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Kenya : aider à rétablir la normalité au Mont Elgon

30-12-2008 Éclairage

Les communautés agricoles de la région du Mont Elgon, au Kenya, ont été gravement perturbées par les violences en 2007. En étroite collaboration avec la Croix-Rouge du Kenya, le CICR a fourni aux habitants de la région vivres, semences et matériel agricole pour les aider à retrouver leur autonomie alimentaire.

Introduction

     

    ©CICR/F. Grimm      
   
    Mount Elgon, Kenya. Enfants au visage souriant de Chepkube, localité située en haute altitude    
          Mont Elgon – Faits et chiffres, 30 novembre 2008  

Face à la situation de violence au Mont Elgon, le CICR a entamé une collaboration avec la Croix-Rouge du Kenya en mai 2007. Si, au début, 40 000 personnes avaient besoin d'assistance, ce chiffre a rapidement augmenté à mesure que les conditions de sécurité se dégradaient. Lorsque la Croix-Rouge a mis fin à ses distributions en octobre 2008, elle aidait plus de 72 000 personnes déplacées de différentes divisions administratives du Mont Elgon : Cheptais, Kopsiro, Kaptama et Kapsakwony.

  Activités de la Croix-Rouge en   2007   :  

  • Dès le début des violences, en mai, 6 000 personnes ont reçu des articles ménagers : assortiments d'articles de cuisine, bâches, seaux, moustiquaires, kangas (pagnes généralement portés au Kenya), nattes pour dormir, jerrycans, savon, vêtements et couvertures.

  • En novembre, plus de 5 000 personnes déplacées ont reçu des vivres : huile de cuisine, maïs et fèves. Ce chiffre est passé à plus de 20 000 en décembre.

Les opérations ont doublé en 2008 :

  • 72 000 personnes ont bénéficié de vivres entre février et octobre. Chaque mois, chaque ménage recevait 37,5 kg de maïs, 12,5 kg de fèves, 5 l d'huile et 500 g de sel.

  • 42 000 personnes déplacées à l'intérieur du pays en mesure de cultiver des terres ont reçu des semences en avril, à savoir 10 kg de graines de maïs, 15 kg de graines de fève et 100 g de graines de légumes (carottes, choux, oignons, tomates et poivrons verts).

  • Les familles ont reçu des engrais (50 kg d'urée et 25 kg de DAP) ainsi que deux houes pour la culture de produits alimentaires.

  • 3 000 familles ont bénéficié d'une aide agricole e n octobre : 100 g de graines de légumes (oignons, carottes, choux et tomates) et 25 kg de DAP.

  • Le nombre de personnes ayant reçu des assortiments d'articles ménagers a atteint 30 000 à la fin du mois de novembre 2008.

  • Le CICR travaille également avec la Croix-Rouge du Kenya afin de réunir des familles dispersées à cause des violences.



La Croix-Rouge aide les habitants du Mont Elgon à repartir dans la vie

     

    ©CICR/F. Grimm      
   
Mount Elgon, Kenya. Des volontaires de la Croix-Rouge et des habitants du Mont Elgon déchargent des sacs lors d’une distribution de secours. 
                   

  Le Mont Elgon étant l’une des régions les plus fertiles du Kenya, il semble étonnant que la Croix-Rouge ait dû y distribuer des vivres. Mais depuis 2006, les violences ont forcé les habitants de cette zone à fuir, en abandonnant leur ferme.  

N'ayant plus de ferme ni d'argent, les habitants du Mont Elgon se sont tournés vers les organisations humanitaires pour pouvoir survivre. Le CICR est intervenu : en collaboration avec la Croix-Rouge du Kenya, il a commencé à soutenir les familles démunies.

Pendant près d'un an, la Croix-Rouge a distribué à 12 000 familles des rations mensuelles comprenant de l'huile de cuisine, du sel, du maïs et des fèves.

Un calme relatif est revenu dans la région, et un grand nombre de personnes sont rentrées chez elles. Mais la majorité des gens vivent chez des proches ou ont acheté un terrain ailleurs afin de s'y établir.

Elizabeth Chemutai est veuve et mère de plusieurs enfants. Elle a fui de sa maison construite dans le cadre d’un programme de redistribution des terres, à Chebyuk, une des zones les plus durement touchées par les violences. Elle habite depuis lors chez son oncle.

