Niger : la rive droite entre joutes verbales et principes humanitaires
13-02-2009 Éclairage
Au Niger des étudiants en journalisme, en médecine et en sociologie ont participé, en décembre 2008, à un concours national de plaidoiries en droit international humanitaire. Résultat inattendu, c’est l'équipe de la faculté de médecine qui s’est distinguée.
Créée en 1971, l'Université Abdou Moumouni, où s'est déroulé le concours, regroupe cinq facultés, trois instituts de recherche et une école normale supérieure.
Le droit international humanitaire (DIH) est une branche importante du droit international p ublic. Il a pour but de limiter les souffrances des civils victimes de conflits armés ou d’autres situations de violence, en protégeant les personnes qui ne participent pas directement ou ne participent plus aux hostilités, et en limitant les méthodes et les moyens de guerre.
Les concours de plaidoiries en droit international humanitaire sont organisés ou soutenus par le CICR partout dans le monde. Ils s’adressent à des étudiants en droit, en sciences politiques, en relations internationales ou en journalisme, ainsi qu’à des aspirants ou à des élèves officiers. Ces concours s'inscrivent dans une logique de promotion de cette branche du droit international, et visent à susciter l'intérêt des étudiants et des professeurs à son égard.
À cette fin, travailler avec les universités est une priorité. D'abord, parce que le CICR, conformément à son mandat de gardien et de promoteur du droit humanitaire, en soutient la diffusion et l'enseignement. Ensuite, parce que le monde académique est toujours un lieu d'émulation propice aux échanges intellectuels. Les débats soulevés dans ces milieux permettent de faire avancer la pensée et de relever les défis en la matière. La démarche scientifique et la rigueur méthodologique de l'analyse permettent d'anticiper ou de résoudre des problèmes auxquels est confronté le DIH.
Il est donc important d'interpeller les futurs décideurs et acteurs sur la problématique des conflits armés, sur leurs conséquences, mais aussi sur les limites qu'il est indispensable d'imposer. Comme le faisait remarquer un participant au concours, « le problème c'est que le droit international humanitaire est moins généreux que les droits de l'homme, parce que beaucoup moins idéaliste. Il traite de questions gênantes, de choses que nous voudrions passer sous silence, parce qu'au fond de nous même nous aimerions nous élever ; mais voilà, les conflits sont malheureusement un e réalité de ce monde et il est important d'aborder la question de la protection de ceux qui ne participent pas aux conflits et de bien faire comprendre à tout le monde que ceux qui se battent ne sont antagonistes que dans le cadre de la guerre . »
Ce concours, qui se tient au Niger pour la cinquième fois, s'est ouvert en présence des autorités gouvernementales et académiques, de nombreux professeurs et étudiants, du président de la Croix-Rouge nigérienne et du chef de la mission du CICR à Niamey.
Une étudiante en sociologie qui participait au concours a déploré que le CICR ne s'intéresse qu'aux étudiants en droit. Elle a aussi confié qu'avant le concours elle pensait que la Croix-Rouge était une organisation qui intervenait uniquement dans le domaine de la santé. Selon elle, on ne peut pas échapper, lorsqu'on traite des conflits armés, à une analyse sociologique.
Au cours des discussions, les participants ont analysé les concepts du droit international humanitaire avec les yeux des futurs spécialistes qu’ils seront, chacun dans son domaine. Ainsi, pour Djibo Issoufou, étudiant en médecine, au lieu de parler de droit applicable lors de la qualification d’un conflit donné, on devrait parler de diagnostic et de remède à apporter. D'ailleurs, à la question, « pourquoi pensez-vous avoir gagné ? », il répondra que, dans le cadre du cas qui leur avait été soumis, ils avaient pu faire le meilleur diagnostic et avaient ainsi été en mesure d’apporter des réponses concrètes.
De son côté, un membre de l'équipe finaliste de l'ENAM a déclaré : « Ce concours nous aura beaucoup appris. Pendant 5 jours, nous avons partagé des expériences et échangé des points de vue sur le DIH et l'action du CICR. La victoire de l'équipe des " médecins " nous a surpris, mais je crois que finalement nous avons tous gagné. »
Dans de son mot de clôture, Nicolai Panke, chef de la mission du CICR pour le Sahel, est allé dans le même sens en déclarant que tout le monde avait ga gné, mais que le grand gagnant, en fin de compte, c’était le droit international humanitaire.
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