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Philippines : détenus et agents pénitentiaires travaillent côte à côte pour enrayer la tuberculose

31-03-2010 Éclairage

Une proportion importante des personnes détenues au pénitencier national des Philippines est touchée par la tuberculose. Afin d’en savoir davantage sur les efforts déployés pour empêcher la maladie de continuer à se propager, Allison Lopez, du CICR, a rencontré des prisonniers et des agents de santé de la prison de New Bilibid.

     

    ©CICR/J. Letch      
   
Prison de New Bilibid. Un infirmier volontaire donne ses médicaments à un détenu atteint de tuberculose sous le regard d’un délégué du CICR.    
        Il est 7h30 à la prison de New Bilibid de Muntinlupa. Une file de prisonniers serpente autour du quartier de haute sécurité. Plus de 70 détenus attendent leur tour pour pénétrer dans une petite baraque, chacun d’eau muni d’une bouteille d’eau minérale ou d’une carafe.

« Comment allez-vous ? », demande l’infirmière à un prisonnier, en lui remettant trois comprimés. « Je vais bien », lui répond-il en souriant de toutes ses dents avant d’avaler les pilules. C’est ensuite au tour du prisonnier suivant. Lui aussi participe à « Tutok Gamutan », un programme de traitement de la tuberculose sous surveillance directe de six mois mené à l’intérieur des murs du pénitencier national des Philippines.

« Notre stratégie consiste à nous assurer qu’ils prennent bien leurs médicaments et qu’ils ne les revendent pas », indique le docteur Cecilia Villanueva, qui coordonne le programme à l’hôpital de la prison de New Bilibid.

Bien qu’il s’agisse d’une maladie curable, la tuberculose est l’une des trois premières raisons d'admission à l'hôpital et l'une des principales causes de décès parmi les prisonniers ces six derniers mois.

« Beaucoup de prisonniers continuent d’être infectés », explique le docteur Villanueva. Rien qu’entre avril et décembre de l’année dernière, quelque 300 détenus ont suivi un traitement antituberculeux. La stratégie de traitement de brève durée sous surveillance directe ( Directly Observed Treatment Short Course – DOTS) a été introduite dans l’établissement en 2003.

  Des coups de mains volontaires  

Dans le pavillon de la prison où les patients tuberculeux sont traités selon la stratégie DOTS, plus de 40 prisonniers présentent des complications liées à la maladie. Celle-ci touche des personnes – des détenus dans le cas présent – de tout âge ; Mark* a 24 ans et Joseph*, 32.

     
    ©CICR/J. Letch      
   
Prison de haute sécurité de New Bilibid, Muntinlupa, Région de la capitale nationale. Des détenus font la queue pour recevoir leur dose quotidienne de médicaments antituberculeux. Après avoir barré son nom sur la liste, chaque prisonnier recevra trois tablettes qu’il devra avaler en présence de l’infirmier.    
         

oseph est emprisonné depuis 2005. Diagnostiqué positif à la tuberculose, il n’a commencé à recevoir un traitement qu’en décembre dernier. Au début, comme il l’explique, son poids a chuté à 53 kilos, en raison du manque d’appétit.

« J’étais vraiment très affaibli et je me fatiguais au moindre effort », se rappelle-t-il.

Les prisons sont des lieux idéaux pour la propagation de maladies transmises par voie aérienne, comme la tuberculose, en raison notamment de la surpopulation et de la mauvaise ventilation des locaux. Le manque d’accès à la lumière du soleil, à une bonne alimentation et aux soins de santé contribue aussi pour beaucoup à sa diffusion.

Aujourd’hui, avec ses 75 kilos, Joseph est à l’évidence en meilleure santé. Il est officiellement guéri et travaille comme volontaire pour aider d’autres détenus malades. « Cette maladie a ceci de très dur que tu ne sais j amais ce qu’il va t’arriver », dit-il.

Mark, quant à lui, pense qu’il avait déjà la tuberculose lorsqu’il a été transféré au pénitencier national en 2006. « Mon état a alors empiré », explique le jeune homme, qui a entamé un traitement en 2007. « Je crachais beaucoup de sang ; j’ai failli mourir. »

Comme Joseph, Mark va aujourd’hui beaucoup mieux. Lui aussi aide ses semblables à faire face à cette maladie débilitante qu’est la tuberculose. « Maintenant, je suis guéri : je ne tousse plus. Si je fais ça, c’est parce que je veux me rendre utile. Je recueille des échantillons d’expectoration et j’aide mes compagnons lorsqu’ils commencent à cracher du sang ou lorsqu’il faut les emmener voir le médecin », ajoute-t-il.