« Cela a été une période difficile, tout particulièrement pour les veuves, relève Elizabeth. Et pour couronner le tout, beaucoup d'hommes ont été enlevés ou ont dû fuir pour sauver leur peau. C'est pourquoi aujourd'hui, beaucoup de fermes du Mont Elgon sont dirigées par des femmes. »

     
    ©CICR/F. Grimm      
   
    Mount Elgon, Kenya. Une fois les camions du CICR prêts à repartir, les gens commencent à prendre les secours qui viennent d'être livrés.        
                 

Comme beaucoup d'autres, Elizabeth compte sur la Croix-Rouge pour se nourrir et subvenir à ses besoins. Depuis qu'elle n'a plus de terres à cultiver, il lui est devenu très difficile de nourrir ses cinq enfants. Lorsque la Croix-Rouge a distribué des vivres pour la dernière fois, elle est arrivée avec son panier et a fait la queue, comme elle l'avait fait maintes fois auparavant.

Parmi ceux qui attendaient, certains portaient des marques de violence. Leur angoisse était visible, car ils s'étaient habitués à voir arriver les camions et les véhicules tout-terrain remplis de vivres pour le mois.

Martin Geiywa fait partie du comité local qui contrôle les bénéficiaires pour s'assurer que seules les personnes qui en ont besoin reçoivent des rations alimentaires. Martin a quitté sa maison à Chebyuk en août 2006, quand il a vu un homme se faire tuer devant sa ferme.

     
    ©CICR/F. Grimm      
   
    Mount Elgon, Kenya. Des bénéficiaires de l'aide montrent leur carte de rationnement du CICR sur un lieu de distribution.        
                 

Martin a neuf enfants à nourrir avec les rations alimentaires distribuées chaque mois par la Croix-Rouge. Il dit que les vivres arrivent régulièrement depuis novembre 2007, lorsque la Croix-Rouge a commencé à venir en aide aux habitants du Mont Elgon.

« Cela va nous manquer quand la Croix-Rouge arrêtera les distributions de secours, mais ils ont mis sur pied un plan solide pour que nous fassions pousser nous-mêmes nos aliments. De plus, nos terres sont très fertiles, et nous retrouverons notre fierté quand nous recommencerons à vendre nos produits », déclare Martin.

Les dernières distributions ont eu lieu en octobre, mais les villageois étaient préparés bien à l'avance à la fin du programme.

« Nous voulions que les gens soient capables de subvenir à leurs besoins. En avril 2008, nous avons distribué les premières semences ainsi que des outils, en plus des rations alimentaires », explique Philippe Mbonyingingo, délégué du CICR.

Chaque famille a reçu des graines de maïs, de fèves et de légumes. Comme les familles n'avaient pas de matériel, la Croix-Rouge a donné à chacune d'elles deux houes et de l'engrais.

     
    ©CICR/F. Grimm      
   
    Mount Elgon, Kenya. Une volontaire de la Croix-Rouge vérifie les cartes de rationnement.        
                 

Elizabeth se rappelle avoir partagé les semences avec ses proches, car elles étaient pa rticulièrement bonnes, et tout le monde voulait sa part. Et les propriétaires qui avaient accepté de la laisser cultiver leurs terres voulaient quelque chose en retour.

« Sans terre à cultiver, vous avez les mains liées. Parfois, nous devons attendre que les propriétaires aient terminé leur récolte pour pouvoir planter nos semences », explique son amie Jane.

Les distributions prennent du temps, et vu l'état des routes, il est très fatigant de parvenir jusqu'aux différents lieux de distribution. Le lendemain, les volontaires de la Croix-Rouge étaient à Toiyendet, un des endroits les plus reculés, très haut sur le Mont Elgon.

Le chauffeur de camion du CICR a vite déchargé les semences et les engrais puis est reparti. « Nous devons rejoindre un terrain ferme avant l'arrivée des pluies, sinon nous risquons de nous enliser », lance-t-il.

Maintenant, les habitants de la région pourront se remettre à cultiver grâce au soutien de la Croix-Rouge.



Période de récolte sur le Mont Elgon

  Les fermiers du Mont Elgon récoltent une fois de plus les fruits de leur travail dans la campagne luxuriante du Kenya. Après avoir été obligés de partir à cause des combats, ils rentrent chez eux. Grâce à leur dur labeur, et aux semences distribuées par le CICR, ils reprennent pied, comme nous le raconte Anne Mucheke.  

     
    ©CICR/F. Grimm      
   
    Mount Elgon, Kenya. Un fermier porte avec fierté le maïs qu'il a fait pousser sur le sol fertile du Mont Elgon.          
                 

