Haïti : "Sans eau, pas de vie"
12-07-2006 Éclairage
Dans le bidonville de Cité-Soleil, lieu d'affrontements violents entre les forces des Nations Unies et des bandes armées organisées, le CICR a réhabilité le réseau des fontaines publiques, assurant ainsi un meilleur accès à un bien essentiel à la survie de la population. Récit de Jacob Charles, collaborateur du CICR à la délégation de Port-au-Prince.
" C'est le directeur de l'école qui me permet de rester ici. En échange, je nettoie la cour et les salles de classe. Et pour pouvoir gagner un peu d'argent, je prépare de la nourriture que je revends aux élèves " , explique Lorémise.
Depuis 2004, Cité-Soleil est le théâtre d'affrontements violents entre des bandes armées organisées et les forces de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah). Les blessés parmi la pop ulation se comptent désormais par centaines. Malgré l'insécurité, la vie doit suivre son cours. Et pour nombre de femmes et d'enfants traditionnellement préposés à la collecte de l'eau, cette activité peut se révéler fatale.
Rétablir un accès correct à l'eau
Afin d'alléger le sort d'une population confrontée à la misère et à la violence, le CICR commence à réhabiliter fin 2004 le réseau de distribution d'eau potable dans un état de déliquescence avancée faute d'entretien. " L'important était de rétablir un accès correct à l'eau mais aussi de diminuer le risque de recevoir une balle perdue sur le chemin. Avant notre intervention, les femmes et les enfants pouvaient marcher des kilomètres pour trouver de l'eau " , souligne Pierre-Yves Rochat, l'ingénieur du CICR responsable du programme. Au mois de juin 2006, une trentaine de fontaines publiques sur les 53 existantes étaient fonctionnelles.
Le visage fermé, Lorémise évoque ces longs trajets quotidiens qu'elle effectuait pour ramener à la maison quelques litres d'eau. " Je marchais beaucoup pour aller acheter cette eau, parfois pendant une heure et demie, au-delà des limites de la Cité. La distance était multipliée par dix. Pour mes déplacements à l'extérieur de la Cité, je pouvais prendre un tap-tap (NDLR : un taxi collectif) mais comme les taxis ne pouvaient pas y rentrer, j'étais obligée de louer une brouette au retour pour transporter tous mes seaux. Souvent, l'eau se renversait, et il fallait courir pour se mettre à l'abri quand il y avait des tirs. "
Aujourd'hui, quand Lorémise va chercher l'eau à la fontaine, qui se trouve à une centaine de mètres de chez elle, un de ses enfants l'accompagne : " Je re mplis mes seaux, j'en apporte un à la maison pendant que mon enfant surveille ceux qui restent. Mais je suis toujours obligée de faire très vite et je suis vraiment stressée à l'idée de le laisser tout seul, au cas il y a des tirs. "
"Un réel soulagement"
" Cela a été un réel soulagement lorsque la Croix-Rouge a réparé cette fontaine à proximité, poursuit-elle. Vous ne pouvez pas imaginer comment nous sommes contents dans le quartier. " En 2005, les habitants de Cité-Soleil ont pu avoir accès à l'eau potable pendant 250 jours, une nette amélioration par rapport à l'année précédente.
Plus d'eau, plus régulièrement, dans de meilleures conditions de sécurité, Lorémise y trouve également son compte : " Les jours sans eau dans les fontaines m'obligent à acheter le seau à 5 gourdes (0.125 USD) dans les réservoirs appartenant à des particuliers. En revanche, il me revient à 3 gourdes (0.075 USD) dans les fontaines que la Croix-Rouge a réparées. Avec les économies ainsi réalisées, je peux me permettre de payer un tap-tap pour aller en ville acheter des patates que je fais bouillir et que je revends aux enfants de l'école avec une petite sauce. "
En partenariat avec la Centrale autonome métropolitaine d'eau potable, le CICR livre chaque semaine du carburant destiné au fonctionnement d'une des stations de pompage. Des travaux sont en train d'être effectués dans le but de remettre en route la station de pompage dans le secteur Duvivier. Lorsque celle-ci sera opérationnelle, l'objectif du CICR d'augmenter la production d'eau potable de 60 pour cent devrait être atteint.
" Sans eau, pas de vie " répète Lorémise à ses enfants.
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