Haïti : le CICR explique son mandat aux forces de police
28-10-2005 Éclairage
778 nouveaux policiers, dont 35 femmes, ont été formés pour renforcer la Police nationale haïtienne à l'approche des élections. Avant un déploiement sur le terrain, le CICR leur a rappelé son propre rôle car délégués et policiers sont amenés à se revoir. Un reportage de Jean-Yves Clémenzo.
Académie de police de Port-au-Prince. Il est 9 heures ce matin de fin août. Cent soixante aspirants policiers, vêtus de polos blancs et de shorts bleus, arrivent en file et s'installent silencieusement dans la grande salle du centre de formation. Ils vont participer pendant trois heures à une séance durant laquelle des collaborateurs du CICR parleront de divers sujets, telles que l'action de l'organisation en Haïti ou l'obligation légale de respecter le personnel arborant l'emblème de la croix rouge.
Les chefs de groupe des deux classes annoncent que les élèves sont prêts. La session débute par un film retraçant les activités du CICR. Sur fond d'images de conflits armés, le film pose des questions cruciales parmi lesquelles : " Existe-t-il encore une place pour l'action humanitaire ou la dignité des victimes? "
Ces messages forts touchent les esprits des aspirants qui suivent une formation de quatre mois avant d'être affectés dans tout le pays. Jacob Charles, assistant en communication pour le CICR, leur explique en créole l'histoire de la Croix-Rouge, ses principes d'humanité, d'impartialité et de neutralité. Il poursuit en donnant des informations sur l'usage des emblèmes de la croix rouge et du croissant rouge.
Respect de l'emblème
" Ces emblèmes sont très importants pour les blessés, les délégués du CICR et les volontaires de la Croix-Rouge car ils servent à les protéger " , précise Jacob. En Haïti, l'évacuation des blessés peut s'avérer dangereuse, surtout dans les quartiers populaires de Port-au-Princ e qui connaissent depuis plusieurs années une violence endémique.
Le CICR travaille notamment dans le quartier de Cité Soleil, où il réhabilite le système de distribution d'eau, effectue des travaux d'assainissement et soutient des secouristes de la Croix-Rouge haïtienne. Ces derniers évacuent régulièrement des personnes qui souffrent de blessures par balles. À la sortie du quartier, les secouristes peuvent être contrôlés par la police ou par les Casques bleus de la MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti).
L'usage de l'emblème et l'évacuation des blessés intéressent particulièrement les aspirants. " Peut-on stopper les ambulances et contrôler les secouristes ? " , demande l'un d'entre eux. Un délégué répond que le CICR ne s'oppose pas aux contrôles dans le cadre du travail de la police, mais que toute personne blessée a le droit de recevoir des soins dans les meilleurs délais.
Un autre aspirant s'interroge sur les types de sanctions qui peuvent être prises à l'encontre des personnes utilisant de façon abusive l'emblème de la croix rouge. Plusieurs questions portent sur les difficultés rencontrées sur le terrain, sur les moyens de prévenir la guerre et ou le financement du CICR.
Accès aux détenus
" Les policiers ou les hommes de l'ONU ne comprennent pas toujours le travail des organisations de la Croix-Rouge " , souligne Jean-Yves Clémenzo, délégué communication du CICR en Haïti. " Il est important de les sensibiliser à notre action car nous sommes appelés à nous revoir sur le terrain, quelquefois dans des environnements tendus ou violents. "
Comme le CICR effectue en Haïti des visites dans des commissariats de la capitale pour s'assurer que les conditions de détention sont co nformes aux normes internationales, il est nécessaire de préparer les policiers à collaborer avec les délégués.
" Il y a parfois une certaine réticence à accepter les délégués du CICR dans les lieux de détention, il faut donc que les policiers comprennent lors de leur formation que le CICR intervient avec l'accord des autorités et qu'il le fait pour tout le monde, quelle que soient les opinions politiques des détenus " , affirme l'inspecteur général, qui a lui-même suivi un cours en droit international humanitaire au mois d'août 2005 en Suisse.
Depuis le début de l'année, le CICR a organisé 7 séances de diffusion pour près de 1200 aspirants de l'Académie de police à Port-au-Prince. Des cours ont également été donnés aux commissaires et aux inspecteurs en formation ainsi que dans les commissariats de province à Cap-Haïtien au Nord du pays, et à Hinche et Mirebalais, dans la région de Plateau Central.
La police haïtienne, en pleine restructuration, doit faire face à des difficultés liées au manque de matériel, d'effectifs et de cadres pour la relève au niveau du commandement. Bientôt, les nouveaux policiers issus de la 17 e promotion vont se mettre à l'œuvre. Leur tâche ne sera pas facile dans un pays marqué par la violence et des crises humanitaires à répétition.
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