Les pentes du Mont Elgon sont vertes, avec des tâches jaunes, qui sont les tiges de maïs séchées mises en faisceau. C'est la période de récolte, et les ânes transportant des sacs remplis de pommes de terre, d'oignons et de poivrons verts bons pour la santé sont nombreux sur les routes qui mènent de la ferme au marché.

Des gens comme David Aramisi étaient fermiers à Cheptais, division administrative du Mont Elgon. Ils vivaient des produits alimentaires qu'ils vendaient jusqu'à ce que les viole nces perturbent leurs activités. David a quitté son village, l'un des plus touchés par les violences, et s'est installé à Naivasha, près de 600 km plus loin. Là-bas, il a travaillé comme pêcheur pendant plusieurs mois et n'est rentré chez lui qu'en mars 2008, après avoir entendu que la sécurité avait été rétablie dans la région.

Il n'a pas pu s'installer à Cheptais car sa maison avait brûlé, et la situation était encore instable. Alors il est allé à Chepkirieng, petit village au pied de la montagne. Aujourd'hui, David gagne sa vie comme commerçant ; il vend des produits alimentaires et des chaussures en plastique. Il vend aussi des fèves en vrac dans un coin de sa boutique.

     
    ©ICRC/F. Grimm      
   
    Mount Elgon, Kenya. Issa Sirmoi dans le champ de fèves qu'il cultive grâce aux semences fournies par le CICR.        
                 

Les fèves proviennent du surplus d'une culture produite avec les semences distribuées par la Croix-Rouge en avril 2008. « La récolte a été bonne parce que nous avons planté presque toutes les semences », explique-t-il. La famille de David a mangé une partie des fèves et a gardé l'autre partie dans un sac pour les vendre à la boutique.

« Les fèves ont bien poussé avec l'urée et l'engrais que la Croix-Rouge nous avait donnés », se félicite Issa Sirmoi, jeune homme membre du comité villageois.

Issa indique une plantation de jeunes pousses de fèves dans une ferme voisine et explique qu'il s'agit de la seconde culture issue d'une première récolte. Tout autour, il y a des fermes. Certaines sont désertes, mais la plupart sont en train de moissonner le maïs cultivé à partir des semences de la Croix-Rouge.

Plus haut, à Chepkube, Vincas Chemogoi est assis devant sa ferme, son grenier plein de vivres. Les pieds de fèves sont suspendus à la barrière pour sécher. La femme et les enfants de Vincas ramassent des légumes dans le jardin, à un jet de pierre.

Ils vivent dans une région luxuriante, où la montagne délimite la frontière avec l'Ouganda et où les téléphones portables hésitent sans cesse entre le réseau kenyan et le réseau ougandais Le climat est idéal pour les cultures vivrières. Il pleut presque tous les après-midi, et cependant, les températures restent agréables, voire assez élevées au pied de la montagne.

     
    ©CICR/F. Grimm      
   
    Mount Elgon, Kenya. Jackline Chemutai montre avec fierté ses oignons verts, prêts pour la récolte. Derrière, son fils la regarde.        
                 

La grange est pleine de maïs qui attend d'être moulu en farine pour faire l'ugali, aliment de base de la population locale. Vincas a la voix douce et il se méfie des étrangers. La période a été difficile pour les gens de la région. Vincas explique qu'il a dû fuir jusqu'au pied de la montagne pour ne revenir chez lui qu'à la fin du mois de juin, une fois le calme rétabli.

« J'ai acheté ce terrain où ma famille vit désormais. Le propriétaire d'avant était parti en l'abandonnant, alors je l'ai repris en échange d'une petite somme », dit-il. David est content d'avoir de quoi nourrir sa famille, avec les semences plantées en mars. Il ajoute que c'est la seconde récolte de l'année ; la première a eu lieu en août.

À Toiyendet, Jackline Chemutai nous accueille chez elle. Elle est fière de nous montrer ses plantations, bie ntôt prêtes pour la récolte. Son maïs pousse bien, et les oignons verts, arrivés à maturité, peuvent être ramassés. Elle est mère de huit enfants, et son mari est parti garder le bétail sur un petit terrain qu'ils ont loué.

     
    ©CICR/F. Grimm      
   
    Mount Elgon, Kenya. Une femme déterre des carottes qu'elle a fait pousser à partir des semences distribuées par le CICR.        
                 

