arrivaient à l'hôpital militaire principal qu'il dirige et où il travaille comme chirurgien.

Pour ce médecin militaire, qui a reçu une formation en clinique générale et dispose aujourd'hui d'une grande expérience en chirurgie, les professionnels sont presque toujours obligés d'intervenir, car ils ne peuvent laisser les malades saigner. « Le médecin africain doit avoir des compétences générales et complètes, c'est-à-dire qu'il doit avoir un minimum de connaissances dans chaque domaine », explique-t-il.

En fait, comme ces disciplines ne sont pas enseignées dans les universités, la plupart des chirurgiens en médecine qui ont suivi cette formation (dont la majeure partie avait une formation de base en clinique générale) ne connaissait pas les techniques de chirurgie de guerre.

Pendant le séminaire, les participants ont reçu des informations sur les droits et les devoirs des équipes de santé prévus dans le droit international humanitaire, et sur les techniques de premiers secours.