La Somalie souffre encore malgré l’arrivée de la pluie
10-05-2006 Éclairage de Mark Snelling
La première saison des pluies de l’année a bien démarré en Somalie, apportant quelque répit après la période difficile des derniers mois, mais le pays est confronté à de grands défis humanitaires consécutifs à la sécheresse et à l’escalade du conflit armé.
- Écouter le reportage de Mark Snelling de la Croix-Rouge britannique (en anglais)
« La pluie nous a, assurément, insufflé un peu d’espoir, » dit Nurto Omar, une veuve de 27 ans qui vit dans un camp pour personnes déplacées dans la ville de Brava dans la région sud du Shebelle inférieur, à environ 150 km au sud de Mogadishu. « Et pourtant nous n’avons pas d’endroit où aller, nous avons tout perdu. »
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a lancé une opération de secours d’urgence en faveur d’un million de personnes en février suite à l’échec des deux dernières saisons de pluies, l’une appelée deyr , qui s’étend d’octobre à décembre, et l’autre appelée gu , qui s’étend d’avril à juillet.
Selon le dernier rapport de Rain Watch Somalia, financé par les Etats-Unis et les Nations Unies, les zones les plus frappées par la sécheresse dans le sud de la Somalie ont reçu des pluies gu supérieures à la normale depuis avril. De plus, les régions du centre et les parties du nord-est et du nord-ouest du pays ont reçu de bonnes précipitations qui ont rempli les réserves d’eau souterraines. Pour bon nombre toutefois, la différence sera minime.
Complexité des besoins
L’action que le CICR mène face à la sécheresse – en collaboration avec les volontaires du Croissant-Rouge de Somalie et grâce au financement de la Croix-Rouge britannique – a comporté notamment la distribution de vivres, de semences et d’articles ménagers, ainsi que des projets « eau et assainissement » et un programme d’aide à l’élevage.
L’action a été principalement menée dans les zones touchées par la sécheresse dans le centre et le sud de la Somalie, en particulier dans les régions voisines du Kenya et de l’Éthiopie où les mouvements transfrontières traditionnels des bergers et de leurs troupeaux ont été interrompus faute de pâturage viable.
« L’appui de la Croix-Rouge est venu à point, » dit Farah Mohamad Idow qui vit dans le village de Marian Gubay du Shebelle inférieur. La région, qui se situe entre celles de Juba et Shebelle, n’est pas la région la plus gravement touchée par la sécheresse mais les quelque 20 000 personnes des zones voisines qui se sont enfuies de chez elles ont dû y être hébergées.
« Si vous recevez des hôtes, vous devez les aider, » dit-il. « mais nos récoltes n’étaient pas suffisantes. Nous partageons tout ce que nous avons, or ce que nous avons est limité. »
Une autre distribution de vivres est prévue avant la prochaine récolte de juillet. De l’avis des collaborateurs de la Croix-Roug e, si la saison des pluies perdure sans interruption, il sera mis fin à l'approvisionnement en vivres pour ne pas déstabiliser les marchés locaux de grains.
Cependant, de nombreux agriculteurs n’auront pas de quoi se nourrir jusque là et de nombreux bergers n’auront pas de revenu leur permettant de remplacer leurs troupeaux décimés.
Persistance de la violence
« Vous devez replacer la sécheresse dans le contexte d’une infrastructure totalement inexistante aggravée par 15 années de conflit, » dit Dr Ahmed Hassan, président du Croissant-Rouge de Somalie « La pluie en Somalie n’est qu’un des nombreux problèmes à prendre en considération. »
Malgré la récente proclamation d’un cessez-le-feu provisoire, les combats à Mogadishu entre milices islamiques et une coalition de puissants seigneurs de la guerre ont déchaîné les affrontements les plus violents que la capitale ait connus depuis une décennie. Le banditisme et le pillage sévissent toujours dans le pays.
« Nous devons envisager une perspective sur le long terme. Pour moi, notre action doit viser à assurer quelques services vitaux. »
Le CICR attend maintenant la mi-juin pour s’assurer que les pluies ont été adéquates avant de reprendre officiellement ses opérations régulières, à savoir l’appui à deux hôpitaux de Mogadishu et des programmes d’appui aux moyens d’existence, ainsi que la réhabilitation des points de distribution d’eau dans le centre et le sud du pays.
« La phase d’urgence de notre opération s’achève, » dit Pascal Hundt, chef de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) pour la Somalie. « Maintenant que les pluies ont commencé, nous assistons à une évolution de la situation dans l’opération de relance et de réadaptation. »
« L’action menée face à la sécheresse vient au moment voulu et revêt plusieurs aspe cts, mais il faut désormais que nous adaptions notre réponse aux besoins actuels des Somaliens, » dit Hundt.
Toute personne familiarisée avec la Somalie sait que, dans un avenir proche, ces besoins resteront encore massifs et urgents.
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