« Cette plantation nous a sauvés. J'ai déjà fait une récolte en août et j'ai utilisé l'argent gagné pour acheter du savon et du sel, et envoyer notre fils aîné à l'école », dit la femme d'une voix douce. Son fils se tient non loin de là, casquette de baseball enfoncée sur la tête et transistor à la main. À l'évidence, les jeunes de cette région sont en contact avec le monde moderne.

Tout à coup, le ciel se déchire, et il commence à pleuvoir. Un homme nous interpelle d'une ferme voisine : « Venez voir notre champ de carottes aussi, nous allons les ramasser ! » Sa femme montre avec fierté des carottes et des oignons qui ont poussé à partir des semences qu'ils ont reçues. Dans le carré d'à côté, des patates douces et des citrouilles poussent en abondance.

Le Mont Elgon présente des conditions enviables pour la culture, mais les habitants disent qu'ils continuent de vivre dans la peur. « Nous avons beau avoir les meilleures terres du pays pour la culture, nous ne dormons pas bien, et nous ne savons pas de quoi demain sera fait. »



Au-delà du devoir

     

    ©CICR/F. Grimm      
   
    Mount Elgon, Kenya. Jane Chepsoi est sur la voie de la guérison après que des collaborateurs de la Croix-Rouge l'ont aidée pour qu'elle se fasse soigner.        
                 

  Les collaborateurs de la Croix-Rouge font parfois face à des situations dans lesquelles leur propre humanité est mise à l'épreuve. Au Mont Elgon, ils ont aidé une femme à retrouver sa dignité en mettant la main à la poche. Anne Mucheke raconte.  

Jane Chepsoi se demandait depuis quelque temps pourquoi elle se sentait si mal. « J'avais de fortes douleurs au dos et au ventre à peu près quatre fois par mois. Je perdais aussi beaucoup de sang mais je pensais que c'était normal pour une femme », explique-t-elle. Faute d'assistance médicale, Jane prenait des médicaments anti-douleur et essayait de mener une vie normale, mais les moindres tâches ménagères étaient devenues difficiles.

Les gens pensaient qu'elle avait été ensorcelée, et les voisins l'évitaient. Finalement, son mari l'a abandonnée, car il n'arrivait pas à comprendre les problèmes de sant é de sa femme.

Quand le CICR et la Croix-Rouge du Kenya ont commencé à distribuer des secours au Mont Elgon, les voisins l'ont poussée à demander de l'aide.

« Je me suis adressée aux gens de la Croix-Rouge, avec mon gros ventre, et je leur ai parlé de mes ennuis de santé. Ils m'ont immédiatement envoyée à l'hôpital de district de Webuye pour un contrôle médical », dit-elle. Les membres de l'équipe ont été touchés par son état critique et ils ont puisé dans leurs propres finances pour qu'elle puisse être traitée.

À l'hôpital, les médecins lui ont fait passé un scanner. Jane a été horrifiée d'apprendre qu'elle portait un fœtus mort dans son ventre depuis deux ans. Ils ont immédiatement écrit une lettre recommandant une intervention chirurgicale urgente afin d'extraire le fœtus.

Le personnel de la Croix-Rouge lui a réservé une place pour une opération au centre hospitalier universitaire Moi à Eldoret, à plus d'une heure de route. Lorsque Jane s'est réveillée, elle était dans un lit d'hôpital avec un gros bandage autour du ventre. La première chose qui lui est venue à l'esprit, c’est qu'elle n'avait pas d'argent pour payer la facture.

Le médecin l'a rassurée. « Ne vous en faites pas pour la facture, elle a été réglée. Vous devriez remercier les gens de la Croix-Rouge. Ce fœtus vous aurait tuée si vous l'aviez gardé plus longtemps. »

Plus tard, Jane a été transportée à l'hôpital de district de Bungoma, où elle est restée en convalescence. Les membres de l'équipe de la Croix-Rouge de Bungoma ont payé ses frais médicaux de leur propre poche, jusqu'à sa sortie de l'hôpital.

Aujourd'hui, Jane est en meilleure santé, et son ventre est de nouveau normal. « Les gens de la Croix-Rouge m'ont permis de retrouver ma dignité , je peux maintenant me réinsérer dans ma communauté », dit-elle en souriant.

Il lui faudra quelque temps encore avant de pouvoir reprendre les durs travaux physiques qu'implique le travail à la ferme. Pour le moment, elle compte sur ses voisins pour se nourrir. Encore trop faible pour s'occuper de ses enfants, elle a dû les confier à sa mère, qui vit à Baringo. Mais elle a hâte de reprendre des forces pour pouvoir les récupérer.