  Un cadre spécifique  

Il y a encore beaucoup à faire, mais, comme le dit le docteur Villanueva, grâce à un « appel à l’action » lancé par le CICR en collaboration avec des organismes nationaux philippins, un cadre concret a été mis en place pour lutter efficacement contre la tuberculose dans les prisons et autres établissements pénitentiaires des Philippines.

     
    ©ICRC/J. Letch      
   
Un infirmier volontaire de l’hôpital de la prison de New Bilibid, Gerard Meru, donne son traitement à un détenu atteint de tuberculose.      
        « Auparavant, il n’existait pas de lignes directrices opérationnelles. Nous nous contentions de suivre la stratégie DOTS du département de la Santé, mais il s’est avéré qu’elle était davantage conçue pour lutter contre la tuberculose au sein de la population en général, et pas spécifiquement à l'intérieur des prisons. Après le lancement de cet appel, des lignes directrices opérationnelles ont été définies. Le CICR a aussi apporté sa contribution en formant notre personnel et en améliorant sa manière de communiquer avec le Bureau de l'administration pénitentiaire et de pénologie », explique le docteur Villanueva.

Ces lignes directrices sont dorénavant appliquées dans sept établissements pénitentiaires pilotes du pays, assurant ainsi l’accès sans entrave au programme national de lutte contre la tuberculose à 30 000 détenus.

Selon des agents de santé pénitentiaires, ce cadre garantit en outre que les nouveaux détenus sont convenablement dépistés, et que ceux qui sont libérés bénéficient du suivi dont ils ont besoin.

« Avant, nous ignorions que certains détenus étaient déjà tuberculeux. Aujourd'hui, dès le moment où ils sont internés, ils sont soumis à un questionnaire de contrôle qui permet un dépistage rapide de la tuberculose. Et, à leur libération, un système d’aiguillage vers les services compétents a été mis en place pour veiller à ce qu’ils n’interrompent pas leur traitement », précise-t-elle encore.

« Pour pouvoir lutter efficacement contre la tuberculose, il est important d’appliquer l e processus de diagnostic et de prise en charge de la maladie à chacune des étapes de la détention, à savoir dès le moment où une personne entre en prison, tout au long de son incarcération, et après sa libération », indique le docteur Sarji Muldong, qui coordonne les activités de lutte contre la tuberculose du CICR dans les prisons philippines. « La présence d’agents de santé spécialisés est elle aussi déterminante. »

En 2009, le CICR a soutenu financièrement la formation de plus de 160 agents pénitentiaires de 22 prisons et établissements pénitentiaires du pays, qui ont ainsi appris à prendre en charge la tuberculose de manière adéquate.

Les autorités envisagent de leur côté la construction, avec l’aide du CICR, d’une clinique spécialisée dans les traitements de brève durée sous surveillance directe. Indépendante des locaux de l’hôpital où sont actuellement réalisés les examens de frottis d’expectoration, elle permettrait des examens plus sophistiqués et pourrait servir de lieu de consultation.

Et le docteur Villanueva d’ironiser sur le fait que les efforts visant à empêcher les prisonniers d’être contaminés risquent, du fait de l’amélioration des stratégies de dépistage, de déboucher dans un premier temps sur une augmentation du nombre de cas déclarés. Elle prédit cependant qu’en renforçant les capacités des systèmes de diagnostic et de soins, l’incidence de la maladie parmi les détenus finira à long terme par décliner.

« Si, à terme, notre objectif est effectivement de réduire le nombre d’infections, les progrès associés à la stratégie DOTS pourraient cependant, compte tenu des nouveaux cas qui seront ainsi diagnostiqués, faire flamber les statistiques pendant les deux à quatre années à venir. La tendance devrait ensuite fléchir », conclut-elle.

En outre, des campagnes d’information sont mises en place pour sensibiliser les détenus aux modes de transmission de la maladie et aux moyens qui permettent d’éviter qu’elle se propage. Dans chaque quartier, un « détenu assistant de santé » est aussi chargé de repérer ceux de ses compagnons qui ont une toux qui persiste au-delà de deux semaines –un des symptômes caractéristiques de la tuberculose.

« Les prisonniers constituent en principe un groupe de population sur lequel un programme de lutte contre la tuberculose adapté et efficacement mené aura des effets extrêmement positifs sur la communauté tout entière. Grâce à la collaboration active d’établissements tels que la prison de New Bilibid, on est en mesure d’empêcher cette tueuse de frapper derrière les barreaux », conclut le docteur Muldong.

* Les noms ont été changés à la demande des intéressés.