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Liban : jeux d’enfants = danger !

02-11-2006 Éclairage

Khodor, âgé de 13 ans, pourra bientôt quitter l’hôpital de Marjayoun, lorsque son oncle viendra le chercher. Le frère de Khodor, âgé de 11 ans, a été tué lors du même accident ; alors que les garçons ramassaient du bois pour le feu, une sous-munition a explosé près d’eux.

Malheureusement, l’histoire de Khodor et de son frère est devenue courante dans le sud du Liban. Chaque semaine, le Centre de coordination de l’action antimines de l’ONU publie le nouveau chiffre des civils blessés par des munitions non explosées. Depuis le début du cessez-le-feu, le 12 août, on a recensé plus de 140 victimes, dont 20 morts. La plupart sont à imputer aux sous-munitions.

«Lorsque les hostilités ont commencé en juillet, nous sommes allés dans le pays voisin, en Syrie, pour fuir les combats. Lorsque nous sommes revenus après le cessez-le-feu, nous avons trouvé notre maison endommagée, mais nous pensions que nous avions de la chance de nous en tirer vivants. Nous croyions être désormais en sécurité, puis cet accident s’est produit » raconte la tante du garçon.

Il est encore prématuré d’évaluer l’impact global des munitions à dispersion au Liban, un grand nombre de villes, de villages et de terres agricoles du Sud-Liban sont infestés de sous-munitions non explosées. Celles-ci constituent une grave menace pour les civils déplacés qui reviennent dans leur foyer ainsi que pour ceux qui participent aux actions de secours et de reconstruction.

Pour éviter d’autres accidents, il faut effecteur un nettoyage le plus rapidement possible et avertir les civils des dangers que représentent ces armes.

De nombreuses zones agricoles sont fortement polluées – on a vu des sous-munitions dans les branches d’olivier et sur les citrus. La capacité agricole de la région va certainement s’en ressentir. Cela pourrait avoir de graves conséquences pour la population civile, car l’agriculture est la principale source de revenus au Sud-Liban. Ce fort taux de contamination pose un véritable défi aux organisations chargées du déblaiement.

Dans un petit village situé non loin de la frontière israélo-libanaise où la destruction des infrastructures lors des hostilités récentes est encore très visible, un autre petit garçon de six ans, Youssef, jouait avec ses amis lorsqu’une sous-munition explosa et le blessa. Ses trois amis n’ont subi que de légères blessures, mais lui, il sera marqué à vie :

« Il a trouvé une petite bouteille qu’il pensait être un flacon de parfum, et il l’a bombardée de cailloux avec ses amis. Les enfants avaient été mis en garde contre les bombes non explosées. Mais il l’a ramassée et elle a explosé au moment où il la jetait contre un mur », explique sa mère.

Youssef a recommencé l’école, mais son bras et sa jambe gauches lui font mal lorsqu’il rentre à la maison. Son maître lui a demandé de raconter son histoire à ses camarades afin de les avertir de cette menace.

Le père de Youssef ajoute qu’il est essentiel de sensibiliser aux dangers que représentent les restes explosifs de guerre, même si pour Youssef, c’est trop tard.

La vaste zone d’impact des munitions à dispersion et le nombre toujours très élevé de ratés nous incitent à nous poser sérieusement la question de savoir si les munitions à dispersion peuvent être utilisées dans les régions habitées sans violer les règles du droit international humanitaire (DIH) ; en particulier la règle qui exige de faire la distinction entre civils et combattants et celle qui interdit les attaques indiscriminées.

En 2000 déjà, le CICR avait proposé d’interdire l’usage de munitions à dispersion contre tout objectif militaire situé dans une zone fortement peuplée.